 Le jour de l’Epiphanie, tandis que Nicolas Sarkozy recevait à l’Elysée une galette des Rois géante « sans fève » a tenu à préciser le président car « en République il n’y a pas de roi » (jusqu’où ira-t-on dans la bêtise ?), à Nanterre Jean-Marie Le Pen adressait ses vœux à la presse « au début de la dernière année de la première décennie du XXIe siècle ». Le président du Front national a longuement parlé du débat truqué sur l’identité nationale en rappelant fort opportunément les déclarations faites par Sarkozy en guise d’introduction à cette mascarade conduite par le socialiste et immigrationniste Eric Besson : « Je suis un homme de sang mêlé à la tête d’une nation métissée. L’immigration constitue une source d’enrichissement permanent de notre identité nationale. » Et Sarkozy d’en remettre une couche, le 17 décembre 2008 à Polytechnique : « Le métissage n’est pas un choix, c’est une obligation… Nous devons changer et on va se mettre des obligations de résultat (sic). Si ce volontarisme républicain ne fonctionnait pas, il faudrait que le République passe alors à des méthodes plus contraignantes encore ».
Propos particulièrement effrayants qui montrent de manière claire que le chef de l’Etat « veut mettre en œuvre une politique de métissage forcé ». « Les xénomaniaques, fossoyeurs de l’identité française, espèrent ainsi faire d’une pierre deux coups, remarque Le Pen, métisser le peuple français par l’immigration massive et des législations contraignantes, anéantir son défenseur, le Front National ». Le Menhir a également cité les déclarations très explicites de Besson qui avouait : « J’espère que ma politique va contribuer à réduire à néant le parti de Jean-Marie Le Pen. » Le côté éminemment politicien et vulgairement électoraliste de la démarche de l’Elyséen et de ses sbires est en effet des plus manifestes au point que beaucoup d’électeurs de Sarkozy en 2007 s’en aperçoivent à en croire les enquêtes d’opinion qui montrent toutes un affaissement de la confiance dans l’exécutif.
L’identité nationale a une dimension ethnique
En quelques phrases, le président du Front national a défini ce qu’était en réalité l’identité nationale, loin des manœuvres démagogiques de l’ex-maire de Neuilly. « L’identité nationale comporte des éléments concrets : le territoire, son climat, ses paysages, son peuplement, les richesses naturelles ou acquises de son patrimoine mais aussi abstraits, son Histoire de plus d’un millénaire et demi : passé de victoires et de défaites, d’épreuves et de succès, sa trace exceptionnelle dans l’histoire de l’humanité, la longue cohorte de ses saints, de ses martyrs, de ses héros mais aussi la saga de son peuple de paysans, de marins, de soldats, d’ouvriers, d’artistes, d’artisans, de cadres, de savants, sa culture (sciences, littérature, poésie, musique, chanson, peinture, sculpture, théâtre, cinéma, etc.), ses religions, essentiellement chrétiennes, ses traditions, ses coutumes, ses mœurs, ses goûts mais aussi et surtout le sentiment national des Français ».
Le Pen n’a pas craint d’affirmer que le « critère ethnique » est une composante de l’identité française. D’ailleurs, pour lui, « ne sont pas français ceux qui ont défilé par dizaines de milliers dans les rues de France derrière les drapeaux algériens saluant la sélection de l’équipe d’Algérie. La victoire, il est vrai contestée, de l’équipe de France n’ayant provoqué la sortie d’aucun drapeau français. Preuve, s’il en était besoin, que la double nationalité est une aberration ».
Un référendum sur l’immigration
Insistant sur le fait « qu’il ne peut y avoir d’identité nationale sans nation et que, donc, tout ce qui affaiblit la nation attente à son identité, mais, en outre, qu’il ne peut y avoir d’identité sans souveraineté de la nation, laquelle garantit la liberté de ses citoyens », le fondateur du FN a dénoncé tout à la fois la politique d’euromondialisme passant par la destruction des frontières, l’abandon de la monnaie nationale et « l’invasion progressive de l’immigration de masse initiée par Chirac en 1976 et encouragée depuis par tous les gouvernements de droite ou de gauche ».
Jean-Marie Le Pen a dénoncé en termes très clairs le phénomène de submersion de notre pays et la politique délibérée de substitution de population : « L’immigration massive a augmenté le nombre des résidents étrangers dans des proportions considérables. Elle a, par les naturalisations ou naissances sur le sol, augmenté le nombre des Français de 300 000 par an en moyenne. La plupart de ces immigrants (y compris au titre d’un droit d’asile sans limite) sont de race et de religion, de mœurs souvent très différentes de celles des Français de souche, la plupart d’entre eux musulmans (…) Cette irruption massive a colonisé le logement social et le budget de la santé au détriment des Français modestes, elle a barbarisé le milieu scolaire. Elle a constitué des agglomérats nationaux ou tribaux (Montreuil : 1ère ville malienne du monde, le quartier chinois, Roubaix à majorité immigrée, etc) ».
Considérant que « la vraie question qui se pose au peuple français c’est celle de sa liberté et même, à moyen terme, de son existence menacée directement de submersion », Le Pen a appelé à « un référendum sur l’immigration dont le résultat s’imposera de gré ou de force aux oligarques qui dirigent la France puisque c’est la volonté populaire ».
Par ailleurs, Le Pen a rappelé brièvement le programme du Front national dans ce domaine essentiel : « inverser, au plus tôt, le courant de l’immigration, supprimer la double nationalité, rétablir nos frontières nationales, rendre plus sévères les procédures de naturalisation et faciliter la déchéance de la nationalité, refuser la régularisation des clandestins, établir la préférence nationale, organiser un référendum sur l’immigration ». Enfin, il a appelé les Français à voter aux régionales « pour le seul mouvement fidèle à la Nation et à ses valeurs » car « on peut espérer qu’à l’instar de leurs voisins suisses, ils oseront dire publiquement dans les urnes ce qu’ils murmurent tout bas et que le FN dit tout haut ».
Un maintien possible dans 10 à 12 régions
De toute façon, 2010 est une année décisive pour le Front national sur le plan tant politique que financier. Le Paquebot, l’ex-siège national à Saint-Cloud, doit absolument être vendu pour faire face aux quelque sept millions d’euros dus à Fernand Le Rachinel, l’ex-imprimeur du mouvement, qui a d’ailleurs obtenu en justice que la dotation publique du FN en 2010 lui soit versée. Mais surtout le mouvement doit reconstituer un tissu solide de conseillers régionaux qui seront autant de précieux signataires pour une candidature frontiste à la présidentielle de 2012. A la suite d’un certain nombre de départs et de suspensions, il reste actuellement une centaine de conseillers régionaux FN (sur les 156 élus en mars 2004). Le mouvement avait pu se maintenir dans 17 régions sur 22 il y a six ans, les observateurs pensent qu’il pourrait franchir le seuil des 10 % et donc avoir des élus dans dix à douze régions, de façon presque certaine en Provence-Alpes-Côte d’Azur où Jean-Marie Le Pen se présente et dans le Nord-Pas-de-Calais où concourt Marine Le Pen, mais aussi sans doute en Alsace, en Lorraine, en Picardie, en Languedoc-Roussillon, en Champagne-Ardenne, en Haute-Normandie, en Franche-Comté, en Basse-Normandie, voire en Bourgogne et en Rhône-Alpes. Il semble que les déceptions liées à l’action de Sarkozy, l’impact du vote suisse sur les minarets et le débat sur l’identité nationale, la remontée du chômage et de la criminalité, les affaires Roman Polanski et Frédéric Mitterrand aient plutôt profité au FN. Les régionales de la mi-mars permettront de mesurer l’ampleur de cette tendance. En 2004, le FN avait atteint 14,7 %. Sauf énorme surprise, il ne devrait pas renouer avec une telle performance mais il pourrait faire beaucoup mieux que les 4,29 % des législatives de 2007, les 4,86 % des cantonales de 2008 et les 6,34 % des européennes de 2009.
Une succession imminente ?
Enfin et surtout, devrait en principe être tranchée d’ici un an la question de la succession de Jean-Marie Le Pen, président du Front national depuis sa création en octobre 1972. Même si l’on ne sait pas encore la date exacte (automne 2010 ou début 2011) ni le lieu du XIVe congrès (d’aucuns parlent d’Amiens), il ne fait guère de doute que la campagne pour la succession s’ouvrira dès le lendemain des régionales. D’autant que Le Pen a confirmé qu’il commencerait à écrire ses mémoires « qui compteront sans doute plusieurs tomes » au lendemain du scrutin. Un chapitre entier devrait être consacré à Jacques Chirac, « le pire président de la République de tous les temps ».
S’agissant du congrès de succession, on sait depuis plusieurs années que Marine Le Pen et Bruno Gollnisch, qui a encore récemment confirmé dans nos colonnes sa candidature, brigueront la présidence du mouvement. Du fait du départ de Carl Lang et de ses amis, le vice-président du FN a perdu beaucoup de soutiens parmi les cadres du mouvement. Il ne partira donc pas favori d’autant plus que, à la différence de Marine Le Pen — qui était encore l’invitée le 14 janvier d’une émission télévisée où elle affrontait Eric Besson après avoir eu les honneurs d’une tribune dans Le Monde sur l’identité nationale — , les grands media nationaux le boudent. Mais l’homme ne s’avoue pas vaincu pour autant. D’abord parce que ce sont les adhérents à jour de cotisation, et eux seuls, qui choisiront le nouveau président selon le principe un homme, une voix et que rien n’interdit dans les semaines et les mois qui viennent aux nationaux et nationalistes qui souhaitent la victoire de Gollnisch de s’inscrire ou de se réinscrire en nombre au FN. Il est d’ailleurs arrivé en tête des trois derniers congrès pour l’élection au comité central. Ensuite parce qu’il pense que son important déficit médiatique sur Marine Le Pen sera comblé, au moins partiellement, lorsque la campagne sera officiellement lancée et que les deux prétendants devraient alors être invités sur les plateaux de télévision et de radio. Enfin parce qu’il estime être le mieux à même, tant par sa personnalité que par ses convictions, de rassembler la droite nationale et d’opérer une réunification avec le Parti de la France, le MNR, la NDP et d’autres groupes nationalistes, ainsi que d’intensifier les liens avec les autres droites radicales en Europe.
Offensive du Monde contre Gollnisch
L’universitaire a d’ailleurs été violemment pris pour cible ces derniers jours dans le blog du Monde qui lui reproche d’avoir participé, une semaine après sa venue au Pot de RIVAROL, au Forum de la nation à Lyon. En effet, cette journée organisée par Yvan Benedetti, directeur de , a vu défiler différents orateurs de la mouvance dite radicale dont Pierre Vial, Pierre Sidos et même le militant révisionniste Vincent Reynouard. Interpellé par Le Monde sur sa présence à ce rassemblement nationaliste où les Phalangistes espagnols et les Amis de Léon Degrelle avaient un stand, Gollnisch s’est montré offensif : « Ce qui devrait faire scandale, c’est que l’on soit condamné à de la prison ferme en Belgique ou en France [ce qui est le cas de Vincent Reynouard] pour des idées. Je me sens solidaire de tous les proscrits en raison de leur expression sur des sujets historiques ou politiques. Je n’ai jamais eu de sympathies pour les inquisitions politiques ou religieuses. » De même « les militants nationalistes espagnols ne me dérangent pas. José-Antonio Primo de Rivera ne me dérange pas ». Car, ajoute Gollnisch, « je suis un homme libre. Aujourd’hui le débat politique se réduit à des amalgames. Je m’en fiche. Sinon, je ne serais pas au FN mais dans un parti sans couleur, sans odeur et sans saveur où l’on ne se compromet avec personne. » On ne saurait mieux dire.
J. B.,
jeromebourbon@yahoo.fr |