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Jacques Vergès, défenseur des causes rebelles ?

L’avocat Jacques Vergès, métisse, époux d’une terroriste du FLN algérien, est décédé le 15 août 2013 à Paris. Il a été présenté parfois comme « l’avocat des causes perdues » et encore comme un « opposant au système ». Le professeur Robert Faurisson, dont la véritable opposition au système faillit coûter la vie, qui endura divers procès, agressions, censures et problèmes professionnels, apporte un éclairage bien différent, sur celui qui, antiraciste, gaulliste, anticolonialiste, se conforma à la plupart des dogmes du système durant sa vie.

 

 Vers 1997-1998, sans illusion sur la réponse qu’il me ferait, j’avais demandé à Jacques Vergès s’il accepterait de me défendre soit seul, soit aux côtés de Maître Eric Delcroix. Mes lettres restaient sans réponse et mes appels téléphoniques ne me permettaient d’atteindre tout au plus que sa secrétaire (une personne du nom, je crois me rappeler, de Madame Bloch).

 En 1998, j’ai assisté au procès de Roger Garaudy, à la XVIIe chambre. J. Vergès y a prononcé essentiellement la plaidoirie à couplets antiracistes dont il était friand : comment cela, la France accuse mon client de racisme mais il n’y a pas plus raciste que la France ! Voyez son colonialisme, celui des Blancs. Et d’achever sa tirade sur la disparition des Tasmaniens. Sujet rebattu, développements faciles, succès assuré. Le sujet de fond (la véritable politique du IIIe Reich à l’égard des juifs) qui aurait demandé du travail et qui entraînait les risques les plus graves, était à tout coup évité. À Lyon, à la sortie du palais de justice, il s’était fait huer et prendre à partie par une foule d’excités qui manifestement n’avaient pas assisté à son étrange défense de Barbie, une défense toute « de connivence ».

À Paris, à la fin de l’audience du procès de R. Garaudy, J. Vergès, radieux, s’apprête à quitter le prétoire. Il sait que les journalistes et les télévisions l’attendent. Je m’avise de lui barrer le chemin de la sortie : « Maître, pourquoi ne répondez-vous pas à mes courriers ? » Il bredouille, cherche à esquiver le coup, feint d’ignorer de quoi il s’agit. Il suggère qu’il n’a peut-être pas reçu mes lettres et va jusqu’à me dire : « Il y a peut-être quelque chose qui bloque (sic) ». Devant la foule, en plein prétoire, il fait piètre figure. Je lui pose clairement ma question : « Acceptez-vous de me défendre soit seul, soit en collaboration avec Me Delcroix ? » Et là, j’obtiens enfin ma réponse : « Je ne vous dis pas oui ». Je le remercie et le quitte.

 Personnellement de mes quelques rencontres avec Vergès avant cet épisode et, quelques années plus tard, grâce à une ultime rencontre qui s’est située à Vichy, j’emporte le souvenir d’un avocat souriant, timide, cultivé, comédien dans l’âme, sachant se donner l’apparence d’un homme hardi et courageux mais au fond surtout prudent, habile et flatteur. Il prônait, comme on le sait, « la défense de rupture » mais, le moment venu, quand il y avait péril en la demeure, il pratiquait « la défense de connivence ».

En somme, sage, fort sage, il a toujours soufflé dans le sens du vent et du vainqueur final ; il a été riche, probablement fort riche ; il a su profiter, dit-on, des plaisirs de la vie. Malgré peut-être une secrète blessure il semble avoir été heureux. On le serait à moins.

 

R. Faurisson.

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