
UNE NOUVELLE FOIS Lecornu peut dire merci au Parti socialiste qui lui permet de conserver son poste. En effet, les dirigeants du PS ont fait savoir qu’ils ne censureraient pas le gouvernement, le Premier ministre ayant tenu compte de leurs demandes dans son projet de budget. L’ancien premier secrétaire François Hollande est même allé jusqu’à déclarer que Sébastien Lecornu pourrait rester chef du gouvernement jusqu’à la présidentielle du printemps 2027 s’il savait faire les bons choix, c’est-à-dire s’il continuait à satisfaire aux exigences des socialistes, ainsi qu’il l’a fait jusque-là. Et, selon toute vraisemblance, c’est en effet ce qui va se passer puisque l’obsession de l’Exécutif est de tenir, de durer jusqu’en 2027. Le chef de l’Etat n’a manifestement plus qu’un seul objectif, ainsi qu’il l’a clairement exprimé dans ses vœux lors de la Saint-Sylvestre, c’est d’exercer son mandat jusqu’à la dernière seconde, jusqu’aux derniers instants (son second quinquennat s’achevant constitutionnellement au plus tard le 13 mai 2027 à minuit). C’est pourquoi il a choisi son fidèle et dévoué collaborateur, Sébastien Lecornu, comme Premier ministre. Lequel se définit explicitement comme un « moine soldat », ce qui est tout dire.
Qu’on ne s’y trompe pas : le septième Premier ministre d’Emmanuel Macron a pour seule feuille de route, pour unique mission de permettre au président de la République d’achever son second quinquennat. Quoi qu’il arrive. Et quoi qu’il en coûte, pour reprendre une expression macronienne au moment du Covid. Il n’a pas d’autre projet, pas d’autre objectif. Se maintenir au pouvoir jusqu’au bout est une fin en soi, tient lieu de politique. Pour réaliser ce dessein, l’Exécutif est donc prêt à tout, y compris à cogérer le pays avec les socialistes, à céder à toutes leurs exigences, à tous leurs chantages, à toutes leurs revendications, alors même que le parti à la rose est ultra-minoritaire dans le pays et a réalisé moins de 2 % des suffrages exprimés à la dernière présidentielle, quitte, ce qui a déjà été fait, à renoncer à la réforme des retraites qui avait pourtant été considérée jusque-là comme le principal chantier, voire le grand œuvre de son second mandat, le marqueur indépassable du macronisme. Quitte à augmenter massivement les prélèvements sur les particuliers et sur les entreprises, ce qui est une folie alors que notre pays est déjà le plus taxé au monde — mais on sait que la gauche par définition veut toujours plus d’impôts, de subventions et de redistribution —, quitte à tourner le dos à la politique de l’offre dont Macron, autoproclamé « Mozart de la finance », alors même qu’il a considérablement accru le déficit et la dette depuis son arrivée aux manettes en 2017, s’était voulu jusque-là le champion. Quitte à dire tout et son contraire : Lecornu, à peine nommé rue de Varenne en octobre dernier, s’était solennellement engagé depuis le perron de Matignon à ne jamais utiliser le 49-3 qui permet de faire adopter un budget sans vote, et finalement, trois mois plus tard, il se dédit, choisit finalement cette solution, plutôt que celle de l’adoption du budget par ordonnances, maintenant qu’il a la certitude que les socialistes ne le censureront pas et donc qu’a priori son gouvernement ne tombera pas.
MAIS AU FOND, quand on y réfléchit bien, tout cela est-il si surprenant ? Après tout, il s’agit ni plus ni moins que d’un retour aux sources. N’oublions pas que Macron est issu du Parti socialiste, plus précisément de son courant strauss-kahnien — le pire ! —, qu’il fut secrétaire général adjoint de l’Elysée, de 2012 à 2014, sous son prédécesseur François Hollande, dont il fut par la suite, de 2014 à 2016, ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. La perspective d’une dissolution de l’Assemblée nationale, suivie d’élections législatives anticipées, s’éloigne donc. D’autant plus que les députés actuels, dans leur grande majorité, n’ont aucun intérêt à une dissolution car beaucoup d’entre eux seraient battus. Y compris dès le premier tour du scrutin. C’est pourquoi, bien que le budget soit d’orientation de plus en plus socialiste, tant le bloc central (Renaissance, le Modem et Horizons) que les Républicains ne voteront pas non plus la censure du gouvernement Lecornu II. Ils préfèrent trahir leurs électeurs plutôt que perdre leurs sièges. C’est aussi simple, aussi peu ragoutant et peu édifiant que cela.
Reste toutefois à savoir comment réagira le corps électoral aux minables tractations actuelles. Le Parti socialiste qui, sans l’assumer totalement, a changé d’alliance, abandonnant la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon dont il était pourtant l’allié électoral aux législatives de 2017, de 2022 et de 2024, pour se rapprocher de la Macronie agonisante, sera-t-il suivi dans cette démarche par ses électeurs ? Et de la même manière les Républicains, qui mettent un mouchoir sur leurs convictions — ou prétendues telles — pour ne pas voter la censure d’un gouvernement à la politique de plus en plus fiscaliste et socialiste, seront-ils sanctionnés par leurs troupes ? On le saura bientôt puisque des élections municipales auront lieu dans quelques semaines, les 15 et 22 mars prochains. Certes, dans les petites communes, la dimension partisane est assez peu présente mais dans les villes moyennes et les grandes métropoles la concurrence entre les différentes formations politiques joue un rôle non négligeable, même si la personnalité et le bilan de l’édile ont également leur importance. On y verra donc bientôt un peu plus clair.
SI LA SITUATION de la France continue à se dégrader dans tous les domaines et que le spectacle offert par la classe politique est pathétique, et alors que le quotidien L’Opinion, généralement bien informé, affirmait le 9 janvier que Macron allait créer un Haut-commissariat à la diversité et aux diasporas, montrant une nouvelle fois son immigrationnisme et sa volonté d’œuvrer à encore plus de métissage, même si l’annonce a été timidement démentie — par prudence ? pour gagner du temps ? — par les pouvoirs publics, l’Europe montre une écœurante faiblesse face à l’impérialisme des Etats-Unis d’Amérique et de son président, le vibrionnant Donald Trump. Après avoir bombardé le Venezuela pour faire main basse sur son pétrole et capturé son président et son épouse dans ce qui n’est ni plus ni moins qu’un acte de piraterie internationale, voici que le président américain, sans la moindre base légale, sans la moindre légitimité, sans la moindre explication convaincante, veut avaler purement et simplement le Groenland qui appartient au royaume du Danemark. Donc à un pays européen. Qui plus est membre fondateur de l’OTAN. Et Trump menace désormais d’augmenter à nouveau les droits de douane pour tous les pays européens — dont la France — qui refusent que les Etats-Unis annexent le Groenland.
On le voit une nouvelle fois, de manière spectaculaire, l’Amérique est l’ennemie de la vieille Europe et de notre pays, et ce, quel que soit le locataire de la Maison-Blanche, quel que soit le camp qui est aux responsabilités, qu’il s’agisse du parti de l’Ane (Démocrates) ou celui de l’Eléphant (Républicains). Malgré la politique désastreuse qu’il a conduite pendant sa longue présidence (de 14 ans), François Mitterrand l’avait parfaitement compris. C’est pourquoi, alors qu’il était encore chef de l’Etat, il avait tenu ces propos forts et sans équivoque au journaliste communautaire Georges-Marc Benamou : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »
FACE À LA provocation, à la démesure du président des Etats-Unis, que font les dirigeants des pays du Vieux Continent ? Rien. Ils se contentent de paroles verbales. Le dimanche 18 janvier, ils ont publié un communiqué pour manifester leur solidarité avec le royaume du Danemark et le peuple du Groenland à la suite des menaces de Donald Trump d’annexer le territoire arctique. « En tant que membres de l’OTAN, nous nous engageons à renforcer la sécurité de l’Arctique comme intérêt transatlantique partagé » peut-on lire dans ce texte publié par le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et la Grande-Bretagne. « Les menaces de droits de douane fragilisent les relations transatlantiques et constituent une spirale dangereuse vers le bas » mais ils se gardent bien d’évoquer des mesures économiques de rétorsion contre les Etats-Unis, pas plus qu’ils n’avaient réagi vigoureusement lors des premiers droits de douane imposés par Trump à l’Europe.
Comme RIVAROL l’appelle de ses vœux depuis 75 ans, il faut une France et une Europe réellement indépendantes. Ce qui suppose qu’elles soient fortes économiquement, culturellement, militairement, moralement. Las, tout a été fait depuis 1945 pour nous affaiblir et nous rendre vassaux des Etats-Unis. Au point qu’un président américain inculte, vulgaire et cynique peut se permettre d’annexer un territoire européen. Et de menacer ouvertement ceux qui auraient la velléité de lui résister. Et ce en toute impunité. […]
RIVAROL, <[email protected]>
Source : Éditorial de Rivarol



































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