Après vingt-deux ans d’enquête, Christophe Dimitri Réveille sort un documentaire rare. « Les Survivants du Che », présenté en séance spéciale à Cannes 2026, ne raconte pas le mythe de Che Guevara. Il raconte l’histoire de six hommes, six guérilleros, compagnons du Che en Bolivie. Trois Cubains — Harry Villegas, dit Pombo, Leonardo Tamayo Núñez, dit Urbano, Dariel Alarcón Ramírez, dit Benigno — et trois Boliviens — Inti Peredo, cadre du Parti communiste, El Ñato et Darío — qui, le 8 octobre 1967, n’étaient pas dans le ravin de la Quebrada del Yuro quand l’armée bolivienne et la CIA refermèrent le piège sur Ernesto Guevara. La suite est connue. Le Che est capturé, fusillé le lendemain à La Higuera. Mais ce qui est moins connu, c’est que ces six hommes échappent à la capture. Ils auraient pu se rendre. Ils auraient pu se disperser. Ils choisissent de tenir un serment et une parole : rentrer à Cuba, dire à Fidel Castro ce qui s’est passé, ne pas laisser la colonne mourir dans le silence. Le film de Christophe Réveille, mélange d’entretiens filmés, d’archives et d’animations quand les images manquent, est d’abord le récit d’une geste révolutionnaire.
Des hommes au service d’un idéal
On peut discuter l’idéal. Qui n’est pas le nôtre. Qui est très loin d’être le nôtre, même si l’on peut en comprendre les motivations premières. On ne peut pas discuter ce qu’il a exigé d’eux. Ces six-là n’étaient pas des théoriciens de salon : paysans, mineurs, soldats de la Sierra Maestra, ils avaient déjà connu la faim, le froid, les blessures. En Bolivie, après la mort du chef, commence autre chose : cinq mois de marche, quelque 2 400 kilomètres, poursuivis par environ 4 000 soldats de l’armée régulière bolivienne, encadrés par les agents de la CIA, qui avaient mis leur tête à prix. Le documentaire insiste sur ce que les discours politiques effacent : la volonté concrète. Marcher au milieu de paysans hostiles, malgré les embuscades, quand on n’a plus de munitions; partager l’eau; tenir un pacte de sang — El Ñato, trop blessé pour avancer, est achevé par les siens, selon la règle qu’ils s’étaient donnée. Inti et Darío resteront en Bolivie pour relancer la lutte ; ils seront tués en 1969. Seuls les trois Cubains franchiront la frontière chilienne, le 23 février 1968, d’où ils pourront ensuite rejoindre Cuba, cinq mois après la mort de Che Guevara. Le réalisateur ne les décrit pas en icônes de la révolution. Il les filme vieux, parfois aigris, parfois fidèles, parfois brouillés avec Castro (Benigno finira réfugié à Paris, condamné à mort par La Havane). Ce qui demeure, c’est l’abnégation : des hommes qui ont mis une cause au-dessus de leur peau, puis ont accepté de vivre avec le prix de cette fidélité. Dans une époque qui célèbre l’individu et le confort, le film a au moins ce mérite : il montre ce que coûte un serment et décrit par l’exemple ce qu’est un idéal révolutionnaire. C’est en cela que ce film doit être vu par tout militant nationaliste.

L’intervention de De Gaulle
Le second fil que rappelle le documentaire est français. Notamment la présence de Régis Debray, jeune intellectuel dans la colonne des guérilleros, arrêté le 20 avril 1967 près de Muyupampa. Les Boliviens veulent en faire un exemple et le condamnent à mort. Charles de Gaulle, alors chef de l’État, intervient directement et envoie un télégramme personnel au président bolivien, le général René Barrientos : « Je souhaite attirer votre attention sur l’intérêt que j’attache à ce que sa vie, qui en dernière instance ne dépend que de vous, reste sauve. » Barrientos répond sèchement que la France voit un « jeune et brillant universitaire » là où La Paz voit un « intrus subversif qui a du sang de soldats boliviens sur les mains ». De Gaulle n’obtient pas la libération immédiate. Il obtient l’essentiel : Debray n’est pas fusillé. Le Français reste l’otage d’une guerre froide locale jusqu’à l’amnistie du général Torres, le 23 décembre 1970. Pour les trois Cubains réfugiés au Chili, le ressort est différent. Salvador Allende, alors sénateur, les prend sous son aile et les empêche d’être extradés vers La Paz. Mais relier Santiago à La Havane n’est pas simple. L’URSS refuse de s’en mêler. C’est De Gaulle qui ouvre le passage. Selon le film et les témoignages qu’il rassemble, le gouvernement gaulliste organise, en mars 1968, le rapatriement. Les trois hommes quittent le Chili, passent par Paris, puis rejoignent Cuba. De Gaulle a cédé à Sartre, à la mobilisation et à la pression de la gauche intellectuelle. Deux mois plus tard, c’est Mai 68 qui secoue le pouvoir gaulliste. Ce film a donc le mérite de rappeler que c’est De Gaulle qui a fait le lit de la chienlit gauchiste.
Pour toutes ces raisons, « Les Survivants du Che » est un film à voir. On n’est pas obligé d’aimer Guevara pour cela. Il est l’exemple même de la volonté révolutionnaire.
Pierre Driancourt











































JN TV











De Gaulle a cédé à Sartre…
Deux personages l’un plus vil que l’autre. Certains l’appellaient même « le docteur Sartre ». On se demande bien pourquoi. N’est-ce pas lui aussi qui avait signé une pétition pour libérer un pédophile notoire? Il faut croire que l’enfer c’était lui…
De Gaulle aurait pu attirer l’attention sur l’intérêt qu’ il attache à ce que la vie de Bastien-Thiry, qui en dernière instance ne dépendait que de lui, reste sauve.