
SANS SURPRISE la France n’est pas parvenue à obtenir une minorité de blocage le vendredi 9 janvier pour le vote décisif sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, signera officiellement ce samedi 17 janvier cet accord, fruit de vingt-six ans de négociations. Pour empêcher la validation du texte à la majorité qualifiée, il fallait l’opposition d’au moins quatre Etats membre (sur les vingt-sept) représentant au moins 35 % de la population de l’Union européenne. La France s’est retrouvée isolée, aux côtés de la Pologne, de la Hongrie, de l’Autriche et de l’Irlande. Il aurait fallu que l’Italie s’opposât également à la signature du traité mais le pays de Giorgia Meloni a fait volte-face et a finalement apposé sa signature.
Les paysans français ont été sacrifiés et le chef de l’Etat porte une lourde responsabilité dans ce dossier. Depuis bientôt dix ans qu’il est à l’Elysée, il n’a rien tenté en amont pour empêcher la signature de ce traité qui condamne nos éleveurs à la ruine et livre notre marché à des viandes de mauvaise qualité mais qui, étant moins onéreuses, se vendront au détriment de nos productions françaises. Ce n’est que contraint et affaibli politiquement, et alors que la colère et le désespoir paysans se manifestent un peu partout dans le pays, que Macron s’est finalement résolu au dernier moment à ne pas parapher le traité Mercosur. Mais il y a quelques semaines encore, il déclarait qu’il ne savait pas encore s’il le signerait ou non, que cela dépendrait des avancées obtenues par la France, qu’il y avait quand même de très bonnes choses dans cet accord, que des garanties avaient été obtenues. Comme le dit fort justement l’universitaire Michele Marchi, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bologne, dans un entretien à l’hebdomadaire Marianne « Giorgia Meloni est installé, Emmanuel Macron est contraint ». Autrement dit la Présidente du Conseil des ministres d’Italie a suffisamment les coudées franches sur le plan politique pour pouvoir approuver le traité, mais ce n’est plus le cas du président français qui, dans son fond, est lui aussi, et même bien plus encore que Meloni, un libre-échangiste, un sans-frontiériste, mais il est à ce point affaibli et démonétisé dans son propre pays qu’il est contraint de suivre l’opinion, de feindre une opposition à un accord qu’il n’avait pourtant rien fait pour freiner ou empêcher jusque-là.
A BIEN Y RÉFLÉCHIR, dans cet abandon tragique des paysans qui ont dû de surcroît subir l’abattage de troupeaux entiers au nom de normes insensées et d’une conduite politique et administrative qui n’a plus rien d’humain — c’est d’ailleurs le propre de notre société de se déshumaniser chaque jour davantage. Quand on compare la France des années cinquante, et même encore celle des années soixante-dix ou quatre-vingt avec celle d’aujourd’hui, on est frappé de constater à quel point c’était mieux avant, à quel point le bon sens voire la simple humanité ont considérablement reculé en l’espace de seulement quelques décennies —, il y a une terrible logique. A partir du moment où on a diabolisé, interdit, criminalisé le principe pourtant noble et naturel de préférence nationale, il n’est pas étonnant que les pouvoirs publics ne défendent plus notre pays ni notre peuple dans toutes ses composantes, ni les paysans, ni les ouvriers, ni les artisans, ni les entrepreneurs, tous sacrifiés sur l’autel du mondialisme, de l’internationalisme, du libre-échangisme. Dans le village planétaire, et plus particulièrement encore au sein de l’Union européenne, il n’y a plus de place pour des nations souveraines, ethniquement et spirituellement homogènes, défendant d’abord et avant tout leurs intérêts vitaux, leurs compatriotes, leurs productions. Dans la logique mondialiste il est cohérent que les immigrés rentrent et que les emplois sortent, que des colonies de peuplement s’installent et que les fermes, les usines, les ateliers, les boutiques disparaissent, avalés, assassinés par les vautours de la mondialisation, par les multinationales, par la finance anonyme et vagabonde.
Ce que l’on abat en ce moment, ce ne sont pas seulement des troupeaux bovins, ce qui est déjà tragique en soi, ce sont des hommes qui sont anéantis, ce sont des vies qui sont brisées, ce sont ders années de labeur et de sacrifices qui s’envolent en fumée. Dans leur monde, mieux vaut se mettre au RSA et ne rien faire de sa vie, passer ses journées à regarder des vidéos débilitantes, en avalant des chips, ce qui est hélas un mode de vie de plus en plus fréquent, surtout parmi les jeunes générations, que de se lever tôt le matin pour travailler et nourrir sa famille. Et puis, qu’on le veuille ou non, l’agriculture, l’élevage sont des activités traditionnelles et il faut rompre avec toutes les traditions, édifier un monde sans passé, sans racines, sans attachement à un terroir, à une lignée. Notre ami paysan, Alexis Arette, était fier de raconter que dans sa ferme de Momas dans les Pyrénées-Atlantiques où il est né, a grandi et a vécu toute sa vie, sa famille était là depuis plus de sept siècles sans discontinuité. Les fondations de sa ferme remontaient au XIVème siècle. Comment dans ces conditions ne pas être attaché à ses ancêtres, à leur vie, à leur histoire ? Comment ne pas se sentir par tous ses fibres appartenir à une lignée et comment donc ne pas être attaché viscéralement, charnellement à sa terre natale, à sa patrie ? Comment enfin ne pas lever les yeux vers le Ciel et admirer l’œuvre de la Création, le spectacle de la nature qui se métamorphose au fil des saisons, qui chaque année renaît ? C’est tout cela que le système mortifère et contre-nature veut abattre. L’intelligence artificielle l’emporte sur ce qui est naturel. De même qu’il y a une logique entre la légalisation du suicide assisté, sur laquelle le Sénat doit se prononcer le 28 janvier, et l’euthanasie de la paysannerie à laquelle nous assistons impuissants. C’est toujours la même logique de mort, de malthusianisme, le même refus de la vie, le même mépris de l’humain, le même empoisonnement des cerveaux et des âmes.
SI MACRON a finalement résolu de s’opposer au dernier moment, et du bout des lèvres, à la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et quatre pays du Mercosur, à un moment où il était déjà trop tard, ce qu’il savait parfaitement, c’est aussi parce qu’il craint une censure du gouvernement Lecornu par l’Assemblée nationale. Même si les paysans ne représentent plus une force considérable sur le plan strictement arithmétique, ils restent populaires parmi la population et peuvent mener des actions spectaculaires. Et à l’approche des élections municipales qui auront lieu les 15 et 22 mars aucune force politique tient à se les mettre à dos. C’est pourquoi l’Exécutif craint le vote d’une motion de censure, qui a été déposée, l’une par la France insoumise, l’autre par le Rassemblement national, et qui doit être discutée et soumise au vote des députés cette semaine. En réalité, sur le papier, les craintes du gouvernement semblent excessives car le parti socialiste a déjà fait savoir publiquement qu’il ne s’associerait pas à ces motions de censure. Et on voit mal les députés LR qui redoutent tellement un retour précipité aux urnes voter en masse le renversement de l’équipe de Lecornu.
Mais le fait est que le gouvernement ne parvient toujours pas pour l’heure à faire voter un budget pour 2026. Pour y arriver il a besoin à tout le moins de l’abstention des députés écologistes et communistes qui, pour le moment, ne lui est pas acquise. C’est sans doute la raison pour laquelle le Premier ministre a demandé au ministère de l’Intérieur, où sévit l’affreux Laurent Nunez, d’étudier la faisabilité d’élections législatives anticipées ayant lieu en même temps que les municipales à la mi-mars. Est-ce un coup de pression pour inciter les députés à se montrer “raisonnables” et à ne pas censurer le gouvernement ou est-ce le signe d’une vraie crainte de l’Exécutif, voire un constat d’échec ? On a cependant du mal à imaginer une majorité absolue de députés se faire hara-kiri. Le propre d’un parlementaire, c’est d’être gamellard, c’est de vouloir garder son poste et ses prébendes le plus longtemps possible. Sauf à être sûr d’être réélu. Or, la plupart des élus de la chambre basse n’ont aucun intérêt en l’état à des législatives anticipées. On le sait, un député, sauf rare exception, défend toujours son intérêt avant celui de la nation. Nous serions donc surpris que le gouvernement Lecornu tombe très rapidement, d’autant que l’homme, qui parle peu et agit dans l’ombre, en coulisses, ne manque pas de ressources et d’habileté manœuvrière. Mais il lui faut encore tenir plus d’un an, jusqu’à la présidentielle du printemps 2027, ce qui est long dans une période si agitée et instable. Et d’ici là, il peut se passer bien des choses. L’histoire est en effet le théâtre de l’imprévu et la vie politique n’est pas avare en surprises. […]
RIVAROL, <[email protected]>
Source : Éditorial de Rivarol

































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