En 1936, toute la droite nationaliste dénonçait une mainmise d’origine juive sur l’Éducation Nationale : Léon Blum, Président du Conseil ; Jean Zay, ministre de l’Éducation Nationale ; Cécile Brunschvicg, sous-secrétaire d’État à l’Éducation Nationale ; Jules Isaac, inspecteur général de l’Instruction publique, – il est en outre l’auteur des manuels d’histoire de France, si si, les célèbres Malet et Isaac. (Cécile Brunschvicg avait au moins le mérite auprès des petits écoliers de servir d’étalon au m3 et au quintal…)
En 2026, le slogan d’une certaine droite, dont Némésis, c’est : « islamo-gauchistes hors de nos facs ! » Le pauvre Quentin s’est fait tuer pour ce slogan servant essentiellement des intérêts pro-israéliens, visant à empêcher le traitement de la question de la Palestine occupée et du sort des Palestiniens.
Or, en 1968, on n’a pas entendu les prédécesseurs de ces mêmes droitards scander : « Judéo-gauchistes, hors de nos facs »… On peut leur conseiller la lecture du livre de Yaïr Auron, traduit (de l’hébreu…) par Katherine Werchowski : Les Juifs d’extrême gauche en Mai 68.
Le livre n’est pas disponible en PdF, mais on peut consulter cette courte vidéo de 2mn sur le même sujet : https://ok.ru/video/1491805407906. Elle commence ainsi : « Comme en 1917, lors de la révolution bolchevique. Les Juifs étaient les leaders de la révolution manquée de Mai 68.» Nous sommes partis de cette vidéo et nous avons étoffé par diverses sources indiquées au fur et à mesure – ce qui nous a aussi permis de corriger deux ou trois inexactitudes présentes dans la vidéo.
Voici donc les principaux leaders de Mai 68.

Daniel Cohn-Bendit
Né le 4 avril 1945 à Montauban – 80 ans
Figure emblématique de cette période, né de parents juifs allemands réfugiés en France dès 1933. En mai 1968, il avait 23 ans et étudiait en 2ème année de sociologie à Nanterre.
Surnommé « Dany le Rouge », il finit par être expulsé de France vers l’Allemagne, pays de ses parents. Il ne s’engagea pas aussitôt dans une nouvelle action politique. De 1968 à 1973, il devint éducateur dans des jardins d’enfants à Francfort puis travailla à la librairie Karl Marx de cette même ville jusqu’en 1980. Il co-fonda en 1970 le magazine Pflasterstrand (sous les pavés, la plage) et en dirigea la rédaction jusqu’en 1984. Il a été maire-adjoint de Francfort de 1989 à 1997.
Alain Finkielkraut
Né 30 juin 1949 à Paris – 76 ans
Fils unique d’un maroquinier juif polonais déporté à Auschwitz. Penseur du mouvement.
Roland Castro
Né à Limoges le 16 octobre 1940 – famille juive originaire de Salonique
Militant pro FLN, membre du PSU, il rejoint le Parti communiste en 1961 avant d’évoluer en 1967 vers les maoïstes de l’Union de la jeunesse communiste marxiste-léniniste. En mai 1968, il en est le représentant à l’école des Beaux-Arts.
Dans la vidéo, il est cité par erreur Olivier Castro, qui a lui aussi participé aux événements de mai 68, mais ne semble pas Juif.
Danièle Schulmann
Compagne d’Yves Fleischl. Dans la vidéo, on parle par erreur de Daniel Schulmann.
Danièle Schulmann : « Nous étions élevés dans le souvenir de la Résistance »
Yves Fleischl
Né en Hongrie, pas particulièrement connu si ce n’est qu’il est sur la fameuse photo de Daniel Cohn-Bendit face à un CRS devant la Sorbonne
Yves Fleischl : « Une énorme transgression »
Bernard Kouchner
Né à Avignon le 1er novembre 1939
Militant de l’Union des étudiants communistes, rédacteur à Clarté, il anima en mai 1968 le comité de grève de la faculté de médecine de Paris. En 1969, il partit pour le Biafra et jugea alors que le Mai parisien, « c’était une comedia dell’arte ».
Dirigeant de Médecins sans frontières en 1971, il entama une carrière politique qui le conduisit plusieurs fois au gouvernement, tantôt à droite, tantôt à gauche. Il est aujourd’hui, tantôt à droite, ministre des affaires étrangères du gouvernement Fillon. Il est le mari de la journaliste Christine Ockrent.
Benny Lévy (alias Pierre Victor)
Né le 28 août 1945 au Caire et mort le 15 octobre 2003 à Jérusalem.
Élève de Louis Althusser à l’École normale supérieure, il s’engagea dans l’Union des étudiants communistes, puis fut un des dirigeants de l’Union des jeunesses communistes marxistes léninistes avec Robert Linhart. Il fonda après mai 1968 la Gauche Prolétarienne dont le journal La Cause du Peuple reçut le soutien de Jean Paul Sartre. Entré dans la clandestinité en 1973 lors de l’interdiction de la Gauche prolétarienne, il devint le secrétaire de Jean-Paul Sartre jusqu’en 1980 et enseigna la philosophie à la Sorbonne. C’est lui qui nomma Serge July en 1973 comme responsable politique de Libération. Il émigra en Israël en 1997 et devint rabbin, avant de mourir en 2003.
André Glucksmann
Né le 19 juin 1937 à Boulogne-Billancourt dans une famille juive ashkénaze ; mort le 10 novembre 2015 à Paris.
Philosophe, militant maoïste entre 1968 et 1974, et ardent défenseur de la révolution culturelle chinoise.
Robert Linhardt
Né le 30 avril 1944 à Nice (et non en 1943 comme indiqué dans la vidéo)
Robert Linhart est issu d’une famille juive d’origine polonaise installée à Paris. Son père, Jacob Linhart, a quitté la Pologne avant la Seconde Guerre Mondiale et a rejoint la France après quelques années passées en Italie (« chassé par la poignée de main de Mussolini à Hitler»).
Chef de l’Union de la Jeunesse Communiste Marxiste-léniniste tendance maoïste.
Il a fondé, en 1966, un mouvement maoïste dont l’objectif était d’envoyer les étudiants à l’usine afin de se rapprocher des ouvriers en vue de leur apprendre à combattre l’idéologie bourgeoise. Manque de bol, en Mai 68, Linhart est hospitalisé pour surmenage lorsque les ouvriers se mettent en grève ; la révolution se fait sans lui. Cela ne l’empêche pas de passer l’année suivante chez Citroën pour fabriquer des 2CV (expérience douloureuse qu’il narrera en 1978 dans l’impressionnant « L’établi »). Après dix ans à écrire, il tente de se suicider en 1981, puis cesse de parler pendant vingt-quatre ans. Drôle de père, quand même, et Virginie Linhart en parle avec une douceur qui ne laisse néanmoins rien passer.
Tiennot Grumbach
Né à Paris 17e le 19 mai 1939 – décédé le 17 août 2013. (photo à droite avec Cohn Bendit et Kravetz)
Il fut membre de l’Union des étudiants communistes et de l’Union des Jeunesses communistes marxistes léninistes (fondé par les disciples de Louis Althusser, exclus de l’UEC. Il fonda avec Roland Castro le mouvement maoïste « Vive la Révolution ».
Neveu de Pierre Mendès France, avocat, il fut président du Syndicat des avocats de France (SAF) et devint en 1986-1987 bâtonnier à Versailles. Il a été directeur de l’Institut des sciences sociales du travail (ISST) de Sceaux.

Marc Kravetz
Né le 2 octobre 1942 à Neuilly-sur-Seine et mort le 28 octobre 2022 à Paris
Militant des Jeunesses communistes, secrétaire général de l’UNEF, il effectua en 1967 un séjour à Cuba. Il fut en 1968 rédacteur à Action et animateur des comités d’action. Vingt ans plus tard, il était chef du service étranger à Libération.
Alain Krivine
Né à Paris le 10 juillet 1941, issu d’une famille juive d’Ukraine ; mort le 12 mars 2022 dans la même ville
Celui qui précéda Olivier Besancenot à la tête de la Ligue communiste révolutionnaire est l’un des rares animateurs de la révolte de mai 1968 à avoir conservé la même ligne politique et le même engagement. Dirigeant du secteur Sorbonne-Lettres de l’Union des étudiants communistes en 1964, il fonda en 1966 les Jeunesses communistes révolutionnaires (ligue dissoute par le gouvernement en juin 1968). En 1968, il se montra partisan de l’escalade et du harcèlement continu des forces de l’ordre. Fondateur en 1969 de la Ligue communiste (dissoute en 1973), puis de la Ligue communiste révolutionnaire en 1974, il se présenta pour la première fois à la présidence de la République aux élections de 1969. Sur 12 candidats, il arriva 9ème, avec 239 106 suffrages. Il est l’auteur en 2006 chez Flammarion d’un ouvrage joliment intitulé « Ça te passera avec l’âge ».
Michel Recanati
Né le 29 septembre 1950 à Boulogne-Billancourt ; mort le 23 mars 1978 (suicide suite au décès de sa compagne atteinte d’un cancer). Il est le fils aîné de Suzanne Rodrigue, de famille juive.
Les époux Recanati mentionnent leur judaïté à leurs enfants à leur adolescence, après l’avoir « longtemps vécue comme une disgrâce »
Les grands-parents, issus d’une famille juive immigrée de Salonique devenus commerçants dans le IXe arrondissement de Paris, sont déportés en 1942 par le régime de Vichy et périssent dans les camps nazis.
Michel Recanati est un trotskyste qui en 1968 dirigeait le Comité action lycéen (CNAL), puis est devenu dirigeant actif de la LCR.
Il a été relaxé par la justice dans l’enquête sur les graves brûlures subies par des policiers lors de la contre-manifestation du 21 juin 1973, à l’occasion d’un meeting d’Ordre nouveau à Paris, décidée par le bureau politique de la Ligue communiste et organisée avec trois autres partis d’extrême-gauche — sans le PSU.
Daniel Gluckstein
Né le 3 mars 1953 à Paris.
Cofondateur de l’OCI (Organisation Communiste Internationaliste)
Pierre Lambert
Né Boussel le 9 juin 1920 à Paris ; mort le 16 janvier 2008.
Il est issu d’une famille d’émigrants juifs russes très pauvres. Son père, Isser Boussel, est tailleur et sa mère, Sorka Grinberg, est femme au foyer.
À partir de 1953, il est l’un des principaux dirigeants du mouvement trotskiste international.
Fondateur de l’OCI trotskyste (actuel Parti des Travailleurs)
Daniel Bensaïd
Né le 25 mars 1946 à Toulouse ; mort le 12 janvier 2010. C’est un Séfarade, comme Recanati, ce sont les deux seuls Séfarades du mouvement.
Philosophe et théoricien trotskiste.
Henri Weber
Né à Leninabad en Union Soviétique le 23 juin 1944 et mort le 26 avril 2020 à Avignon
En 1968, il joua un rôle très important dans l’animation des révoltes étudiantes. Cofondateur de la Ligue communiste révolutionnaire en 1968, il fut directeur de son hebdomadaire Rouge jusqu’en 1976. Il a effectué une carrière universitaire, jusqu’à son entrée au cabinet de Laurent Fabius, comme enseignant en sciences politiques. Une matière sur laquelle il a lui-même réalisé de nombreux…. travaux pratiques.
Sénateur socialiste de Seine maritime de 1995 à 2004, parlementaire européen depuis 2004, il est un proche de Laurent Fabius qu’il rejoignit en 1988 comme conseiller technique à son cabinet, lorsque ce dernier était président de l’Assemblée nationale. Peu avant, il avait rédigé, avec l’appui du CNPF, un livre intitulé « Le parti des patrons : le CNPF 1946-1986 ». Il était alors chercheur au Centre de recherches sur les mutations des sociétés industrielles (CRMSI).
Alain Geismar
Né à Paris en juillet 1939 d’une famille juive alsacienne.
En mai 1968, maître assistant à la faculté des sciences de Paris, il fut secrétaire général du SNE-Sup où il représenta le courant gauchiste. Il fut, avec Cohn-Bendit et Sauvageot, une des figures de la révolte. En 1970, condamné pour reconstitution de mouvement dissous (La Gauche prolétarienne), il passa 18 mois à Fresnes. Il prononça alors une phrase très engagée : « L’été sera chaud et nous allons poursuivre les bourgeois jusque dans leurs porcheries ».
Inspecteur général de l’Éducation Nationale depuis 1990 (fonction, comme son nom l’indique, de contrôle de l’enseignement du monde enseignant), chargé de mission ou conseiller technique de plusieurs ministres de l’Éducation Nationale (Jospin, Glavany, Lang, Allègre, Royal) il est depuis 2001 conseiller du maire de Paris, chargé de l’éducation.
Blandine Kriegel
Née à Neuilly-sur-Seine le 1er décembre 1943. Fille de Maurice Kriegel-Valrimont issu d’une famille juive. Elle est la cousine de Danièle Kriegel
Son itinéraire politique a débuté au PCF. Fille du militant communiste Maurice Kriegel (Kriegel-Valrimont, de son nom de résistant), elle milite à l’Union des étudiants communistes avant de rejoindre l’Union de la jeunesse communiste marxiste-léniniste (maoïste). C’est là qu’elle rencontre son premier mari, Philippe Barret (voir ce nom). Elle collabore alors à l’École de mai et se montre très active en 1968 dans l’agitation maoïste à l’École normale supérieure de Fontenay aux Roses.
Universitaire de renom, spécialiste de philosophie politique, cette agrégée de philosophie et docteur d’État es lettres a été chargée de mission à l’Élysée, appelée en 2002 par le président de la République Jacques Chirac. Avec son mari Alexandre Adler, chroniqueur politique et directeur de Courrier international, elle était proche de Philippe Séguin, président de l’Assemblée nationale de 1993 à 1997. Elle appela à voter Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995, parce que dit-elle, « la gauche m’a déçue ». Elle est officier de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre national du Mérite.
Remarques Conclusives
1 – La vidéo se conclut comme elle a commencé, par un parallèle avec 1917 : « Les Français savent-ils qu’ils ont échappé au Goulag » ; mais pas au Goulag Migratoire.
2 – En Mai 68, le mot d’ordre, c’était « L’imagination prend le pouvoir », aujourd’hui, c’est plutôt « L’immigration prend le pouvoir », mais les deux sont liés, même si Quentin avait surtout en tête le deuxième de ces mots d’ordre, il ne faut pas oublier le premier, ni ceux qui en ont été les auteurs : ils sont toujours dans nos facs – des deux côtés de la chaire (voir le cas caricatural d’Alain Geismar qui devient Inspecteur général de l’Éducation Nationale !).
3 – Le cas Recanati nous permet de faire un lien facile avec Quentin : d’un côté des Antifas qui brise le crâne d’un militant identitaire, de l’autre, une affaire de « CRS SS » gravement brûlés.
4 – Yaïr Auron met en bandeau de son livre « Une génération révolutionnaire marquée par la Shoah ». Mais à part le cas de Recanati justement, dont les grands-parents sont morts en camps, et celui de Finkielkraut, dont les parents sont d’ailleurs revenus de déportation (puisqu’il est né en 1949…), on est plutôt surpris de voir toutes ces figures de 68 naître un peu partout en France durant la guerre, ou un peu avant, ou après, dans des familles qui n’ont pas même été touchées par la déportation.
5 – Signalons cette autre livre signée d’une intellectuelle juive, Judith Friedlander : Vilna on the Seine – Jewish intellectuals in France since 1968
Sources :
- Que faisaient-ils en mai 1968 ? Institut Supérieur du Travail
- Danièle Schulmann : « Nous étions élevés dans le souvenir de la Résistance » Mediapart
- Yves Fleischl : « Une énorme transgression » Mediapart
- Wikipedia




























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