L’US Army en Iran, ça ne date pas d’hier, sa première apparition et prestation dans le pays, c’était lors de l’épisode du Corridor Perse, entre 1942 et 1944, pour acheminer l’aide américaine en URSS. Et les hommes du détachement américain chargés de cette logistique, c’étaient les F.B.I., soit les « Forgotten Bastards of Iran » comme ils se nommaient eux-mêmes. De nos jours, on dirait peut-être les « Fucking Bastards of Iran »…
Non seulement l’existence de ce corridor est totalement méconnue – tant en Europe qu’aux États-Unis même – mais c’est aussi, par la même occasion, l’ampleur de l’aide matérielle des États-Unis à l’URSS qui est totalement sous-estimée : on va le voir, sans cette aide, l’URSS avait clairement partie perdue. Il est vrai qu’à l’inverse, sans l’Armée Rouge, la Grande-Bretagne et les États-Unis avaient aussi partie perdue.
Ci-dessous, nous relayons un très intéressant article de Robert Mary (en le remaniant pour éviter les répétitions). En fin d’article, nous nous faisons également l’écho du témoignage vécu d’un gebirgsjäger. [ Gebirgsjäger : « chasseurs des montagnes », Kaiserjäger ou Alpenjäger « chasseurs alpins » (faisant notamment partie de l’Alpenkorps) sont un corps d’armée d’infanterie légère alpin ou de montagne d’Allemagne, de Bavière, d’Autriche ou de Suisse ]
Pour le lecteur d’aujourd’hui, l’article a indirectement le mérite de rappeler que l’Iran est un maillon essentiel de la logistique mondiale russe – Staline aura d’ailleurs énormément de mal à quitter le pays à la fin des hostilités – or, depuis 1944, à notre connaissance, la géographie physique n’a pas changé, d’où l’enjeu majeur de l’actuelle guerre en Iran pour la Russie

Dans le cadre de la loi prêt-bail, les USA ont, pendant la Seconde Guerre mondiale, ravitaillé de nombreux pays : la Grande-Bretagne, la Chine, le Brésil, et, bien entendu, l’URSS. Outre l’aspect financier, il fallait bien sûr organiser la logistique.
Pour l’URSS, l’Iran constituait la principale plate-forme logistique de livraison des armements, équipements, véhicules, matériels et matières premières destinés à l’Armée Rouge ou à l’industrie soviétique.
En effet, la route arctique (« les convois de Mourmansk ») était trop risquée (le convoi PQ17 fut pratiquement entièrement coulé en juin 1942) et nécessitait donc des escortes extrêmement puissantes et lourdes à mettre en place. Cette voie fut néanmoins privilégiée pour le matériel strictement militaire, la route de l’Iran étant extrêmement vulnérable à une éventuelle attaque terrestre japonaise… qui ne vint jamais. Apparemment, les Japonais n’ont jamais eu conscience de l’importance du trafic allié en Iran.
Le Transsibérien, pour sa part, était saturé et seuls les livraisons d’avions venant de l’Alaska ou du Canada étaient faciles.
Le Golfe Persique, par contre, n’était pas accessible aux sous-marins allemands, de même d’ailleurs que l’ensemble de l’Océan Indien, trop éloigné des systèmes de ravitaillement de la Kriegsmarine.
L’Iran était presque l’idéal, car touchant l’URSS et disposant de ports… et de pétrole.
Dans un premier temps, le Shah avait refusé l’utilisation du chemin de fer trans-iranien par les Alliés au nom de la neutralité de l’Iran qu’il avait proclamée.
Mais dès août 1941 (soit 2 mois après l’attaque allemande en URSS), les Anglais et les Russes – craignant en plus que l’Iran ne succombe aux charmes de l’Allemagne – s’entendent pour occuper conjointement le pays, convenant en outre de le quitter dans les 6 mois suivant la fin des hostilités. Les Russes seront plus que réticents à partir dans les délais et tenteront d’intégrer à l’URSS une partie du pays, mais ceci est une autre histoire (voir la fin de cet article), ils finiront par quitter l’Iran en 1946.
Dès lors, les Anglais pouvaient organiser le ravitaillement de l’URSS par l’Iran.
Dans un premier temps, seule était disponible la ligne de chemin de fer. Mais l’expérience montra rapidement qu’une alternative routière était nécessaire, l’unique voie ferrée était trop précaire : 3.000 ponts, 231 tunnels, le tout souvent à plus de deux mille mètres d’altitude.
Il est à noter que le ravitaillement par voie de chemin de fer permit quand même, malgré tous ses aléas, un ravitaillement moyen quotidien de 3.397 tonnes avec un pic de 7.520 tonnes en juillet 1944 au profit de l’URSS.
Toutefois, afin de garantir la continuité du ravitaillement, les Britanniques se lancèrent dans la construction d’une route permettant le ravitaillement par camion.
C’est ici que les Américains, rentrés en guerre, interviennent aux côtés des Anglais. Les Britanniques se chargeaient du bon fonctionnement du ravitaillement par train et de la conception d’une partie des routes, les Américains fournissant l’effort principal pour la création de routes.
L’aide américaine comportait trois volets :
- déchargement des marchandises sur les quais (il faut savoir que la moitié du contingent US en charge des opérations de transbordement sur les quais était des « Black Americans ».
- construction des routes vers l’URSS (Azerbaïdjan) au travers de l’Iran (la frontière russe ne put jamais être franchie sur ordre de Staline)
- acheminement des marchandises par camion (une grande partie des camions étant laissés sur place près de la frontière soviétique car ils seront utilisés par les soviétiques à des fins militaires).
Le bilan en chiffres :
- 30.000 hommes de l’armée US ont servi en Iran (nommée Perse avant 1935)
- 4,5 million de tonnes d’équipement ont été délivrées à l’URSS par la voie des routes.
- Le plus haut niveau fut atteint en septembre 1944 avec 6.000 camions livrés aux soviétiques.
- 45% des 400.000 camions américains livrés aux Soviétiques le furent via le « corridor perse ».
Les premiers Américains (bataillons logistiques et de génie) arrivèrent en Iran en été 1942 (au même moment que l’offensive d’été allemande en Ukraine et en Crimée qui mènera à Stalingrad) pour y travailler avec les bataillons de génie soviétiques dans le but de créer des ébauches de routes à établir.
Mais le terrain montagneux s’avéra redoutablement coriace (« routes » de mauvaise qualité et impraticables à des conducteurs inexpérimentés) et il apparut bien vite que ce travail devait être confié à des spécialistes de ce genre de topographie.
Ainsi, on chercha des volontaires pour une mission secrète.
Les 516e et 517e régiments « Quartermaster Truck » furent, à la base, des volontaires issus de « l’American Trucking Association » (association des conducteurs de camions).
Les volontaires furent formés en décembre 1942 aux USA et arrivèrent à Khorramshar en mai et juillet 1943 par deux voies différentes selon les régiments respectifs (le 516e traversant l’océan Pacifique et le 517e, l’océan Atlantique).
Ils servirent 1 an et demi en Iran sous le « Persian Gulf Command ».
Ensuite le 517e fut envoyé en Chine préparer la route de Birmanie tandis que le 516e fut chargé de ravitailler Patton en essence en Europe.
Les portions de routes créées par les américains furent les suivantes (sans compter tronçons conçus par les britanniques) :
- Khorramshar vers Andimeshk : 270 kms
- Andimeshk vers Kurramabad : 250 kms
- Kurramabad vers Hamada : 290 kms
- Hamadan vers Kazvin : 206 kms
- Kazvin (ancienne capitale de la Perse et proche de la mer caspienne) vers Tabriz
- Tabriz vers les montagnes du Caucase.
Les maladies telles que la dysenterie, la malaria firent leur apparition (en été il fut interdit de travailler dans le désert de 10 h du matin à 4 h de l’après-midi, ainsi le gros du travail se fit la nuit) et la construction de la route en hiver fut un cauchemar (25 degrés sous zéro).
Il fallut poser des pavés, niveler les routes parfois sous des pluies torrentielles.
Quant aux Iraniens, les Américains préféraient les éviter pendant le Ramadan car apporter de l’alcool ou de la viande de porc était sévèrement réprimandé.
Épilogue
Lorsque les USA présentèrent la facture à l’URSS à la fin des hostilités, les soviétiques refusèrent de verser le moindre kopeck et répliquèrent que les Alliés occidentaux n’avaient pas versé de sang en Russie à l’inverse des troupes russes face aux nazis, ils ne s’étaient contentés « que » de fournir du matériel…
Après la fin de la guerre les Britanniques se retirèrent mais les troupes soviétiques stationnèrent au nord-ouest de l’Iran, refusant non seulement de se retirer mais soutenant aussi une révolte qui aboutit à la création d’états séparatistes éphémères et pro-soviétiques dans l’Azerbaïdjan iranien à la fin 1945 : le gouvernement populaire d’Azerbaïdjan et la République de Mahabad. Tous deux étaient des gouvernements fantoches soviétiques. Cela déclencha la crise irano-soviétique, les troupes soviétiques ne se retirèrent d’Iran qu’en mai 1946, après avoir reçu une promesse de concession pétrolière. Sans troupes soviétiques pour les protéger, les républiques soviétiques du nord s’effondrèrent et les concessions pétrolières furent révoquées.
Un témoignage
Le professeur Yves Caron disait avoir rencontré un bavarois qui avait fait partie du détachement de gebirgsjägers avait escaladé l’Elbrouz lors des combats dans le Caucase.
Avec de puissantes jumelles, ceux-ci purent observer au sud, vers la Géorgie, des plaines remplies de camions et de matériel américains. C’était tellement immense que cela était observable à une distance de plusieurs centaines de kilomètres.
Le gebirgsjäger s’appelait Arthur Eisenmann. Il était né en 1919 et avait participé à la construction du pavillon de l’Allemagne à l’exposition universelle de Paris de 1937.
Robert Mary
Adaptation pour JN : Francis Goumain
Sources :
- Le corridor perse: l’armée US en Iran de 1942 à 1944 | Ardenne Web
- Lien Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Corridor_Perse#En_Iran
- Lien US Army (en anglais): http://www.history.army.mil/books/wwii/persian/
- Association de vétérans (en anglais): http://pgcvowwii.homestead.com/home.html
- Le « Persan Gulf Command » par F Schubert (en anglais): http://140.194.76.129/publications/eng-pamphlets/ep870-1-42/c-5-1.pdf
- Invasion soviéto-britannique de l’Iran: http://fr.wikipedia.org/wiki/Invasion_anglo-sovi%C3%A9tique_de_l%27Iran
- Off The Rails: The Forgotten Bastards of Iran
- The Persian Gulf Command and the Lend-Lease Mission to the Soviet Union during World War II – The Army Historical Foundation
- Archive of Photographs of US Soldiers in Iran During WWII Featuring Local Architecture, Sweeping Landscapes of Persian Deserts by Iran Photo Archive, US Military: (1943) | Max Rambod Inc
- Iranian famine of 1942–1943 – Wikipedia



























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