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Treize morts pour la France au Mali ?

Treize morts pour la France au Mali ?  En août 2014, Barkhane prend la suite de l’Opération Serval lancée le 11 janvier 2013 par le président Hollande. Aujourd’hui Barkhane mobilise quelque 4500 personnels de nos armées, en principe pour lutter contre AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), mais aussi contre l’irrédentisme targui, les filières d’immigration clandestine et le narcotrafic destiné à approvisionner nos classes dirigeantes et nos beautiful peoples en cocaïne colombienne via les Antilles. Des militaires de carrière tragiquement morts au champ d’honneur mais dans lesquels certains voient avec tristesse des hommes participant comme « de vulgaires mercenaires à toutes les guerres du mondialisme »… Ce qui hélas n’est pas totalement faux1. Déployés dans la bande sahélienne sur un territoire dont la surface est approximativement celle de l’Europe, leur action s’étend démesurément à cinq pays : Burkina Faso, Mauritanie, Mali, Niger, Tchad. 

Au cours de ces six années, ce sont quelque 41 soldats qui auront trouvé la mort dans ces steppes ingrates frappées par la sécheresse et vouées à l’affrontement entre sédentaires et nomades se disputant l’eau et des terres de pâture de plus en plus stériles. Parmi ces 41 disparus engloutis par l’immensité du désert, treize auront donc perdu la vie au Mali le soir du 25 novembre 2019, dans la « collision accidentelle » de deux hélicoptères. L’un des plus lourds bilans humains, dit-on, depuis l’attentat du Drakkar à Beyrouth (au cours de la guerre civile libanaise), qui avait fait 58 morts le 23 octobre 1983 (simultanément 241 marines américains), drame qui avait conduit au retrait presque immédiat de la Force multinationale de Sécurité (FMS), laquelle sera d’ailleurs dissoute en mars 1984. 

Ce terrible exemple d’impuissance géopolitique devrait sans doute inspirer à nos actuels prestigieux décideurs le choix de quitter un théâtre d’opération quasi impossible à tenir avec les moyens dérisoires au regard de l’ampleur de la mission qui sont ceux de nos armées. Des moyens au demeurant de plus en plus restreints par les coupes budgétaires (l’armée étant devenue une variable d’ajustement dans le cadre de politiques d’austérité et d’ajustements structurels qui ne disent pas leur nom), des matériels dont la maintenance est terriblement déficiente2 et sans aide véritable de la part de nos partenaires européens. Alors se pose crûment la question : le Mali est-il désormais un champ de bataille où la guerre contre le terrorisme puisse être durablement remportée ? Ne vaudrait-il pas mieux redéployer nos forces sur le front intérieur tout aussi brûlant en dépit de la silencieuse et terrible complicité des médias et des autorités publiques conspirant à cacher la cruelle vérité, celle d’une guerre terroriste à bas bruit sur le sol européen dont l’ampleur devient extrêmement alarmante ?

Pourquoi là-bas alors qu’ici, en Europe, les actes terroristes low cost se multiplient, que ce soit dernièrement à Londres et à La Haye où le Black Friday du 29 novembre aura bien mérité son nom. Cela pour mieux nous rappeler la folle multiplication de ce type d’actes à travers toute l’Europe, notamment en France et en Allemagne. Pour mémoire récente, pensons à Villeurbanne, le 31 août, un jeune homme de dix-neuf ans est mort de ses blessures et huit autres personnes blessées dont trois grièvement par un migrant clandestin afghan âgé de trente-trois ans. Lui aussi avait entendu une voix lui enjoindre comme l’accrédité Secret défense, Michael Harpon, le charcutier halal de la préfecture de Paris, le 3 octobre dernier, de passer à l’acte. Il aurait, selon le procureur de la République, « entendu des voix insulter le Très-Haut et lui donner l’ordre de tuer ». À Cannes, le 6 novembre, un passant d’une soixantaine d’années était frappé à la gorge et au thorax « en pleine rue » ! Dans ce dernier cas, comme à Villeurbanne et dans ce type de circonstances, la qualification d’acte terroriste sera très rarement retenue. 

Toutefois, la liste n’en finit plus de s’allonger : le 12 mai 2018 à Paris, un dénommé Khamzat Azimov, un Tchéchène fiché S, né en 1997 et naturalisé français en 2010, surinait un passant et en blessait gravement quatre autres avant d’être abattu comme le tueur du Pont de Londres. Une ultime mention, relative aux deux jeunes femmes tuées au couteau le 1er octobre 2017 devant la gare Saint-Charles à Marseille. « Le suspect [quelle circonlocution et quel euphémisme imbéciles !], connu pour des faits de droit commun, a été abattu, dimanche. La section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie, mais le ministre de l’intérieur se refuse à parler d’attentat »3… En dépit d’une revendication circonstanciée émanant d’un organe de propagande de l’État islamique. Une telle volonté à peine dissimulée de falsification des faits par le biais d’un flagrant déni d’évidence laisse pantois. Où sont les vrais assassins ? Ceux qui commettent des crimes de sang ou ceux qui le couvrent par un silence de facto complice ? Assurément, le Pays légal est entré en guerre civile sourde contre le Pays réel, c’est-à-dire la France des petites gens ! « Nous ne sommes pas dans le même camp » lançait Didier Lallement, préfet de police de Paris, le 17 novembre, au lendemain du 53e Acte des Gilets Jaunes, place d’Italie, à une manifestante. Cela se confirme en effet et avec éclat, jour après jour : l’État Moloch dévore par la répression, la pression fiscale, par son mépris affiché et l’immigration potentiellement terroriste, ceux qu’il devrait préserver et défendre. 

À Londres, dans la nuit du 31 décembre 2017 au 1er janvier 2018, quatre jeunes gens étaient assassinés dans diverses agressions au couteau. Des faits divers qui témoignent de la recrudescence des attaques à l’arme blanche dans la capitale britannique. Une épidémie qui s’aggrave d’années en années, bientôt pire que le Sida : de juin 2017 à juin 2018, la police londonienne aura enregistré 14 769 agressions à l’arme blanche (le journal Libération du 19 décembre 2018 parlait d’“incidents”). En 2017, 123 personnes avaient ainsi été tuées à Londres… Déjà, sur le Pont de Londres, le 3 juin 2017, un véhicule utilitaire balayait les promeneurs et ses trois cooccupants poignardaient des consommateurs aux terrasses voisines faisant huit morts et 48 blessés quatre jours avant un scrutin législatif anticipé, un vendredi à l’instar du vendredi 13 novembre 2015 au Bataclan, quelques semaines avant les régionales de décembre 2015 !  Auparavant, le 22 mars, à proximité du parlement, un individu avait percuté cinq personnes et le 22 mai un attentat-suicide à la sortie d’un concert avait causé la mort de 23 personnes… Le 29 novembre, toujours sur le pont de Londres, un attentat au couteau a fait deux morts et trois blessés, quelques jours seulement avant le scrutin législatif anticipé du 12 décembre. 

L’État islamique (EI) a bien évidemment revendiqué l’attaque dès le lendemain dans un communiqué de l’Agence Amak, toujours à la pointe de l’événement ! Notons qu’Usman Khan, l’“assaillant” [sic], de nationalité britannique est un homme de 28 ans condamné en 2012 à seize ans de privation de liberté pour des “infractions” [sic] terroristes et remis en liberté conditionnelle six ans plus tard. Il est évidemment du dernier grotesque de dire qu’il « purgeait une peine de seize ans d’incarcération pour son appartenance à un groupe ayant eu l’intention de commettre des attentats à la bombe » puisqu’au Royaume-Uni les remises de peine sont automatiques. Toujours le cynique mensonge institutionnel à l’intention des jobards qui parle de perpétuité pour des peines ne dépassant pas les vingt années. L’individu, la belle affaire, portait, paraît-il, un bracelet électronique…

Sinistre ironie du destin, les deux victimes du Pont de Londres, Jack Merritt (25 ans), et Saskia Jones (23 ans) travaillaient ensemble — « Jack comme coordonnateur croyant fermement à la rédemption, et Saskia comme volontaire » — sur un programme de l’Université de Cambridge Learning Together (Apprenons ensemble) visant à rapprocher étudiants et criminels dans le but de participer à leur réhabilitation. Qu’en penserait Jean-Jacques Rousseau ? L’angélisme béat ne connaît-il pas de limites ? Ou n’est-ce pas une sorte de maladie mentale conduisant à se faire négationniste fanatique du réel ? Incroyable faiblesse ou coupable naïveté des démocraties européennes face aux terroristes islamistes sont des mots trop faibles pour exprimer l’impotence crasse de nos gouvernants à réagir et à prendre les bonnes décisions qui certes n’auraient rien à voir avec la correction politique et la conduite éthique des Affaires publiques. Gageons que nos dirigeants sont en fait incarcérés dans une prison mentale, qu’ils sont prisonniers d’une mystique idéologique leur interdisant d’accepter et d’appréhender la diversité des cultures, la diversité ethnique et les architectures neuronales qui font que si les hommes se ressemblent (deux bras, deux jambes, un nez, deux oreilles, deux yeux…) leur univers mental et leur représentation du monde peuvent différer du tout au tout. Mais n’est-il pas interdit d’imaginer un seul instant que les races puissent exister et parfois se manifester dans leur radicale hétérogénéité ? De même que la « théorie du genre n’existe pas »… Ce que nous assenait froidement au palais Bourbon, les yeux dans les yeux, Mme Belkacem, à l’instar de M . Cahuzac qui lui, pour sa part, n’avait aucun compte caché4. 

Toujours est-il qu’il existe ici et maintenant une urgence terroriste. Pour ne prendre que le seul exemple du Royaume-Uni — emblématique de la politique communautariste chère aux Anglo-Saxons et que ceux-ci nous ont exportée dans la boîte à malices de l’américanisation (et de la tiers-mondisation subséquente de l’Europe continentale) —, l’épidémie d’attaques de rue à l’arme blanche (couteau, machette, hache) compte 43 516 agressions au cours de la dernière année (Bureau britannique de la Statistique nationale —ONS), un chiffre vertigineux. Chaque année ce sont des centaines de morts, un toutes les 14 minutes, 300 en 2018, principalement de jeunes adultes ou des adolescents5. En outre, et il faudra y revenir, le terrorisme extra-européen est aussi sociétal : la drogue, instrument aux mains de gangs, notamment pakistanais, sert au Royaume-Uni à suborner des milliers — oui, des milliers — de mineures, à dévoyer des préadolescentes recrutées à la sortie des écoles par ce que les Anglais appellent le grooming — la drague sympa et branchée — pour ensuite les prostituer. Une forme discrète de guerre interethnique conduite sous le manteau et sous couvert de libéralisation des mœurs6…

Au regard de ce déferlement de violence, le plus souvent terroriste (les déséquilibrés chroniques ont beau dos), il faut d’urgence s’interroger sur l’opportunité et la nécessité d’expatrier nos forces de combat dans les déserts nord-sahariens alors que l’urgence est indéniablement ici. À quand la reprise du contrôle des territoires interdits de la République par nos forces armées ? C’est ici qu’il faut tarir la demande en stupéfiants, ces nouveaux épices, qui font le régal des nantis du Nouveau monde liquide de Macron, n’ayant aucun scrupule à envoyer nos engagés mourir sur les sables arides des confins sahariens. Bien sûr, nos militaires sont des aventuriers, mais quelle gloire espèrent-ils récolter dans des guerres menées au profit évidemment exclusif de l’Empire messianique de la finance, des narcotiques et des armes ? 

En quoi la sécurité extérieure de la France se trouve-t-elle réellement engagée aux confins du Sahara où des bandes de pouilleux — naguère de fiers arpenteurs du désert, les Imajaghen, ces Hommes libres qui donnèrent tant de fil à retordre à nos méharistes — font régner la terreur islamique au sein d’États faillis dirigés par des bourgeoisies corrompues et dormant apparemment sur le lit moelleux de gros gisements aurifères. Tout comme les Nigériens couvent de considérables ressources en pétrole, or, uranium et tutti quanti, toutes richesses susceptibles, soixante ans après les indépendances, d’arracher à l’enlisement du sous-développement des populations pour l’heure sans avenir, si ce n’est d’embrasser l’ordre mortifère de la charia wahhabite ! Une idéologie d’importation, un internationalisme confessionnel (confondu avec l’Oumma, la Communauté des croyants) et une forme de néo-colonialisme issue de l’Algérie des années de braises, au cours des années 1990, et des boucheries perpétrées par le Groupe islamique armé (GIA) qui deviendra le Groupe salafiste pour la prédication et le combat, et ultérieurement l’AQMI… Que nous devons affronter ici, chez nous et non ailleurs, parce qu’à présent la Maison brûle. Il serait temps de s’en apercevoir et de prendre les dispositions qui s’imposent avant qu’il ne soit trop tard. 

Le Groupe islamique armé (GIA) est né de l’annulation — avec l’aval de Paris — du second tour des élections législatives du 26 décembre 1991, puis le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) est apparu en 1998. Ses membres pourchassés passeront en Libye pour y former la putride poche de pus que Sarkozy, Kouchner et Lévy — avec les encouragements et l’assistance de l’Otan et d’Obama — s’empressèrent de crever en 2011 sous couvert d’ingérence humanitaire ! S’ensuivit un bain de sang démocratique et politiquement correct, non encore tari, lequel a abondamment alimenté depuis l’éclosion des mille fleurs de sang des Printemps arabes, tout autant le brasier syrien que le Sahel, et par contrecoup l’Europe transformée en Camp des saints sous une poussée migratoire qu’avait jusque-là contenue le Guide de la Jamahiriya libyenne, alias l’homme fort Mouammar Kadhafi. Pour cause d’assassinat sous les balles téléguidées d’un agent couleur locale appartenant vraisemblablement à la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE7), soit une authentique exécution extrajudiciaire destinée putativement à effacer une dette électorale du chef de l’État Français, un scandale qui couve toujours depuis 2007 et à satisfaire des appétits pétroliers jamais assouvis. 

Un rappel utile si l’on veut un peu savoir dans quel contexte s’est développée la crise malienne, son origine et, en fin de parcours, les raisons bonnes et surtout mauvaises de la présence de soldats au Nord-Sahara en espérant que nos soldats ne s’y enliseront pas totalement ! Au final toutes ces péripéties en disent long sur les méandres et les circonvolutions de la politique méditerranéenne de la France moderne. Cela n’est guère brillant et ne vaut pas la peine que l’on meure pour de telles misérables causes. Morts pour la France alors ? Encore cela suppose-t-il que l’entité dite France existât encore, ailleurs que verbalement par une sorte d’habitude d’usage convenu dans le discours politique. Bref, une notion aujourd’hui vidée de son sens, exsangue mais encore prisée dans et pour les envolées lyriques destinées à faire vibrer ce qui reste de la fibre patriotique, dernier avatar de l’héritage ancestral de la tribu gauloise à la nation en passant par le village, le pays et le royaume. 

Mais ce sera bientôt terminé : micro fermé, caméras éteintes, le vocable “patrie” fait ricaner ; c’est un mot creux, ringard, frisant le ridicule, or ce constat est vrai depuis le 10 mai 1981 et l’arrivée aux Affaires de la Nouvelle vague des gauchistes reconvertis dans le big bizness (exemple la Fnac), les services, le showbiz et la com’. Quand et où la France est-elle morte ? À Verdun ? Lors de l’offensive allemande de 1940 ? En 1945, à l’occasion des grands massacres génocidaires des élites héritières de l’ancienne France ? En 1962, quand De Gaulle trahit l’Algérie française et l’abandonne au couteau des tueurs du FLN, grands-pères et pères des bandits d’AQMI ? En vérité, la France n’a pas cessé d’agoniser depuis 1962, jour de grande honte. À partir de là, la France s’est enfoncée toujours plus loin dans la torpeur précédant une mort devenue patente. La France ou l’Hexagone, le terme est plus approprié, est en état de « mort cérébrale » (plus encore que l’Otan selon Macron) et dirigée par des zombies malfaisants ayant à leur tête une clique d’incapables prétendument en Marche. Vers quoi ? L’abîme ? 

Quand donc la France ressuscitera-t-elle ? Et est-il encore temps ?

Léon CAMUS.

[…] (lire la suite)

Editorial du numéro 3402 de RIVAROL daté du 4 décembre 2019.

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