Non, il ne s’agit pas d’une bulle d’Hitler ou de Goebbels, encore moins de Mussolini, qui n’était d’ailleurs pas antisémite et dont la première maîtresse, Margherita Sarfatti, était juive (physiquement une horreur !), mais il s’agit d’une bulle rédigée par le Pape Paul IV, le 14 juillet 1555, c’est-à-dire en pleine Renaissance et non dans les âges sombres du Moyen-Âge.

Cette bulle ne sort pas de nulle part et n’éclate pas comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. On compte au moins 24 bulles papales consacrées aux juifs et/ou au judaïsme avant celle de Paul IV et 38 après ! À ces bulles, il conviendrait d’ajouter les déclarations des Apôtres et des Pères de l’Église.
La position globale de l’Église depuis l’empereur Théodose puis avec l’adoption de la doctrine du « double protectorat » a été que les Juifs doivent être protégés de la persécution des chrétiens, tandis que les chrétiens doivent être protégés de la « perfidie » des Juifs, conduisant parfois à des mesures vexatoires ou les désignant à l’opprobre mais sans s’en prendre à eux physiquement. C’est aussi la doctrine du « peuple témoin » de saint Augustin, les Juifs doivent subsister pour que tout le monde puisse voir ce qui arrive à un peuple qui ne reconnaît pas le Christ.
L’objet des bulles tourne autour d’un peu toujours les mêmes mesures discriminatoires, on pourrait dire, « d’apartheid » : porter des vêtements spéciaux, expulsion ou confinement dans des quartiers spéciaux, interdiction d’exercer certaines fonctions publiques, interdiction des mariages mixtes, conversions forcées et taxes spéciales pour financer ces conversions, interdiction du Talmud et autodafé, annulation des créances juives envers les chrétiens, interdiction aux Juifs d’avoir des serviteurs ou des nourrices chrétiennes etc.
La justification est toujours officiellement la même, le peuple Juif est maudit par Dieu puisqu’il ne reconnaît pas son Fils et est condamné à la dispersion et à l’errance. Officieusement toutefois, on ne peut pas exclure une justification proprement raciale avec le Pape Grégoire 1er (540 – 604) qui avance la doctrine des Juifs comme peuple charnel, par opposition au peuple chrétien, spirituel – donc, potentiellement un peuple contre Dieu et pour la Bête.
Au Moyen-Âge, lorsque les papes recevaient l’hommage des délégués de la communauté judéo-romaine le jour de leur couronnement, ils répondaient traditionnellement : « Legum Probo, sed improbo gentium » (« J’approuve la loi, mais je désapprouve la race »). Rappelons aussi l’existence en Espagne, à partir de 1449, des certificats de pureté raciale, en espagnol « estatuto de limpieza de sangre » – ratifiés par Paul III. Chez les Jésuites, l’obligation de ce certificat, qui avait été instaurée en 1593, ne sera levée qu’en 1946…
Pour en revenir à la bulle de Paul IV proprement dite, en plus de confiner les Juifs dans un quartier de Rome (aujourd’hui très touristique !), elle impose le port d’un chapeau jaune à pointe aux hommes et d’un foulard jaune aux femmes. Les Juifs ont l’interdiction de posséder des biens immobiliers ou de pratiquer la médecine auprès des chrétiens (à titre de précaution !).
Le quartier lui-même est entouré de murs, avec trois portes fermées à clef la nuit. On n’autorise qu’une synagogue par ville. Le successeur de Paul IV, Pie IV étend le système des ghettos à d’autres villes italiennes, et le successeur de ce dernier, Pie V, interdit la présence des Juifs dans ses domaines en dehors de Rome et d’Ancône.
Pie V, est régulièrement considéré comme le Pape « le plus antisémite », mais il est canonisé et sa canonisation n’a pas – ne peut ? – été abrogée…

Le Ghetto Juif se situe au cœur du centre historique de Rome, niché entre le fleuve Tibre et le Largo di Torre Argentina, et à quelques pas de Campo de’ Fiori et de la Piazza Venezia. Il est bordé par :
- Lungotevere de’ Cenci (le long du fleuve Tibre)
- Via del Portico d’Ottavia (sa rue centrale animée)
- Teatro Marcello et la colline du Capitole à proximité
Voici la traduction de la bulle de Paul IV portant création du ghetto de Rome, Cum nimis absurdum (Parce que c’est si absurde)
Lois et arrêtés auxquels doivent obéir les juifs vivant dans les États de l’Église,
[décrétés par l’]évêque [de Rome, le pape] Paul, servus servorum Dei (serviteur des serviteurs de Dieu).
« Comme il est absurde et totalement inopportun de se trouver dans une situation, où la piété chrétienne permet aux juifs, qui en raison de leur propre faute, ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel, d’avoir accès à notre société et même de vivre parmi nous ; en vérité, ils sont sans gratitude envers les chrétiens, car, au lieu de nous remercier pour le traitement bienveillant, ils nous retournent des invectives et parmi eux, au lieu de l’esclavage, qu’ils méritent, ils s’arrangent pour clamer leur supériorité : nous, qui récemment avons appris que ces Juifs ont envahi Rome à partir de plusieurs États pontificaux, territoires et domaines, dans la mesure qu’ils se mélangent avec les chrétiens, même ceux près de leurs églises, et ne portent aucun habit permettant de les identifier, et aussi qu’ils résident dans des maisons, même dans les plus nobles résidences des États, territoires et domaines, dans lesquels ils s’attardent, conduisant leurs affaires à partir de leurs maisons et dans la rue et négociant des biens immobiliers ; ils ont même des nourrices et des servantes chrétiennes qu’ils emploient. Et ils se permettent d’oser perpétrer une grande variété de choses déshonorables, méprisant pour le saint nom chrétien. Considérant que l’Église de Rome tolère ces juifs, preuve de la véritable foi chrétienne, et qu’à cette fin, [nous déclarons] : que, gagnés par la piété et la bonté du Saint-Siège, ils reconnaîtront à la fin leur égarement, et qu’ils ne devraient pas perdre de temps pour voir la véritable lumière de la foi catholique, et qu’ils acceptent pendant qu’ils persistent dans leurs erreurs, et qu’ils réalisent qu’ils sont des esclaves en raison de leurs actes, alors que les chrétiens ont été libérés grâce à notre Seigneur Dieu Jésus Christ, et qu’il est injustifié pour cela que les fils de femmes libres servent les fils d’esclaves. [En conséquence,]
- Désirant tout d’abord, autant que nous le pouvons, avec [l’aide de] Dieu, fournir de façon avantageuse, par ce décret qui sera appliqué pour toujours, nous ordonnons que pour le reste des temps, dans la Ville [de Rome], ainsi que dans tous les autres États, territoires et domaines de l’Église de Rome, tous les juifs devront habiter dans un seul quartier, qui ne possédera qu’une seule entrée, et qu’une seule sortie, et que s’il n’y a pas assez de places [dans ce quartier, alors], dans deux ou trois ou le nombre nécessaire ; dans tous les cas, ils devront résider entièrement entre eux dans des rues désignées et être foncièrement séparés des résidences des chrétiens, [ceci doit être appliqué] par notre autorité dans la Ville et par celle de nos représentants dans les autres États, terres et domaines mentionnés précédemment.
- De plus, dans tous les États, territoires, domaines dans lesquels ils vivent, ils n’auront qu’une seule synagogue, à l’emplacement habituel, et ils n’en construiront pas de nouvelles, ni ne posséderont leurs propres bâtiments. De plus, toutes leurs synagogues, autres que celle autorisée, devront être détruites et démolies. Et les propriétés qu’ils possèdent actuellement devront être vendues à des chrétiens dans un délai à déterminer par les magistrats eux-mêmes.
- En plus, concernant la question que les juifs doivent être reconnaissables partout : [à cette fin] les hommes devront porter un chapeau, les femmes, quelque signe évident, de couleur jaune, qui ne devra pas être caché ou recouvert d’aucune façon, et devra être fermement apposé [cousu] ; et de plus, ils ne pourront être absous ou excusés de leur obligation de porter le chapeau ou tout autre emblème de ce genre en aucune occasion et sous aucun prétexte, quel que soit leur rang ou importance ou leur capacité à tolérer [cette] adversité, que ce soit par un chambellan de l’Église, des ecclésiastiques d’une Chambre Apostolique, ou leurs supérieurs, ou par des légats du Saint-Siège, ou leur subordonnés immédiats.
- Aussi, ils ne pourront pas avoir de nourrices ou de servantes ou tout autre domestique chrétiens, ni utiliser des femmes chrétiennes pour allaiter ou nourrir leurs enfants.
- Ils ne devront pas travailler ni donner à travailler le dimanche ni tout autre jour férié déclaré par l’Église.
- Ils ne devront pas non plus incriminer des chrétiens d’aucune façon, ni répandre des conventions fausses ou falsifiées.
- Et ils ne devront d’aucune façon jouer, manger ni fraterniser avec des chrétiens.
- Et ils ne pourront pas utiliser de termes autres que latins ou italiens dans les livres de comptes qu’ils tiennent avec des chrétiens, et, s’ils devaient utiliser de tels mots, ces tels accords ne seront pas opposables à des chrétiens [en cas de procédure judiciaire].
- De plus, ces juifs devront se limiter au commerce des vieux chiffons, ou cencinariæ (comme on dit en vernaculaire), et ne pourront pas faire du commerce de grains, d’orge ou d’autres denrées essentielles au bien-être humain.
- Et ceux parmi eux qui sont médecins, même si appelés et sommés, ne pourront assister ni prendre part aux soins de chrétiens.
- Et ils ne devront pas être considérés comme des supérieurs, [même] par des pauvres chrétiens.
- Et ils devront fermer complètement leurs comptes [de prêt] tous les trente jours ; si moins de trente jours s’est écoulé, ils ne devront pas compter comme un mois entier, mais seulement pour le nombre exact de jours, et en plus, ils termineront le calcul suivant ce nombre de jours et non suivant le mois entier. En plus, ils ont l’interdiction de vendre [les marchandises mises] en gage, mises en couverture pour leur argent, à moins que [ces marchandises aient été] mises dix-huit mois pleins avant le jour où ce [gage] soit perdu ; à l’expiration du nombre de mois ci-dessus mentionné, si les juifs ont vendu un dépôt de garantie de ce type, ils devront restituer tout l’argent en excès du principal du prêt au propriétaire du gage.
- Et les statuts des États, territoires et domaines (dans lesquels ils ont vécu pendant une certaine période) concernant la primauté des chrétiens, devront être mis en conformité et suivis sans exception.
- Et, s’ils devaient, de n’importe quelle façon, ne pas se soumettre à ce qui précède, cela devra être traité comme un crime : à Rome, par nous ou par notre clergé, ou par quiconque autorisé par nous, et dans les États, territoires et domaines susmentionnés, par leurs magistrats respectifs, exactement comme s’ils étaient des rebelles ou des criminels selon la juridiction où le délit a été commis ; ils seront accusés par tout le peuple chrétien, par nous et par notre clergé, et pourront être punis à la discrétion des autorités et juges appropriés.
- [Ceci prendra effet] indépendamment des décrets et règles apostoliques opposés, et sans tenir compte d’aucune tolérance ou droits spéciaux et dispenses pour ces juifs, [conférés] par n’importe quel Pontife Romain avant nous et le Saint-Siège précédemment mentionné, ou par leurs légats, ou par les chambres de l’Église Romaine et le clergé des Chambres Apostoliques, ou par d’autres de leurs agents, indépendamment de la forme et de l’importance de ces dérogations, que celles-ci aient été répétées ou jointes à d’autres sous-clauses, ratures ou autres décrets légalement valides, même [celles qui sont] motu proprio et de validité certaine et qui ont été approuvées et renouvelées de façon répétitive.
Décrété à San Marco de Rome, en l’année mille cinq cent cinquante-cinq de l’Incarnation du Seigneur, un jour avant les ides de juillet, dans la première année de notre Papauté.
14 juillet 1555 »






























Jeune Nation TV









Contribution très très utile pour la connaissance de la réalité et de la pertinence d’un antijudaisme qui avait de très bonnes raisons pour prendre des mesures tout aussi pertinentes qui se sont hélas perdues !
En parland du ghetto de Rome…La bulle ne semble pas avoir eu bcp d’effets. C’est auprès d’eux que que la maison des Médicis emprunta de l’argent avec intérêt, ce qui était strictement interdit pour les chrétiens et fit en sorte que les juifs devinrent incroyablement riches!
On peut même se demander si ce n’est pas à la demande des Juifs que les Papes créaient les ghettos.
Petit jeu de mots en passant, si on lit Paul IV à l’anglaise, on tombe sur … Paul Fort
Vu ses photos : pas si laide que ça…la Margherita….mais un visage marqué par un fort caractère….on sent l’ autorité, l’ ambition , un désir de contrôle et de puissance…..après, je n’ ai pas lu sa biographie …..
J’ai cherché en vain la raison du choix de la couleur jaune pour représenter le juif. Quelqu’un sait-il pourquoi ?
En tout cas, les juifs la reconnaissent. Beaucoup l’arboraient avec fierté dans les années 30. Ils l’arborent toujours sous la forme de cette rosette assez maçonnique, et c’est un signe de ralliement. Je ne sais pas si beaucoup de gens comprennent que celà revient à s’auto-discriminer, c’est-à-dire s’identifier et se réclamer de soi-même…
Ce que vous dites n’est pas aussi fou. En tous les cas, il est un fait que der Nürnberger gesetze qui interdisait tout « mariage mixte » avaient été établis avec des organisations juives et que bcp de juifs portaient avec fierté l’étoile jaune parce que ça les distinguaient et soulignaient leur appartenance à leur groupe ethno-culturelle. Ca ne s’invente pas! Et je crois que ce fut aussi le cas lorsqu’on les fit porter la rouelle ou un chapeau au moyen-âge.
Le mot vénitien ghetto signifie « fonderie » ; c’est aussi un dérivé de ghettare, « jeter ». Le terme se réfère au quartier juif de Venise, créé en 1516, sur le site d’une ancienne fonderie. C’est un quartier fermé d’où les Juifs ne peuvent sortir que le jour.
Exactement comme les ZFE que l-on veut créer un peu partout…