Comme chaque année maintenant depuis une vingtaine d’années, j’organise à l’occasion de mon anniversaire un crapahut que j’offre à mes amis. Cette marche est longue en kilomètres des années de mon âge. Le nom de ce crapahut est une référence bien sur à Robert Brasillach et à son roman « Comme le temps passe ». La jeunesse nous fuit, les figures de l’enfance, de l’amour, de la famille, des amis et du souvenir se dissipent, et il reste cette « domination impériale du temps ». Rien ne l’arrête. « La jeunesse attend toujours d’un nouveau dieu, d’un nouveau chef ce qu’elle n’obtiendra qu’à force de vieillir » : vieillir n’est pas une promesse, c’est le moment où l’illusion tombe mais où nous devons refuser de subir.
Ne pas subir, ce n’est pas vaincre le temps, illusion aussi vaine que prétentieuse. C’est refuser d’être soumis et de le laisser décider seul. Dans le roman du petit prince du nationalisme, le temps accorde encore des haltes, ces instants où l’on « sourit à sa destinée ». Il nous faut imposer ces moments malgré toutes les blessures du temps.
Avec le crapahut du Temps qui passe, je n’ai pas la prétention de défier le temps mais j’ai la volonté d’en faire un allié, selon la définition que je donne de la patience. Car la patience est la 1ère vertu du révolutionnaire. Dans sa cellule de la prison de Fresnes où Robert Brasillach attend la mort qui vient à sa rencontre, il écrit ce très joli vers : « Je ne sais pas le temps qui nous reste promis, mais qu’importe le temps lorsqu’on a des amis. » Et lorsqu’on a un idéal pour lequel se consumer…
Le compte à rebours du sablier de la vie demeure, inexorable. Seule change la volonté qui est la nôtre de l’habiter.
Yvan Benedetti
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