Tout d’abord, merci de nous consacrer cet entretien pour Jeune Nation. Quelle a été l’origine de l’institut Georges Valois ?
César : Merci de nous accorder cet entretien. L’Institut Georges Valois est né il y a 3 ans et était la résultante de volontés individuelles de militants nationalistes. Nous ne nous retrouvions plus dans une certaine muséologie d’une certaine droite, et avons décidé ensemble de créer un laboratoire d’idées.
L’enjeu pour nous, militants de différentes tendances mais avec une vision commune, était de proposer une ouverture : créer une plateforme pour que les différentes sensibilités se parlent, former les jeunes en train de se politiser et de recevoir des conférenciers, essayistes et militants de talent.
Nous avons alors bénéficié du support de personnes comme Louis Alexandre et de l’équipe de Rébellion, ou encore de l’équipe de Mégamachina, que nous remercions encore chaleureusement.
Pourriez-vous expliquer le choix de votre nom et de votre symbole ?
D’abord, le mot « institut » évoque la permanence : un institut est une institution, ce qui reste, il évoque une résilience. Il est aussi entendu par là que nos activités doivent déplacer le simple travail intellectuel. En effet, dans le futur nous aimerions mettre en place des outils en rapport avec le travail et l’économie en place, pour qu’ils deviennent des supports du milieu militant, et au-delà. Tout reste à faire et nous comptons sur le concours de toutes les bonnes âmes pour nous y aider !
Pour ce qui est de la figure de Georges Valois, il a d’abord été anarchiste, puis monarchiste mais regardant en direction des syndicats, militant révolutionnaire ensuite (on parle souvent de « fascisme à la française » lorsqu’il est question du Faisceau), et enfin socialiste humaniste. Un parcours chaotique. Mais deux axes n’ont jamais quitté sa vision politique : le social et la nation.
Nous ne souhaitons pas assumer l’entiéreté du parcours d’un seul bloc, ce qui n’aurait peu de sens. Nous souhaitons nous imposer comme ligne ces deux bornes, qui ont l’avantage de permettre une vraie amplitude.
Pour ce qui est de notre logo, la roue crantée est un héritage de l’imagerie ouvriériste. C’est le rouage de la machine froide qui écrase l’homme. Au centre du logo, Georges Valois, coiffé d’un chapeau, caractéristique de l’époque.
Le jaune est un rappel du syndicalisme jaune, dont on connaît mal l’histoire et qu’on caricature. Pierre Bétry a essayé de créer un « Parti Jaune » s’inspirant du nationalisme social. Georges Valois s’en est inspiré. C’est évidemment aussi le jaune des Gilets Jaunes, sur lesquels nous allons produire un travail.
Le noir est celui du nationalisme, mais aussi dans une moindre mesure celui de l’anarchie. Il nous a par exemple été reproché de commémorer la Commune de Paris. Et pourtant, c’était aussi notre peuple. Et puis, tout nationaliste n’a t-il pas quelque chose de l’anarchiste ?
Que donne le militantisme de l’institut Georges Valois ?
S’il est composé de militants dans d’autres structures, l’IGV n’est pas un groupe militant !
En revanche, notre souhait est que notre Institut fonctionne en support, en symbiose, avec tout l’écosystème militant. C’est ainsi que nous avons pu organiser des conférences avec différents groupes comme Luminis ou Tenesoun pour les dernières occurrences.
Nous sommes un relai des groupes, également un instrument de formation. Nous souhaitons aussi être attentif à notre public, celui qui s’intéresse aux questions identitaires et sociales. Il s’agit parfois d’anciens militants du FN, parfois aussi de jeunes travailleurs ou étudiants, dont on sent souvent le désir de s’engager dans un mouvement militant.
Dans votre boutique en ligne, divers carnets sont proposés. Pourriez-vous les présenter à nos lecteurs ?
À ce jour nous avons publié 7 carnets de formations dans des registres différents. D’abord, nous avons deux collections : Cicatrices et Barricades. Les carnets Cicatrices parlent des expériences et des personnages du passé, les carnets sont des essais pour l’avenir.
Certains parlent d’esthétique : c’est le cas des carnets sur Dante et Marinetti. Nous pensons que produire un travail parfois « technique » n’empêche pas de s’intéresser à l’art, et que c’est d’ailleurs un support assez efficace pour convaincre.
D’autres parlent donc de courants existants, bien définis et qui ont été expérimentés : c’est le cas de nos carnets sur le corporatisme, le distributisme, ou le libéralisme et la question sociale.
Les essais Barricades traitent donc de sujets plus actuels, comme la petite propriété, qui est une réflexion sur la possibilité d’acquerir les moyens de production pour le plus grand nombre et le prochain carnet à paraître sur le rapport de la France au libéralisme.
Nous avons également publié à notre lancement notre manifeste, afin d’expliquer notre démarche. Récemment nous avons été heureux de pouvoir enfin lancer le premier numéro de notre revue : La Ligne. Le thème, éminemment révolutionnaire, était celui de « l’Homme Nouveau ». Les retours ont pour le moment été très bons et nous en sommes ravis.
Quelle est le point de vue de l’institut Georges Valois sur le capitalisme ?
L’Institut Georges Valois ne prescrit pas une ligne économique. Nous avons des amitiés pour des auteurs et courants anti-libéraux, voire franchement anticapitalistes. Certains de nos membres sont libéraux, et nous ne leur interdisons pas. C’est une certaine richesse, tant qu’elle ne nous empêche pas d’être radicaux.
Nous souhaitons ne pas nous limiter dans cette quête picaresque de la « Troisième Voie économique », et parler aussi bien à des rationalistes qui flirtent avec les collectivistes qu’avec des libertariens, tant que le résultat est fécond. Dans le futur nous aimerions d’ailleurs pouvoir organiser des débats entre différentes tendances. Le jeu intellectuel et politique réside aussi dans cette disputatio, comme le rappelait le professeur Jean-Luc Coronel de Boissezon au dernier colloque de l’Iliade.
L’année 2025 a été partiellement définie par le décès de figures importantes du camp national. Naturellement, Jean-Marie Le Pen, Udo Voigt, Horst Mahler, Lajos Marton et Jean-Gilles Maliarakis. Comment évaluez-vous leurs trajectoires et leur apport à la cause nationale ?
Cette liste est intéressante parce que tous ces profils étaient sur le fil de la Troisième Voie. Avec des parcours franchement différents, ils ont cherché une alternative à la démocratie libérale et ont lutté contre le marxisme.
Cela ne s’exprime d’ailleurs pas toujours de manière évidente : Horst Mahler faisait partie de la Fraction Armée Rouge avant de défendre le Parti national-démocrate d’Allemagne. Certaines trajectoires se réalisent dans la douleur. Il faut évidemment saluer le travail d’institutionnalisation de Jean-Marie le Pen, qui restera une figure tutélaire pour les nationalistes français.
Intellectuellement, il est possible de se reconnaître dans l’héritage de Troisième Voie, fondé par Malliarkis. L’héritage de la révolution conservatrice allemande est encore très vif dans l’extrême-droite aujourd’hui. Il y a un travail de transmission qui a été nécessaire et qu’il faut parfois accueillir comme un miracle.
Toutes ces trajectoires montrent les multiples chemins que pouvaient prendre le destin à cette époque, et nous paraît impossible aujourd’hui.
Quelles sont les principales critiques adressées à votre hommage à la Commune de Paris ?
La plupart des critiques venaient de la gauche, outrée qu’on reprenne un évènement qu’elle tient comme sa chasse-gardée. Il est amusant de constater leur panique lorsque quelque chose ne rentre pas dans leur logiciel binaire. Une raison de plus pour s’inviter dans leurs « safe spaces ».
Les autres venaient bien sûr de la droite – à raison – anticommuniste. Nous faisons justement valoir que les communistes ne sont pas plus légitimes que nous à revendiquer l’héritage de la Commune. Ils le font, tout simplement.
Quel est votre point de vue précis sur cet événement ?
La Commune est un évènement complexe qui s’est exprimé différemment à Paris et en Province. C’est un exemple insurrectionnel qui mêlait des courant très différents. C’est une révolte contre le gouvernement de l’époque, et aussi – on oublie souvent de le dire – contre l’armistice de la France face à la Prusse.
Si la gauche et ses idées ont certainement été représentées durant les évènements (blanquisme, communisme etc.), il s’agissait aussi et surtout d’une révolte populaire et patriotique. Le caractère populaire s’exprimait par la présence à la fois d’une population ouvrière, mais aussi des professions libérales ou d’une présence féminine importante, bon indicateur du caractère général des revendications.
Enfin, c’est aussi l’histoire de la répression sanglante d’un soulèvement du peuple, par un gouvernement mal assuré dans sa légitimité. Un phénomène qui réapparait cycliquement en France.

Comment expliquer sa récupération quasi-exclusive par l’extrême gauche?
Comme souvent, cela peut s’expliquer par un renoncement de la droite, qui peut s’identifier aux versaillais, et regarde les épisodes de révolte populaire d’un mauvais œil, l’assimilant par défaut à la gauche. C’est une position aussi compréhensible que critiquable. Nous n’entendons pas rassembler la droite autour de la commémoration de cet évènement, mais rappeler que la droite peut aussi être légitime à revendiquer des évènements ou des idées, et attaquer la gauche sur ce qu’elle pense acquis. Il ne s’agit en aucun cas de concéder un avantage moral à la gauche, car elle n’en a aucun. Elle s’en donne seulement l’apparence.
La droite s’est d’ailleurs presque totalement débarrassée de tout ce qui pourrait être lié de près ou de loin à une culture de la contestation publique. Ce manque d’intérêt et d’expérience est dommageable dès lors qu’il nous serait utile de rassembler dans la rue. Le RN lui-même s’est délesté de cette tradition, à la fois militante et populaire, de la manifestation.
Au-delà de cela, nous pensons que nous avons intérêt à reprendre les évènements qui constituent l’histoire française. Napoléon disait « De Clovis au Comité de salut public, j’assume tout ». Ce doit être à notre avis une des philosophie de la droite.
Par coquetterie et amour de la marginalité, certains nationalistes délaissent par exemple le 14 juillet. C’est une erreur. L’autre écueil qui nous guette est de ne sortir que pour déposer des chrysanthèmes pour des causes déconnectées de l’héritage commun des Français.
Parmi tous les événements auquel vous avez participé, un revient en tête de part son importance. Événement que vous avez coorganisé avec Luminis Paris, le Forum sur l’entreprenariat et le militantisme. Pouvez-vous revenir sur le thème et sur vos projets futurs ?
Le sujet de l’entreprenariat et du militantisme est assez passionnant, et nos invités ont su le démontrer. Si le thème était centré autour du militantisme – et des potentielles tension avec le travail, tout le monde a pu y trouver son compte. Le thème a plu aux participants et a été une occasion pour faire du réseau, et échanger des retours d’expérience sur les activités des uns et des autres.
C’est une première pierre que nous avons posé avec Luminis et qui nous a fait prendre conscience de l’intérêt du public de droite pour les questions professionnelles. L’entreprenariat n’est jamais un projet solitaire : il nécessite des clients, des partenaires et parfois des employés.
Nous aimerions donc réitérer ce genre de projets afin de bâtir sur le long-terme un réseau professionnel résilient. Ce serait pour les personnes de droite un moyen de trouver plus facilement un emploi, de pallier au risque de licenciement politique et d’assurer une forme d’autonomie économique.
Quelle est votre réponse à ceux qui perdent espoir ?
Même s’il n’y avait aucun espoir, rien ne serait plus de sens que de se battre pour notre idéal. Les alternatives proposées par ceux qui ont perdu espoir sont généralement des rationalisations de leur fuite en avant, si ce n’est de leur lâcheté.
Nous invitons ceux qui perdent espoir à s’engager dans un groupe. Même si tout s’effondre, il ne pourra pas leur être reproché de ne pas avoir fait leur part. L’espoir est là, il ne demande qu’à être perçu.
Qu’est-ce que vous aurait comme dernier message à transmettre à nos lecteurs ?
Syndiquez-vous si vous le pouvez, et restez curieux ! On peut changer de regard sur le monde à tout âge, en politique comme dans l’art. Les deux se répondent : l’un façonne le quotidien ou les idées, l’autre capture ce qu’on ressent à un instant précis. Si nous voulons gagner, il nous faut une droite sûre d’elle sur le terrain culturel.
Pour suivre l’institut Georges Valois :
https://t.me/institutvalois
https://x.com/InstitutValois
https://www.institutgeorgesvalois.fr















































JN TV






