Le blocage effectif du détroit d’Ormuz par l’Iran a provoqué une onde de choc dans l’économie mondiale. Ce blocus du trafic maritime dans le golfe Persique constitue une riposte asymétrique contre les États-Unis et Israël. Or, l’Iran a en réalité reproduit une tactique employée de longue date par les États-Unis dans le cadre de leurs sanctions : il a instrumentalisé un point névralgique de l’économie mondiale pour contraindre son adversaire à la désescalade (conjointement à une offensive de drones et de missiles), explique Nicholas Mulder, professeur associé à l’université Cornell et auteur de « Armes économiques : l’essor des sanctions comme outil de guerre moderne », dans une analyse publiée par le Financial Times.
En bloquant le transport maritime et en faisant grimper les prix du pétrole, du gaz, des engrais et de nombreuses autres matières premières, l’Iran exerce désormais une pression forte et durable sur les prix de l’économie mondiale. Cette riposte énergique rend la dernière guerre au Proche Orient concrète pour les populations occidentales et asiatiques,. Elle va assurément modifier profondément le paysage macroéconomique mondial dans les semaines et les mois à venir.
Le blocus du détroit d’Ormuz n’est pas la première fois que l’administration Trump subit des représailles de la part d’un adversaire qui riposte par des mesures économiques. Dès son retour au pouvoir, le président américain a lancé une offensive contre le système commercial mondial, imposant des droits de douane élevés aussi bien aux alliés qu’aux adversaires. Plusieurs alliés des États-Unis ont cédé et signé rapidement des accords commerciaux pour préserver leurs relations avec Washington.
Mais tous les pays n’ont pas approuvé cette mesure. La Chine a réagi avec fermeté et a lancé une contre-offensive. Lorsque de nouvelles mesures américaines de contrôle des exportations ont été introduites fin 2025, Pékin a riposté en imposant des restrictions sur ses exportations de terres rares transformées.
Dans les décennies qui ont suivi la fin de la Guerre froide, les États-Unis détenaient un quasi-monopole sur les sanctions. Ce n’est plus le cas. L’Iran et la Chine ont démontré que l’ère de la domination américaine dans la guerre économique est révolue.
Les restrictions imposées par la Chine à ses exportations de minéraux critiques ont durement touché les fabricants américains des secteurs de la défense, de l’aérospatiale et de l’automobile, entraînant des retards et des réductions de production en Amérique du Nord et ailleurs. La pression exercée par la Chine sur les chaînes d’approvisionnement américaines a finalement contraint Trump à une désescalade. En octobre 2025, il a conclu un accord avec la Chine, instaurant une trêve temporaire dans la guerre économique qui oppose les deux puissances mondiales.
Le second exemple est la guerre contre l’Iran. Les États-Unis ont contraint les Iraniens à déployer leurs propres armes économiques : ils ont interrompu 20 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz et un tiers du commerce mondial d’engrais transitant par le détroit d’Ormuz, et imposé un blocus naval à l’aide de missiles, de drones et de mines.
« Il a toujours été évident que les États-Unis bénéficiaient d’un avantage en matière de sanctions financières grâce à leur hégémonie sur le dollar, et que les pays ne pouvaient guère agir tant que Washington continuait d’opérer dans la zone grise entre guerre et paix où la plupart des sanctions sont imposées : une zone qui n’est plus celle des échanges interétatiques pacifiques, mais qui n’est pas encore celle d’une guerre ouverte. La décision des États-Unis et d’Israël de déclencher une guerre ouverte a anéanti cet avantage. Pour l’Iran, toute une gamme d’options de représailles, auparavant inimaginables en raison de leur gravité et des dommages collatéraux qu’elles engendreraient pour les alliés régionaux et les économies en développement, s’est concrétisée. » (Nicholas Mulder)
Que signifie la fin de l’ère unipolaire de la guerre économique pour l’économie mondiale ? D’une part, il est clair que les États-Unis et leurs alliés vont devoir faire des choix difficiles, notamment lorsqu’ils envisagent d’imposer des sanctions.
Après 2014 et plus encore après 2022, la Russie a réorienté ses échanges commerciaux vers les économies asiatiques afin d’éviter les sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne. Et les entreprises chinoises ont réagi aux droits de douane américains en délocalisant leur production et ont atténué l’impact des restrictions sur les exportations de semi-conducteurs en accélérant l’innovation nationale.
Le blocus iranien a provoqué une telle chute des prix de l’énergie que l’administration Trump a temporairement fait marche arrière et levé ses sanctions sur le pétrole russe.
« Il y a quelques années encore, le Golfe était avant tout une plaque tournante pour l’exportation de pétrole brut, la Russie exportant une part importante du diesel mondial. Mais les sanctions imposées à la Russie ont entraîné une forte croissance du raffinage du diesel dans le Golfe, portant la part du diesel mondial transitant par le détroit d’Ormuz à environ 10 à 20 % . De ce fait, le blocus iranien a exposé beaucoup plus directement les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises de construction américains à la hausse des prix des carburants. Autrement dit, les réactions aux sanctions économiques après 2022 ont remodelé le commerce mondial du diesel, ce qui a eu pour effet involontaire d’accroître l’influence de l’Iran sur un produit raffiné essentiel. L’ampleur du choc de prix observé aujourd’hui sur l’ensemble des produits et matières premières (dont le prix est sans doute encore largement sous-évalué par le marché) témoigne de cette influence. » (Nicholas Mulder)
L’UE, qui célébrait récemment sa rupture définitive imminente avec le gaz russe, pourrait désormais être contrainte de continuer à acheter du combustible à la Russie pour éviter des dommages économiques. Ainsi, se protéger de l’arme énergétique utilisée par Téhéran exige de renoncer à la guerre économique contre Moscou. Et effectivement, l’Union européenne vient d’annoncer qu’elle financerait et allait envoyer des spécialistes pour la remise en service du pipeline Druzhba qui transportait du pétrole russe à travers l’Ukraine vers la Slovaquie et la Hongrie (Conseil européen, 17.02.2026).
Contre ceux qui ont longtemps soutenu que les sanctions étaient la meilleure alternative à la guerre ouverte, aujourd’hui se confirme la tendance à constater l’inefficacité des sanctions. Et cela n’est guère surprenant, puisque ce sont précisément les sanctions qui incitent les pays sanctionnés à accroître leur autosuffisance et à rechercher de nouveaux partenaires. Voire à user et retourner cette arme contre ceux qui les ont sanctionné.































Jeune Nation TV







Depuis le temps qu’on nous annonce la fin de la suprématie USA ou du dollar…Ces économies sont trop inexctricablement liées entre elles pour que ce soit concevable.