Badr al-Busaidi est le ministre des Affaires étrangères d’Oman, monarchie indépendante depuis le milieu du XVIIIe siècle. Le sultanat est un pays du Proche Orient, au sud-est de la péninsule arabique, sur les bords du golfe d’Oman et de la mer d’Arabie (également appelée mer d’Oman). Depuis le 28 février et le déclenchement de la nouvelle agression américano-israélienne, le sultanat a fait partie des cibles de la riposte iranienne notamment le port de Duqm.
Précédemment, le sultanat avec son chef de la diplomatie, Badr al-Busaidi, a joué un rôle de médiateur lors des dernières négociations autour du nucléaire entre les États-Unis et l’Iran. Le 27 février, après une rencontre avec le vice-président américain, JD Vance, quelques heures seulement avant les frappes, il affichait alors son optimisme en affirmant que « la paix est à notre portée ». Le lendemain, 28 février, Badr al-Busaidi, exprimait sa consternation face aux frappes menées conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Il a appelé Washington à faire marche arrière, estimant que ces attaques portent un coup sérieux aux efforts diplomatiques en cours.
Il plaide aujourd’hui pour un règlement du conflit par un accord plus global dans la région proche orientale qui inclurait le différend entre les Etats-Unis et l’Iran, à condition que l’administration américaine retrouve la raison en se libérant du carcan intellectuel sioniste et en retrouvant le sens de ses intérêts nationaux légitimes et bien compris.
JN
À deux reprises en neuf mois, les États-Unis et l’Iran ont été sur le point de conclure un véritable accord sur la question la plus épineuse qui les divise : le programme nucléaire iranien et les craintes américaines qu’il ne s’agisse d’un programme d’armement. Aussi, ce fut un choix, mais pas une surprise, quand, le 28 février, quelques heures seulement après les dernières négociations les plus substantielles, Israël et les États-Unis lancèrent à nouveau des frappes militaires illégales contre une paix qui avait brièvement semblé possible.
La riposte de l’Iran contre ce qu’il considère comme des cibles américaines sur le territoire de ses voisins était inévitable, bien que profondément regrettable et totalement inacceptable. Face à ce qu’Israël et les États-Unis, ensemble, qualifiaient de guerre visant à anéantir la République islamique, cette riposte iranienne était probablement la seule option rationnelle dont disposait le pouvoir à Téhéran.
Les effets de cette réponse se font sentir le plus durement sur la rive sud du Golfe, où les pays arabes qui avaient placé leur confiance dans la coopération américaine en matière de sécurité perçoivent désormais cette coopération comme une grave vulnérabilité, menaçant leur sécurité actuelle et leur prospérité future.
Pour les États du Golfe, leur modèle économique dans lequel la globalisation dans le sport, le tourisme, l’aviation et la technologie devaient jouer un rôle prépondérant est désormais menacé. Leurs ambitions de devenir un pôle mondial de centres de données devront peut-être être révisées. Les répercussions des représailles iraniennes se font déjà sentir à l’échelle internationale : le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz est fortement perturbé, ce qui entraîne une flambée des prix de l’énergie et fait craindre une profonde récession. Si les instigateurs de cette guerre n’avaient pas anticipé ces conséquences, il s’agit alors assurément d’une grave erreur d’appréciation.
La plus grande erreur de jugement de l’administration américaine a bien sûr été de se laisser entraîner dans ce conflit. Ce n’est pas la guerre des États-Unis, et il n’y a aucun scenario dans lequel Israël et les États-Unis finissent par y trouver leur compte. On peut espérer que l’engagement américain en faveur d’un changement de régime ne soit que de la rhétorique, tandis que en revanche Israël cherche explicitement à renverser la République islamique et se soucie probablement peu de la manière dont le pays sera gouverné, ni par qui, une fois un tel objectif atteint.
Dans cette optique, les dirigeants israéliens semblent avoir persuadé les États-Unis que l’Iran, affaibli par les sanctions, les divisions internes et les bombardements américano-israéliens de ses sites nucléaires en juin 2025, était si vulnérable qu’une capitulation sans condition suivrait rapidement l’assaut initial et l’assassinat du guide suprême. Il devrait désormais être évident que, pour atteindre cet objectif, Israël devra mener une longue campagne militaire, impliquant l’engagement de troupes américaines au sol et ouvrant ainsi un nouveau front dans les guerres sans fin que le président Donald Trump s’était engagé à terminer. Ce n’est pas ce que souhaite le gouvernement américain. Ni son peuple, qui ne considère certainement pas ce conflit comme le sien.
Pour les amis de l’Amérique, la question est simple : comment pouvons-nous sortir cette superpuissance de ce conflit indésirable ? Avant tout, il est de leur devoir de dire la vérité. Cela commence par le constat que les deux parties à cette guerre n’ont rien à y gagner et que les intérêts nationaux de l’Iran et des États-Unis résident dans une cessation rapide des hostilités. C’est une vérité difficile à dire, car elle révèle à quel point l’Amérique a perdu la maîtrise de sa politique étrangère. Mais il est impératif de la dire.
Les dirigeants des États-Unis devront alors déterminer où se situent réellement leurs intérêts nationaux et agir en conséquence. Une analyse objective de ces intérêts indiquerait qu’ils doivent inclure un arrêt définitif et sans appel de la prolifération des armes nucléaires dans la région, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement énergétique et la relance des investissements, compte tenu de l’importance économique mondiale croissante de la région. Tous ces objectifs seraient plus facilement atteints si l’Iran vivait en paix avec ses voisins. On peut sans doute les définir comme des objectifs communs à tous les pays du Golfe. Le défi consiste à y parvenir après la catastrophe actuelle.
Il sera peut-être difficile pour les États-Unis de renouer avec des négociations bilatérales dont ils se sont détournés à deux reprises pour la tentation de la guerre. Il sera certainement difficile pour les dirigeants iraniens de reprendre le dialogue avec une administration qui, par deux fois, a brutalement abandonné les négociations pour des campagnes de bombardements et des assassinats. Mais la voie qui mènera à la paix, aussi difficile soit-elle à emprunter pour les deux parties, pourrait bien passer par cette reprise même du dialogue.
Envisager une énergie positive
Les parties ont besoin d’une incitation pour trouver le courage de reprendre le dialogue. On pourrait y parvenir en liant les négociations bilatérales, essentielles à la résolution du cœur du différend irano-américain, à un processus régional plus large. Ce processus viserait à instaurer un cadre de transparence sur l’énergie nucléaire – et plus largement sur la transition énergétique – dans la région. Alors que tous les pays de la région envisagent un avenir post-carbone commun, la sécurité de l’innovation et du développement pourrait dépendre d’un accord de base sur le rôle des technologies nucléaires.
Cette perspective pourrait-elle offrir un enjeu suffisamment important pour que tous les acteurs principaux acceptent de surmonter les difficultés du dialogue et y parvenir ensemble ? C’est assurément une proposition que l’Oman et ses voisins du Conseil de coopération du Golfe peuvent formuler. Des discussions préliminaires pourraient, à terme, déboucher sur des mesures de confiance et un consensus quant au rôle que devrait jouer l’énergie nucléaire dans la transition énergétique. L’issue d’un tel processus est, bien entendu, impossible à prévoir, surtout en pleine guerre. Mais serait-il possible, peut-être dans le cadre d’un traité régional de non-agression, de parvenir à un accord régional substantiel sur la transparence nucléaire ?
Badr al-Busaidi
Source : The Economist





























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