Ultracrépidarianisme : la maladie infantile de ces médiateux qui parlent essentiellement de ce qu’ils ignorent… et qui s’en vantent !
Cette notion, qui n’est évidemment pas nouvelle, est remise à l’honneur par Jean-Gabriel Ganascia, informaticien et philosophe, professeur à Sorbonne Université. Spécialiste de l’intelligence artificielle, il a commencé sa carrière sur les systèmes à base de connaissances avant de se spécialiser en apprentissage symbolique et en acquisition des connaissances. Depuis une vingtaine d’années, il travaille sur le versant littéraire des humanités numériques et sur l’éthique ‟computationnelle”, c’est-à-dire sur la modélisation informatique des raisonnements éthiques.

En parallèle à ses travaux techniques, il a poursuivi des réflexions philosophiques sur l’épistémologie de l’intelligence artificielle, sur le numérique et sur l’éthique des technologies de l’information et de la communication, ce qui l’a conduit à écrire plusieurs essais sur la question.
Il redéfinit ainsi la tendance, devenue aujourd’hui chronique grâce aux réseaux sociaux à se croire autoriser à parler sur tout et n’importe quoi et à le faire savoir grâce aux moyens modernes de diffusion informatique.
« L’ultracrépidarianisme tire son origine d’une locution latine « Sutor, ne ultra crepidam » qui signifie littéralement le cordonnier (sutor en latin) non au-delà de la sandale (crepidam en latin), autrement dit « le cordonnier ne devrait pas parler au-delà de ce qu’il connaît, à savoir de la sandale ».
Pour l’anecdote, cette parole est issue d’un échange entre un cordonnier et le peintre Apelle. Le cordonnier observait les œuvres du peintre Apelle et lui signala une erreur dans la représentation d’une sandale. Le peintre la corrigea. Mais lorsque le cordonnier commença à émettre d’autres remarques, le peintre lui répondit « ne supra crepidam sutor iudicaret ». L’écrivain Pline l’Ancien, rapporta cette expression dans son encyclopédie intitulée Histoire naturelle (publiée vers 77).
« Au XIXe siècle, William Hazlitt, un essayiste anglais, en a dérivé le terme « ultra-crepidarian » pour se moquer d’un éditeur de revue qui selon lui écrivait à tort et à travers. Ce mot qualifie celui qui va littéralement « très au-delà de la sandale », autrement dit qui s’exprime sur un sujet pour lequel il n’a aucune compétence. »
A une époque où les journalistes et les médiateux en tout genre – surtout les publicistes, communiquants et ‟influenceurs” règnent en maître sur le net, et y gagnent des fortunes, on se doit de s’interroger tant sur la réalité que sur la qualité des informations et connaissances supposées transmises par ces gens dont la seule qualification est leur ‟aura médiatique” notamment sur les réseaux sociaux.
C’est d’autant plus dangereux que les politiciens ont très vite compris l’intérêt de la manipulation de l’information à travers ce qu’il est convenu d’appeler et de dénoncer : les ‟fake news” ou fausses nouvelles. L’existence des réseaux sociaux permet, entre autres, de mettre sur le même plan et de donner la même capacité de diffusion aux dires d’un décideur politique, scientifique, universitaire ou économique reconnu de premier plan qu’à ceux du quidam le plus obscur n’ayant aucune connaissance sur le sujet considéré.
Ceci n’est pas sans risque d’ailleurs quand les dires en question sont exposés par des gens qui disposent de connaissances spécifiques parfaitement vérifiables, mais utilisées à des fins de propagande à travers ce que le monde politico-médiatique qualifie de ‟fake news” : celles qu’il faut éviter à tout prix de laisser propager non pas parce qu’elles sont fausses, mais surtout parce qu’elles sont gênantes pour les décideurs en place !
Il existe en effet deux catégories de nouvelles qualifiées de fake news :
- celles qui, révélées par des informateurs et chercheurs opiniâtres, soigneusement cachées par les autorités en place, sont des informations que le monde idéologique et politique entend cacher et qu’il importe de contribuer à diffuser quand on a la chance d’en être informé.
- celles qui circulent le plus hélas, émanant de gens énonçant n’importe quoi sans qu’on puisse le vérifier, (on suppose qu’ils diffusent cela pour se rendre intéressants) qui utilisent les réseaux sociaux où n’importe qui peut se faire le vecteur d’une information, juste pour gonfler son auditoire avec du sensationnel.
Il importe de s’en méfier et il faut dénoncer autant que faire se peut ces fausses nouvelles quand on en a les moyens…
Il existe enfin des gens qui – comme de nombreux journalistes, et ce sont les plus nombreux et les plus dangereux – balancent absolument n’importe quoi, par manque de culture et/ou de connaissances spécifiques, simplement pour meubler un commentaire ou faire un article ou pour briller dans une émission TV pour se faire remarquer, et pour trouver par là l’occasion de se faire réinviter, vu l’importance des cachets qu’ils touchent !
Nous connaissons tous des spécialistes auto-proclamés, commentateurs régulièrement invités sur les plateaux de télévision des émissions politiques scientifiques et plus graves, médicales ! Leur présence n’a qu’un but faire cautionner à fins de propagande, par des gens ayant une certaine autorité dans certains domaines spécifiques, des propos traitant d’un sujet qu’ils ne maîtrisent absolument pas mais plus ou moins rattachables à la sphère d’un monde de connaissances où ils sont légitimement susceptibles de pouvoir intervenir… Ils servent alors de caution scientifique !
Nous connaissons tous, par exemple, un ORL devenu célèbre grâce aux plateaux de télévision pour ses interventions de propagande pro-confinement sur la virologie et la génétique associées au Covid lors de la mise en place de la ‟grande peur des bien patients” (pour parodier Geoges Bernanos) domaines évidemment où ses qualités de spécialiste ne garantissent nullement des connaissances sur les questions virales évoquées.
On soulignera d’ailleurs aujourd’hui que ces mêmes médiateux incroyablement imbus d’eux même se vantent – tout bord politique confondu – de constituer ‟l’élite” ! Une élite de la connerie et de la pauvreté intellectuelle, certainement. (Nous ne sommes plus au temps de Léon Zitrone qui, par souci de vérité et d’information, avait tout un service de petites mains lui préparant des fiches, notamment sur des sujets historiques pointus pour qu’il puisse informer ses auditeurs. Une époque où le monde médiatique respectait le public au lieu de l’utiliser !)
Aujourd’hui le médiateux derrière son micro va étaler sans aucun complexe ses carences et son inculture dans des commentaires idiots qui n’apprennent rien à personne et il ne prendra même pas la peine de se renseigner sur le sujet qu’il va traiter ou commenter…
A la télévision, très souvent d’ailleurs, des éclats de rire commandés des camarades de micro complices vont meubler le vide intellectuel abyssal de ses propos… Cette stratégie est particulièrement mise en œuvre dans les affligeantes émissions dites d’information de France 2 le matin…
On l’a encore subi le lundi 8 décembre dernier vers 9 h où une des greluches de service a découvert, avec des commentaires d’une rare stupidité, qu’il existait des réserves dans les musées d’histoire naturelle notamment à Lyon où elle a découvert des spécimens naturalisés d’espèces dont elle ne soupçonnait pas même l’existence et qui lui faisaient peur ! D’où les éclats de rires convenus des petits camarades de plateau… Comme information grand public on fait mieux non ? (Dans ce domaine on doit constater que la parité n’est pas du tout respectée : la surreprésentation féminine est la règle. C’est un constat ! Sans doute parce que les gloussements féminins sont considérés plus radiophoniques.)
Mais la logorrhée des médiateux dépasse largement les émissions d’information… Les remarques grotesques qui ont accompagné les images des cérémonies des funérailles de la reine Elisabeth II en attestent ! Nous avions ainsi ‟appris” par la greluche de service au micro que : « le cercueil de la reine, avec son sarcophage interne tapissé de plomb, pesait plus d’une tonne » ! Rien ne résiste à la vague d’inculture et de suffisance de ces plumitifs et ‟microféraires”.
En matière de la désinformation chronique, on se doit de citer Wikipédia comme source majeure d’inspiration d’ultracrépidarianisme justifiant tant la propagande (notamment sioniste) que l’ignorance la plus crasse, fruit de la désinformation ou de l’omission de faits – quand cela ne relève pas des inventions – sans que cela soit sanctionné par les contrôleurs/censeurs, pourtant très actifs, de cette ‟encyclopédie” qui traite plus des milieux sportifs, et du milieu people et des acteurs (même de la pornographie) que de l’histoire, des sciences ou de la littérature ! Et on appelle cela une encyclopédie.
Or le propre d’une encyclopédie (définition du Robert dictionnaire qui a le vent en poupe depuis cinquante ans : « Ouvrage où l’on expose méthodiquement (dans un ordre logique ou formel, par ex. alphabétique) les connaissances dans tous les domaines. » implique que précisément que des articles ne devraient disparaître par caprice notamment et surtout s’ils concernent des sujets et des gens qui ne sont pas ou plus considérés comme importants au sens de la propagande idéologique. C’est ainsi que les articles traitant d’anciennes familles de la noblesse, de militaires ou d’ecclésiastiques disparaissent au fil des années!
(Soulignons d’ailleurs que l’on retrouve partout aujourd’hui des références de textes repris de sites internet dont la plupart disparaissent au bout de quatre à cinq ans… Il devient donc utile de stocker ces textes justificatifs pour pallier leur disparition et pouvoir en disposer pour justification…)
Mais les bêtises ont la vie dure, et leurs corrections quand elles ont lieu sont des plus discrètes… L’article ci-référencé passé sur Boulevard Voltaire sur la machine à vapeur et Florence Rivault est particulièrement révélateur du degré d’incohérence et d’imbécilité qui est atteint sur Wikipédia. Bien évidement les références citées dans cet article ne sont plus opérationnelles et l’article sur la machine à vapeur de Wikipedia a été refait (tout de même!) et l’article sur Florence Rivault a été supprimé !
Je rassure mes lecteurs, je n’ai pas du tout été contacté par Wikipédia pour ce faire… Mais le plus grave c’est qu’il a fallu que je tombe dessus, finalement par le plus grand des hasards, en ayant la capacité de rédiger un article publié sur le net pour que les corrections soient faites ! Depuis combien de temps les âneries que j’ai dénoncées là s’affichaient sur le net, en toute quiétude, couvertes par le ‟label” Wikipedia leur assurant véracité supposée et sérieux ?
Combien d’autres politiques historiques philosophiques ou scientifiques y ont droit de citer et déforment la formation des enfants et des étudiants ?
N’importe qui peut donc écrire n’importe quoi et le diffuser grâce aux réseaux sociaux ou à l’action des organisations participatives.
L’ultracrépidarianisme se développe d’autant plus que la presse écrite a été totalement investie sinon créée par des courants politiques : la presse, dès son origine, a été un support de diffusion d’opinion.
Le 25 septembre 1880, John Swinton, grande figure du journalisme qui avait été rédacteur en chef du New York Times dans les années 1860 a déclaré lors d’un cocktail :
« Il n’existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico.
Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi ! »
Le mot est lâché : tous ces petits médiateux dont le talent est inversement proportionnel au compte en banque gonflé par leurs propos convenus complaisamment étalés et retransmis, sont des prostitués politiques et/ou idéologiques assumés !
Mais le plus grave, c’est qu’il existe des gens sérieux, plus nombreux qu’on ne le croit, qui n’ayant pas de formation initiale sur un sujet donné vont chercher, au fil des ans et de leur expérience, à se documenter et finir par devenir parfaitement compétant dans certains domaines ! Là l’ultracrépidarianisme sera aussitôt brandi par ceux qui disposant d’un minimum (ou d’un maximum) de pouvoir mais opposés au contenu publié pour des raisons idéologiques ou politiques vont chercher par là à discréditer l’auteur… Les réseaux sociaux et les blogs sont aujourd’hui particulièrement visés.
C’est tout l’objectif de la clique macroniste euro-mondialiste et des journalistes à sa botte par exemple de BFMTV qui vise à la normalisation de l’information et de la connaissance dans tous les domaines !
La labellisation des médias et la censure des réseaux sociaux est plus que jamais à l‘ordre du jour ! La manipulation des textes et la condamnation des auteurs taxés d’ultracrépidarianisme constituent une stratégie redoutable de lutte contre la liberté d’expression.
































Jeune Nation TV








