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Pour en finir avec Matzneff

Le bruit médiatique provoqué par l’affaire Matzneff a déjà pour conséquence de rendre muets les fanfarons et les cinglés qui, d’ordinaire, louaient la prose du satyre germanopratin. Avant le scandale, alors que les admirateurs du pédocriminel (qui avoue violer des enfants de 8 ans à la chaîne, notamment à Manille) savaient généralement de quelles ignominies s’était rendue coupable l’ordure impunie, les discussions autour de ses récits se pratiquaient parfois éhontées, ici dans une grande librairie, là dans un café, ailleurs sur les réseaux sociaux. Ainsi a-t-on vu sur une capture d’écran un Jean-François Touzé, délégué général du PDF et responsable à l’argumentaire du parti, et qui souhaitait encore le mois dernier sur Twitter « une joyeuse fête d’Hanoucca à tous ses amis juifs », tresser des lauriers à Matzneff (qu’il appelle affectueusement “Gaby”) pour son style, considérant même ce dernier comme le plus grand écrivain actuel ! Les meilleurs critiques littéraires, à l’instar de Juan Asensio du site Stalker, le qualifient généralement de mauvaise plume, et nous restons correct. Quel est donc ce dandysme à trois francs qui autorise des individus s’étiquetant à leur guise droitistes anticonformistes à user de leur position pour faire la promotion d’un bougre déglinguant des petits enfants derrière sa « collection de minettes » (Bernard Pivot) ? Evidemment, tous les lecteurs et même les fans de Matzneff ne sont pas des pédomanes, ni des délinquants. Mais qu’ils le veuillent ou non, ils participent à la banalisation de la pédophilie. Que cette affaire puisse, ne serait-ce que momentanément, dégriser les énergumènes et rendre taiseux les crétins, est donc objectivement une bonne chose. 

Restent ceux qui ont été proches, très proches de Gabriel Matzneff et qui n’ont pas d’autre choix que de minimiser les exactions du prédateur et de relativiser ses écrits pour limiter les éclaboussures. En premier lieu, les précieux littéraires qui récemment encore présentaient Matzneff, ses émules, ou des auteurs équivoques, comme des génies d’une sensibilité et d’une sensualité exceptionnelles. Pensons à cette feuille élégante intitulée Raskar Kapac qui ne cesse depuis sa création il y a 4 ans de faire l’apologie de Gabriel Matzneff, ce beau poète. On aura saisi le tropisme de cette publication après l’avoir compulsée. Outre de Gab la Rafale, le trio de la Vieille Momie (surnom du journal) est sous le charme des écrits et des photos de Jean-René Huguenin auquel il consacra son premier numéro. Les érudits savent que Huguenin mort accidentellement à 27 ans était l’amant passif, entre autres, de Jean-Edern Hallier qui le soupçonna d’avoir provoqué son accident de voiture, son mariage programmé avec une dame le terrifiant. Précisons que l’unique roman de Jean-René Huguenin, La Côte sauvage, relate une histoire d’inceste entre un frère et une sœur. On retrouve également l’incontournable Mishima, l’homosexuel samouraï (on n’est pas obligé de l’apprécier, il faut rassurer les jeunes lecteurs soumis aux diktats du “milieu” conforme), Christian Giudicelli, évidemment le pédéraste Henry de Montherlant (la virilité incarnée n’est-ce pas), le fils à papa Sylvain Tesson (lui est un fan de Matzneff)… Mais aussi l’épouvantable Guy Hocquenghem, le giton de René Schérer mort du sida en 1988 et qui fut un propagandiste pédophile. La sensibilité littéraire, quoi ! 

Ce n’est pas tout, la revue s’enorgueillit également de faire connaître aux jeunes de France qui pensent avoir affaire avec cette lecture à une publication gentiment hussarde le fumier Tony Duvert : Au début des années 1970, Tony Duvert entre en relation avec une mère de famille qu’il apprécie peu afin de se rapprocher du fils de cette dernière. Apparemment peu attentive à son fils et désirant partir seule en voyage, elle confie son enfant à Tony Duvert durant l’été 1973. Ce dernier passe une semaine, seul, avec le garçon âgé de huit ans, dans une maison achetée peu auparavant par la mère de l’écrivain et l’un de ses frères. Selon son biographe Gilles Sebhan, Duvert aurait violé le garçonnet à tour de bras. En tout cas, Tony Duvert n’avait qu’une seule obsession, l’enfant, et aucune autre (« Tony voulait que son écriture ait une action sur la société » a ainsi écrit son ami Michel Longuet.). Aussi pouvons-nous nous demander à quoi peut servir même artistiquement la promotion d’un tel auteur, sinon à promouvoir la pédomanie en tant que telle ? La plupart de leurs lecteurs ne voient rien, mais pensent, envoûtés par la Vieille Momie et la tintinophilie des auteurs, que l’homosexualité d’untel est anecdotique tout en ignorant la réalité pédomaniaque d’un Duvert ou d’un Hocquenghem. On trouve plus bas encore, dans un esprit décadent manifeste, le petit groupe se faisant appeler les Clochards célestes qui, sur Internet, interviewent des Matzneff pour se donner les frissons de l’irrévérencieux. 

Le microcosme littéraire est bien sûr, en ce moment, dans un drôle d’état entre crise d’épilepsie et enfouissement. Les maisons d’édition sont en pleine retraite, les bouffons sans talent du Renaudot se ridiculisent en comparant parfois pédérastie de l’ancienne Grèce aux mœurs de Gabriel Matzneff, les animateurs d’émissions de littérature ont la colique. Ils n’étaient indubitablement pas préparés à répondre à ce dévoilement dont nous nous félicitons (qui est incomplet mais qui ouvre de formidables perspectives). 

Et puis, il y a les compagnons de route, les hommes et les rares femmes qui ont travaillé avec un personnage auquel ils n’ont jamais donné la leçon et qui, aujourd’hui, se sentent contraints d’exprimer leurs sentiments tout en relativisant l’horreur des écrits et des viols commis par Matzneff (qui sodomise avec sadisme des garçons de 8 ans et ne se contente pas, comme on veut le faire croire mensongèrement ici et là, de draguer des adolescentes perdues, adolescentes que d’ailleurs il maltraite, pervertit et détruit). Matzneff a atterri, un peu inexplicablement, après avoir écrit dans le journal Aux Ecoutes de Thierry Lévy, au sein de l’équipe de la Nation Française créée par Pierre Boutang. Par cette entremise il va côtoyer des néo-royalistes de tous âges. Tout naturellement il sera apprécié en tant qu’ancien de la mouvance boutangienne par les jeunes de la Nouvelle Action Française. Bertrand Renouvin, soutien de François Mitterrand, et le second, Gérard Leclerc, un intime d’Aaron Lustiger, ce drôle de “catholique”. Renouvin est assez discret depuis quelques années. En revanche Gérard Leclerc s’étend un peu partout à la radio des conciliaires “catholique” et dans la presse jusqu’au Figaro. Le 30 décembre dernier, l’intellectuel néo-royaliste Gérard Leclerc (à ne pas confondre avec le journaliste de la télévision, frère de Julien Clerc) mit cartes sur table. 

LA GÊNE DES COPAINS

« Je n’ai pas très envie de lire le livre de Vanessa Springora, pour différentes raisons, même si elle s’explique amèrement sur la notion de consentement. Oui, une adolescente peut consentir à une liaison avec un homme mûr, dès lors que celui-ci a suffisamment de prestige, de culture et de charme, alors qu’elle ressent sur le moment qu’il y a quelque chose d’ambigu et de pervers, de destructeur dans une telle relation.

Il se trouve que je connais personnellement Gabriel Matzneff depuis très longtemps. Nos échanges ne se sont jamais situés sur ce terrain de la sexualité. Nous parlions déjà, dans les années soixante-dix, de philosophie et de littérature, en évoquant Dostoïevski, Berdiaev, ou encore Gabriel Marcel et Pierre Boutang. Il me recommandait tel livre de théologie orthodoxe qui l’avait marqué. N’était-il pas proche d’Olivier Clément, lui-même théologien orthodoxe ?

Alors, comment entendre cette contradiction entre le fidèle et le libertin ? Lui-même s’en est expliqué dans certains textes : “Par ma faute, mon inconscience, ma folie, l’icône s’est obscurcie, occultée, et j’ai sombré dans la nuit.” Il parle même de “descente aux enfers”. On comprend qu’avec l’Église orthodoxe ses rapports aient été difficiles, au point d’être rompus un moment. Mais il s’est toujours finalement retourné vers la liturgie lumineuse de son enfance. Une liturgie qui est le seul secours qui puisse lui tendre la main dans sa tragédie actuelle. »

Gérard Leclerc pèche par omission. Il élude l’essentiel. Pour mieux se planquer. Leclerc se dédouane à peu de prix. Nous savons très bien que Lustiger n’était pas un saint, lui aussi le sait. Nous savons tout aussi bien la réalité du bol alimentaire de Matzneff qui ne se limite pas à une daube d’adolescentes perdues. Leclerc se défend d’emblée en mentant par omission à l’instar de tous les autres protagonistes de cette affaire en mettant sous le tapis les enfants morts vivants, produits de la violence perverse de Matzneff sur l’innocence. Les petits Yaouleds, les petits Philippins, et d’autres, français et européens (ceux du « Réseau pédophile » dont parle Matzneff dans l’un de ses écrits pour dire qu’il ne le sollicite que rarement), sont aujourd’hui morts, toxicomanes, cassés, trop loin ou trop pauvres pour parler. Il fallait attendre qu’une victime de l’ogre devînt la patronne d’une grande maison d’édition pour enfin obtenir un témoignage (qui évoque sans les approfondir les viols commis à la chaîne par Gab la rafale à Manille) exposant ses activités criminelles. Loin de s’en féliciter, Leclerc voit dans ce dévoilement une “tragédie”. C’est une tragédie pour toute l’équipe qui était dans les années 1960 regroupée autour de Pierre Boutang et qui prenait bien soin de chouchouter Matzneff. Il faut dire que Pierre Boutang était un fieffé libertin (pour parler comme Rémi Soulié) qui aimait finalement les lois, les règles, les principes, pour mieux les enfreindre, dans l’ombre, sans mots ou avec si peu de mots. Pour l’auteur d’Ontologie du secret (ouvrage tiré de sa thèse de doctorat), le secret est fait à la fois pour ne pas se dire et pour se dire. « Le secret n’a de signification que dans la tension d’une chose qui doit rester cachée tout en ne pouvant se fortifier qu’en étant dite » (Juan Asensio à propos du secret selon Boutang). Est-ce susurrer le secret que d’écrire ici que le philosophe, l’agitateur politique et le libertin Boutang aurait pu jouer un rôle cardinal dans les vies des deux plus grandes figures de la propagande pédophile de la deuxième partie du vingtième siècle en France, Gabriel Matzneff et René Schérer ? Si Boutang a écrit un article critique dans le bulletin de la NAF (Nouvelle Action Française), une fois, pour dire qu’il n’était pas chrétien de scandaliser les enfants, sa forte amitié avec Matzneff n’a jamais été démentie (et il est légitime de se demander comment ce prédateur a atterri au sein de la rédaction de la Nation Française, joujou de Boutang, alors qu’il était un antinationaliste de stricte obédience, a fortiori un anti-maurrassien patenté). La proximité du libertin Boutang avec Matzneff (est-ce que vous seriez ami, vous, qui plus est toute votre vie, avec un pédophile actif et revendiqué, se vantant de violer des gosses ?) est d’autant plus trouble que le philosophe platonicien avait vécu une expérience puissante avec René Schérer quand ce dernier était lycéen à Clermont-Ferrand. On doit au post maurrassien Stéphane Giocanti une biographie à la fois dense et ambiguë sur notre Don Juan publiée en 2016. Boutang, le professeur émerveillé par les rapports existant entre Pausanias et Agathon dans Le Banquet de Platon (Boutang se permettra de commettre en 1973 une traduction très crue de cette œuvre enrichie d’une préface surréaliste où il dépeint le sodomite Pausanias sous les traits du pédophile militant Roger Peyrefitte !), était si proche de René Schérer qu’il partit en 1941 en randonnée pédestre avec lui pendant plusieurs jours. Le pape de la pédophilie René Schérer écrira que Boutang était « sa lumière, qu’il lui a procuré l’essor de l’âme sous le signe de Platon et affirme que cette relation d’un an relevait d’un amour philosophique ».

ENTRE PIERRE BOUTANG ET RENÉ SCHÉRER

Dans un témoignage publié en 2002, René Schérer rappelle avoir adressé une longue lettre à son admiré professeur en 1941. « De cette correspondance échouée, l’auteur du Purgatoire (Boutang) tire une inspiration étonnante […] », soit une lettre fictive. « L’auteur fictif de la lettre, Yanek (Schérer) écrit donc à M (double de Boutang) en un style secret fait pour plaire à son destinataire, dont elle imite l’écriture et dessine un Eros que l’élève ne peut aborder directement : Il m’est arrivé que vous m’apparaissiez en rêve, vous étiez un enfant à la tête de Cimabue, et très sage ; puis vous étiez une femme et, alors, je vous haïssais ; oui je vous haïssais quand vous étiez une femme, je vous aimais quand vous étiez un enfant. […] Chez un écrivain qui pèse chaque mot, écrit encore Giocanti, et qui contrôle étroitement la liberté de ses personnages, on n’imagine pas qu’un tel épisode puisse relever d’une spéculation fantaisiste : ce passage romanesque témoigne plutôt d’une instabilité sexuelle que confirment par ailleurs les rêves de Boutang sur l’androgynie. » Et ces quelques phrases ne sont pas tout. Stéphane Giocanti nous dessine un Pierre Boutang méprisant l’homosexualité grise, égalitaire défendue par Sartre, mais émerveillé par la “bigarrure” des homosexualités pédérastiques (Rimbaud le fascine en partie pour sa sexualité) que l’on pourrait qualifier d’inégalitaires. 

Matzneff rencontre encore régulièrement son aîné pédomane, René Schérer, qui aura survécu longtemps à son giton Hocqueghem. Tous les deux restent fascinés par le charisme de leur maître, ce Don Juan des forêts violemment épinglé par l’écrivain Beatrix Beck au début des années 1980 à travers ce roman éponyme. Elle ne parle pas de cette passion pour la bigarrure mais d’un homme très secret non par pudeur ou par jeu métaphysique mais parce qu’il mène une vie sexuelle volcanique avec son lot d’enfants adultérins. Il est un tartuffe par excellence, mais Beck va loin car elle dépeint un Don Juan qui abuse de sa propre fille. Un scandale qui épouvante la bande à Boutang, et en premier lieu un certain Gabriel Matzneff qui se lève pour défendre son maître (pour qui le pire des péchés est l’antisémitisme ; là dessus il est impeccable) en criant que ce roman est une vengeance féminine qui aboutit en fin de compte à un texte à la fois « grotesque et diffamatoire » ! Béatrix Beck, à l’instar de Vanessa Springora, n’a toutefois pas été attaquée en justice. 

[…]

François-Xavier ROCHETTE.

Source : Rivarol

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Commentaires (1)

  1. Jerry dit :

    Si je comprend bien l auteur suggère
    Que Boutang aurait été pedophile lui aussi
    Je me trompe ou non ?

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