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8 juin 1941 : Des Français dits « libres » se joignent à l’agression britannique contre le Liban et la Syrie sous mandat français

Après Mers el-Kébir et Dakar, les ambitions britanniques de s’emparer de ce qu’il restait encore de la flotte française ne faiblisse pas… Celle-ci, au mouillage dans les ports du Liban et de la région, était considérée comme une menace par la Royal Navy. Churchill prend alors la décision d’intervenir en Syrie, à la grande satisfaction du général de Gaulle. Le général Wilson commandera l’attaque. 34 400 combattants constitueront ses troupes : une majorité d’Australiens et quelques 5000 Français dits « libres ».

Face à la menace, Vichy demande aux Allemands de se retirer et, à sa grande surprise, Hitler obtempère. Mais une foule de fausses informations circule : les Allemands s’installeraient en Syrie ! 

Le 8 Juin 1941 débute l’attaque des Alliés contre le Liban et la Syrie tenus par les troupes françaises. (Jose castano)

Le maréchal Pétain adresse dans un discours,  un « Message aux Français du Levant » et dénonce l’agression britannique :

« Français du Levant,

Les pays où vous vivez, et pour la prospérité desquels vous vous dévouez depuis de longues années, sont aujourd’hui l’objet d’une attaque inqualifiable.

Cette attaque est menée, comme à Dakar, par des Français placés le drapeau de la dissidence. Soutenus par les forces impériales britanniques, ils n’hésitent pas à verser le sang de leurs frères qui défendent l’unité de l’Empire et la souveraineté française.

A la douleur que lui cause cette constatation, la France, fidèle à ses déclarations, peut, en toute certitude, opposer la force de n’avoir pas, la première, porté les armes contre son ancienne alliée, pas plus aujourd’hui que naguère à Mers-el-Kébir, à Dakar ou à Sfax.

La ruse a précédé cette violence.

Depuis plusieurs jours, en effet, la propagande, qui forgeait le prétexte de l’agression, prétendait que des troupes allemandes débarquaient en grand nombre dans nos ports du Levant, que la France se préparait à livrer à l’Allemagne les territoires dont la défense vous est confiée.

Vous qui êtes sur place, vous savez que tout cela est faux. Vous savez que les quelques avions qui avaient fait escale sur nos territoires ont aujourd’hui quitté la Syrie, à l’exception de trois ou quatre hors d’état de voler. Vous savez qu’il n’y a pas un soldat allemand ni en Syrie ni au Liban. Vous êtes donc l’objet d’une agression profondément injuste devant laquelle notre conscience se révolte. C’est aujourd’hui seulement que la souveraineté française au Levant est, pour la première fois, menacée. Vous pouvez m’en croire. Votre haut Commissaire vous l’a déjà dit, je vous le répète : vous combattez pour une cause juste, celle de l’intégrité des territoires dont l’Histoire, confirmée par le mandat de 1919, a légué la charge à la Patrie. Vous saurez les défendre. Mes vœux et ceux de la France entière vous accompagnent ».

Le général Dentz, Haut-commissaire et Commandant supérieur des troupes françaises au Levant avec son État-Major

Les troupes alliées croient devoir affronter des Allemands. Vichy ne pense pas que le général Henri Dentz, à la tête des troupes de l’armée de Vichy en Syrie mandataire, pourra tenir plus de quatre jours mais Darlan lui demande de résister à outrance. Les Français de Vichy se révèlent d’une opiniâtreté héroïque qui puise ses racines dans le désastre de 1940 et dans la volonté de maintenir la France, notamment l’Afrique du Nord que les Allemands peuvent saisir à tout instant. Ils réussissent même à monter des contre-offensives victorieuses ! Mais finalement, Dentz isolé, finit par demander l’arrêt des combats le 9 juillet ! Le 12 les combats cessent. Les Français « libres » ne sont pas en bonne position.

Les négociations de l’armistice s’ouvrent à Saint Jean d’Acre le 12 juillet. Mais avant cela le gouvernement britannique envoie au gouvernement de Vichy un mémorandum le 11 juillet, rappelant notamment le but de l’intervention militaire des alliés au Levant : « les alliés n’ont pas d’autres buts en Syrie que celui d’empêcher qu’elle ne serve de base à des forces terrestres et aériennes ennemies contre la position militaire dans le Moyen-Orient. Ils se sont également engagés à l’égard de la population arabe en lui donnant lors de leur entrée en Syrie une garantie d’indépendance. ». Le texte britannique évoque ensuite le devenir des troupes de Vichy qui pourront librement rejoindre les alliés ou être rapatriées ; la question du matériel de guerre ; le droit pour les alliés d’occuper la Syrie pendant la durée de la guerre ; la levée du blocus et l’intégration du Levant dans le bloc sterling.

Devant les exigences du mémorandum britannique, le gouvernement de Vichy estime qu’elles sont « inconciliables avec les droits et les prérogatives de la puissance mandataire ». Il refuse en outre de négocier avec les « traîtres à leur patrie, comme de Gaulle et Catroux » et toute « amnistie », car « des soldats français obéissant au gouvernement de leur pays n’ont pas à être amnistiés ».

L’accord d’armistice est signé le 14 juillet 1941 par les généraux de Verdilhac et Wilson, le général Catroux n’étant pas autorisé à le signer. Cet accord, dans lequel la France libre n’est pas mentionnée et n’obtient donc pas le matériel militaire de l’Armée du Levant, porte exclusivement sur les questions de reddition.

De Gaulle s’insurge contre la convention de Saint Jean d’Acre, engueule Catroux et obtient à force de violence la reconnaissance de l’autorité de la France Libre au Levant mais obère ses relations futures avec les Anglo-Saxons. Les Britanniques, choqués par son ingratitude, sabotent la présence française en encourageant les Arabes dans leur volonté d’émancipation.

Les Français « libres » feront tout pour séduire les troupes vichystes et les dissuader de demander leur rapatriement. Le succès est mitigé : 5688 ralliements sur 37000 !

Dentz est condamné à mort en 1945. Sa peine fut commuée en prison à vie et il meurt en prison.

Ces tragiques évènements confirment bien que si la France métropolitaine était vaincue, l’Empire ne considérait nullement l’être. Si la France métropolitaine avait capitulé, l’Empire s’y était refusé et la marine française, comme elle s’y était engagée, avait rejoint les ports africains composant l’Empire afin de poursuivre le combat. (José Castano)

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