
CES ÉLECTIONS municipales ne sont pas sans intérêt ni sans enseignement alors même qu’il s’agit en principe du dernier scrutin avant la présidentielle d’avril 2027 si l’on excepte les sénatoriales de cet automne mais qui ne sont pas au suffrage universel direct. Comme c’est le cas généralement depuis plusieurs décennies, l’abstention a encore progressé lors de ce premier tour avec 44 % des Français inscrits sur les listes électorales qui ne se sont pas déplacés pour voter. C’est le plus mauvais résultat enregistré pour des municipales, à l’exception du scrutin de mars 2020 qui avait eu lieu en pleine crise covidesque, ce qui avait conduit beaucoup d’électeurs à rester finalement chez eux. Alors que traditionnellement les municipales sont un scrutin qui intéresse un grand nombre de nos compatriotes parce que la commune est l’échelon territorial le plus proche du citoyen, que près d’un électeur sur deux ait boudé ce premier tour des municipales est une première leçon qui est loin d’être négligeable.
Peut-être que la fin de la possibilité du panachage dans les communes de moins de mille habitants, ce qui réduit le choix de l’électeur et enlève tout suspens dans des villages où il n’y a le plus souvent qu’une seule liste en lice a-t-il dissuadé un certain nombre d’habitants de se rendre aux urnes. De plus, la campagne municipale cette année a été complètement occultée, politiquement et médiatiquement, depuis fin février par la guerre en Iran et au Liban, ce qui n’a sans doute pas aidé à mobiliser les électeurs, contrairement sans doute à ce qui se serait produit pour une élection nationale, notamment présidentielle. Les questions qui se posent quant à la position de la France dans le conflit actuel, quant à son éventuelle extension et quant à ses répercussions multiples, notamment sur le plan économique et financier, ne sont évidemment pas du ressort des édiles et des élus municipaux.
DEUXIÈME ENSEIGNEMENT de ce scrutin : comme c’est le cas généralement aux municipales, on a de nouveau observé une prime assez nette au maire sortant qui, quelle que soit son étiquette ou son ancienneté, arrive le plus souvent en tête de ce premier tour, même s’il y a bien sûr ici et là quelques exceptions notables. Les maires sortants des grandes villes tout particulièrement se placent en première position. C’est vrai à Paris où le socialiste Emmanuel Grégoire devance la LR Rachida Dati de plus de douze points, ce qui est beaucoup plus que ce que prédisaient les enquêtes d’opinion. C’est vrai également à Lyon où, contrairement à ce que disaient tous les sondages, le maire Vert sortant, Grégory Doucet, l’emporte au premier tour d’une courte tête sur l’ancien patron de l’Olympique lyonnais, le septuagénaire Jean-Michel Aulas, pourtant grand favori de ce scrutin et qui semble désormais très mal placé pour conquérir l’hôtel de ville, surtout qu’il y a au second tour une fusion des listes entre l’actuel maire de Lyon et la candidate de la France insoumise. Dans les autres métropoles, c’est aussi le maire sortant qui est le plus souvent arrivé en tête, comme à Toulouse, à Lille, à Nantes, etc. Le Rassemblement national a lui-même bénéficié à plein de cette prime aux sortants puisque beaucoup de ses maires ont été réélus dès le premier tour : c’est vrai à Perpignan pour Louis Aliot avec 50,61 % des voix, à Hénin-Beaumont où Steeve Briois frôle les 78 %, à Fréjus avec David Rachline qui obtient 51,33 % mais également à Beaucaire dans le Gard. Au premier tour, le RN l’a emporté au total dans 24 communes et est arrivé en tête dans 60. Il était sortant dans la plupart mais il a également conquis de nouvelles villes comme à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), Vauvert (Gard) ou encore Nomexy (Vosges).
Plus généralement, le Rassemblement national obtient dans l’ensemble d’assez bons scores et progresse nettement par rapport aux municipales de 2020 où le contexte lui était certes moins favorable. Sa seule véritable faiblesse électorale, mais elle est de taille, reste encore les grandes métropoles, à l’exception de celles situées sur le pourtour méditerranéen. Il pâtit dans les grandes villes d’une part de l’accélération du phénomène de Grand Remplacement (dont profite à l’inverse pleinement la France insoumise, à l’autre extrémité de l’échiquier politique) et d’une sociologie qui lui est structurellement défavorable avec une gentrification des principales villes du pays, leur boboïsation et la domination de catégories socio-professionnelles généralement aisées (cadres supérieurs, dirigeants de grandes entreprises, personnes travaillant dans les services, dans la communication, la publicité, l’événementiel, l’informatique, la finance et bénéficiant le plus souvent de rémunérations élevées), qui se considèrent comme citoyens du monde, bénéficiaires de la mondialisation libérale et qui sont donc massivement rétives à son programme jugé national-populiste et à l’image qui est donnée de lui, fût-elle inexacte. C’est ainsi que Thierry Mariani a obtenu un calamiteux 1,61 % dans la capitale, l’essentiel de son électorat ayant certes été capté par la communautaire Sarah Knafo de Reconquête, très médiatisée, qui récolte 10,40 %. Mais les résultats du RN sont également très modestes à Lyon (7,07 %), à Toulouse (5,38 %), à Nantes (4,57 %), à Montpellier (7,26 %), à Strasbourg (7,02 %), à Rennes (6,67 %). Le RN est en revanche arrivé en tête à Nîmes, à Menton et à Carcassonne mais plusieurs listes de ses adversaires ayant fusionné entre elles, sa victoire au second tour dans ces trois villes est possible mais loin d’être acquise. Preuve que, malgré sa politique dite de dédiabolisation, et en fait de normalisation, le RN pâtit toujours de la propension des autres partis à se rassembler contre lui quand il semble en position de conquérir une ville importante.
SELON qu’il décroche ou non dimanche prochain les mairies de Toulon, de Nice — où se présente son allié Eric Ciotti, largement arrivé en tête au premier tour, avec treize points d’avance sur le maire sortant Christian Estrosi qui faisait grise mine à l’annonce des résultats — et de Marseille, les résultats du parti de Jordan Bardella et de Marine Le Pen seront soit spectaculaires, soit au contraire en demi-teinte, les seconds tours confirmant, amplifiant, ou parfois au contraire nuançant voire inversant ceux du premier, comme on l’avait vu par exemple lors des législatives anticipées de l’été 2024. Ciotti est idéalement placé pour devenir maire de Nice dans quelques jours d’autant plus que la candidate de la gauche, qui a réalisé 11,93 %, a décidé de se maintenir, contrairement au souhait d’Estrosi qui avait appelé à un front républicain contre son principal rival qu’il exècre alors même qu’ils sont à l’origine issus du même parti. Estrosi est affaibli par une affaire sordide. Il apparaît que la tête de porc accrochée à son domicile, a été déposée là par certains de ses proches, de sa propre équipe. Ce qui suppose soit qu’il était au courant et qu’il a organisé, ou à tout le moins laissé faire, ce montage odieux pour remonter la pente alors qu’il était déjà en difficulté dans les sondages en suscitant la sympathie de l’électorat devant cette agression qui en réalité n’en était pas une, soit qu’il a été dépassé par ses propres équipes mais cela prouverait qu’il s’entoure de voyous et donc qu’il n’est pas à la hauteur, soit enfin qu’il soit détesté par certains de ses colistiers qui auraient ainsi voulu l’affaiblir, le stratagème une fois éventé. Ce qui prouverait qu’il ne tient pas ses troupes. Quoi qu’il en soit, Estrosi est désormais dans une situation quasiment désespérée. Nous ne pleurerons certes pas la défaite de ce politicien médiocre, indigne et démagogue, profondément antipathique et ultra-sioniste (au point d’avoir hissé et maintenu sur le fronton de sa mairie le drapeau d’une puissance étrangère, l’Etat d’Israël, ce qui est un scandale absolu et contrevient de plus à la loi et aux traditions). Toutefois, nous ne nous réjouissons pas de la très probable victoire de Ciotti qui ne vaut pas mieux qu’Estrosi et qui est au moins aussi politicien et sioniste que l’actuel maire de Nice. C’est par exemple un très proche du Likoudnik Meyer Habib qui l’avait activement soutenu lors de sa campagne interne pour la présidence de LR.
Si Eric Ciotti est quasiment certain de l’emporter dimanche prochain, la situation est beaucoup plus incertaine pour le Rassemblement national à Toulon et à Marseille. Laure Lavalette est certes arrivée largement en tête dans la préfecture du Var avec 42,05 % des voix devant l’édile sortant, la divers droite Josée Massi, créditée de 29,54 %. Mais cette dernière bénéficie du retrait du candidat LR, Michel Bonnus, arrivé troisième avec 15,71 % et qui aurait donc pu se maintenir. Laure Lavalette n’a donc en principe pas de réserves de voix, d’autant que les trois listes toulonnaises éliminées sont toutes de gauche ou d’extrême gauche, sauf si elle parvient à mobiliser fortement les abstentionnistes du premier tour en sa faveur ou si des électeurs LR suffisamment nombreux préfèrent voter pour elle plutôt que pour le maire sortant. Le cas de Toulon est intéressant car si le RN l’emportait, la mairie redeviendrait “frontiste” comme du temps de Jean-Marie Le Chevallier (1995-2001), même si la vérité oblige à dire que le RN d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec le RN d’il y a trente ans. Quoiqu’il convienne de préciser que Le Chevallier, aujourd’hui décédé, issu du giscardisme, avait toujours été un des éléments les plus modérés, d’aucuns diront un des plus inconsistants, du FN. Bien plus encore que Toulon, si le RN plaçait dans son escarcelle la deuxième ville de France, ce serait un vrai tremblement de terre politique à un peu plus d’un an de la présidentielle. Toutefois, c’est encore loin d’être fait. Le maire sortant, le divers gauche Benoît Payan, est arrivé légèrement en tête (36,70 %) le 15 mars au soir devant le RN Franck Allisio qui, avec 35,02 %, obtient le meilleur score jamais réalisé par ce mouvement dans la cité phocéenne. Le maintien au second tour de la candidate LR, Martine Vassal, ne facilite toutefois pas la tâche du candidat RN. Vassal a obtenu un piètre 12,41 % car elle a souffert de la médiatisation du duel entre Payan et Allisio mais aussi et surtout de la polémique insensée autour des propos spontanés qu’elle avait tenus lors d’un débat télévisé entre les différents candidats sur BFMTV et où elle avait affirmé que ses valeurs étaient le travail, la famille et la patrie, ce qui a permis d’instruire contre elle un procès en pétainisme, ce qui s’est révélé dévastateur pour elle, ce qui en dit long sur l’actuel conditionnement des esprits. Le maire sortant de Marseille a refusé de nouer au second tour une alliance avec la liste LFI de Sébastien Delogu, au grand dam de ce dernier. A l’heure où nous bouclons, nous ignorons si, dans ces conditions, il se maintiendra, comme l’insoumise Chikirou à Paris, au risque de favoriser arithmétiquement la victoire d’Allisio, ou si, comme nous avons tendance à le penser, il se désistera au dernier moment par réflexe et conviction “antifascistes”, LFI, qui n’aime rien tant que rejouer les années trente, appelant à la constitution partout en France d’un « front antifasciste » contre « l’extrême droite » et une « droite radicalisée » (sic !) et ne voulant pas être jugé responsable d’une victoire du RN à Marseille.
L’AUTRE GRAND GAGNANT de ce premier tour est donc bien la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Et cela constitue malgré tout une petite surprise car on aurait pu penser que la diabolisation politico-médiatique de ce mouvement ces dernières semaines, notamment les accusations répétées d’antisémitisme à l’égard de son chef de file ou le rappel insistant de ses liens, certes avérés et assumés, avec les antifas violents de la Jeune Garde, allait conduire, sinon à un effondrement, du moins à un certain tassement de LFI. Or, il n’en est rien. Bien au contraire. La France insoumise décroche même dès le premier tour la deuxième ville d’Ile-de-France après Paris, Saint-Denis, qui compte quelque 150 000 habitants, bénéficiant d’un vote massif d’immigrés extra-européens naturalisés dans cette ancienne cité royale où le Grand Remplacement atteint aujourd’hui des niveaux inouïs. Des immigrés interrogés à Saint-Denis se félicitaient ouvertement de ce que le nouveau maire insoumis allait, selon eux, désarmer la police et retirer toutes les vidéos de surveillance. L’insoumis David Guiraud est également arrivé très largement en tête à Roubaix avec 46,64 % des voix et apparaît comme le grand favori pour le second tour dans cette ville, là aussi ravagée par l’immigration massive. La France insoumise a également créé la surprise à Lille où son candidat fait presque jeu égal avec le maire sortant socialiste. Elle a peu de chances cependant de gagner dimanche la mairie longtemps détenue par Pierre Mauroy puis par Martine Aubry car les Verts, qui faisaient cavalier seul au premier tour et qui ont obtenu 17,75 %, ont finalement décidé, après avoir beaucoup hésité, de fusionner avec la liste socialiste.
Si le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, avait déclaré le dimanche 15 mars au soir qu’il n’y aurait pas d’accord national entre sa formation et celle de Jean-Luc Mélenchon, il y a eu toutefois de très notables exceptions locales. Tellement nombreuses que, comme en grammaire, elles finissent par constituer la règle. A Toulouse, à Nantes, à Limoges, à Lyon, à Besançon, à Clermont-Ferrand, à Brest, à Tours, à Grenoble et en Avignon, les socialistes (et les écologistes) ont ainsi fusionné leurs listes au second tour avec la France insoumise. A Strasbourg, les écologistes et les insoumis (mais sans l’ancien maire socialiste Catherine Trautmann qui est arrivé en tête et que précisément ils souhaitent battre) ont également fusionné leurs listes, ce qui, sur le papier, les place dans une situation idéale pour gagner. A Limoges et à Toulouse, c’est même le candidat LFI qui conduira la liste d’union — puisqu’il est arrivé en tête des gauches — et qui a des chances très sérieuses de devenir maire. Si LFI remportait la quatrième ville de France, ce serait là aussi un séisme politique. Or ce scénario est tout à fait plausible car si le maire sortant de Toulouse, le divers droite Jean-Luc Moudenc, est certes arrivé en tête avec 37,23 % le 15 mars au soir, le total des listes socialiste (24,99 %) et insoumise (27,56 %), qui ont fusionné, fait plus de 52,5 %, sans compter l’appoint probable d’électeurs ayant voté au premier tour pour de petites listes d’extrême gauche, nombreuses à Toulouse. Mais même dans les grandes villes où LFI obtient des scores moins spectaculaires, la formation de Jean-Luc Mélenchon dépasse quasiment partout les 10 % et est donc à même de se maintenir au second tour sur ses propres couleurs ou de proposer une « fusion technique » avec les autres forces de gauche. Cette fusion ne lui a été refusée qu’à Rennes, où le maire socialiste, Nathalie Appéré, n’a certes pas besoin mathématiquement des voix insoumises, à Marseille et à Paris où, il est vrai, le socialiste Emmanuel Grégoire, n’a guère besoin, là non plus, des voix insoumises — la LFI Sophia Chikirou a donc décidé de se maintenir — tellement le candidat du PS, du PC et des Verts, est largement devant la LR Rachida Dati qui a difficilement fusionné avec la liste centriste de Pierre-Yves Bournazel, mais qui doit faire face à la concurrence de Sarah Knafo, qui a franchi de justesse la barre fatidique des 10 % et peut donc rester en lice.
Cette forte progression de la France insoumise, au-delà du talent incontestable de Mélenchon et de ses principaux lieutenants, qui, bien qu’aux antipodes de nos convictions sur la plupart des sujets, sont objectivement de vrais soldats politiques, idéologiquement formés et charpentés — sur ce plan, cela change des guignols du RN qui, eux, n’ont aucune conviction contrairement au FN d’antan ! — témoigne incontestablement de l’arrivée de ce que ce mouvement appelle avec gourmandise une « nouvelle France », une France “créolisée”, une France d’après. Mais quelle place restera-t-il encore aux indigènes et quel statut auront-ils dans un pays qui, si rien ne se passe d’ici là, sera bientôt majoritairement peuplé d’allogènes comme c’est déjà massivement le cas en Seine-Saint-Denis ? […]
RIVAROL, <[email protected]>
Source : Éditorial de Rivarol




























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