
COMME AU PREMIER TOUR, l’abstention a atteint des records à ces élections municipales dimanche dernier : 42,18 % des électeurs inscrits sur les listes électorales sont en effet restés chez eux. C’est la participation la plus faible pour un second tour de municipales sous la Ve République à la seule exception de 2020 où beaucoup de nos compatriotes ne s’étaient pas déplacés aux urnes par crainte du Covid peu après un long confinement de deux mois. Que même un scrutin local où l’on élit des élus de proximité ne suffise plus à déplacer les foules en dit long sur l’évolution de la société, sur la crise du modèle démocratique, sur la dépolitisation d’une part toujours plus croissante de la population qui a de toute façon conscience que, quelles que soient les étiquettes des élus et les différentes combinaisons politiciennes, cela ne change pas grand-chose finalement dans sa vie quotidienne. D’autant plus que les municipalités ont de moins en moins de pouvoir et de responsabilités contrairement à l’intercommunalité et aux métropoles.
Outre une participation faible de 57,82 % au second tour (elle était de 57,17 % au premier tour sur la France entière), l’autre constat qui saute aux yeux, si l’on veut s’essayer à un bilan objectif de ce scrutin, en principe le dernier au suffrage universel avant la présidentielle d’avril 2027, dans un peu plus d’un an, c’est la fragmentation du pays. De même que l’Assemblée nationale est morcelée en un nombre record de groupes politiques et qu’aucune formation, ni aucun bloc, ne dispose actuellement d’une majorité, même relative, on observe un paysage politique extrêmement fragmenté au niveau communal. Les divisions sur le plan national se retrouvent au niveau local et la fragmentation du pays témoigne de l’hétérogénéité ethnique, culturelle et spirituelle de notre pays autrefois beaucoup plus homogène. La première chose qui frappe l’observateur, et qui n’est toutefois pas une nouveauté, c’est la dichotomie de plus en plus nette, de plus en plus radicale, de plus en plus prononcée, entre les grandes métropoles et les petites communes et les villes moyennes. Ce n’est pas la même France. Ce ne sont pas les mêmes gens. Les grandes villes votent massivement à gauche, soit pour le Parti socialiste et ses alliés écologistes ou communistes, soit même pour la France insoumise lorsque le phénomène de Grand Remplacement a atteint des proportions considérables. Disons-le tout net, à vue humaine, il sera désormais impossible pour le centre droit, et a fortiori pour une droite plus affirmée, de conquérir ou de reconquérir de grandes métropoles comme Paris, Lyon et Marseille ou des villes de plus de cent mille habitants massivement peuplées d’allogènes comme à Saint-Denis ou à Roubaix qui, ce n’est pas un hasard, ont été remportées haut la main par des candidats mélenchonistes, la première ville, dès le premier tour, par Bally Bagayoko, d’origine malienne, avec 50,77 % des suffrages exprimés, la seconde, au deuxième tour, par David Guiraud qui obtient 53,19 %, près de trente points devant son principal concurrent, le maire sortant divers droite Alexandre Garcin.
DANS LES VILLES peuplées massivement d’immigrés extra-européens, de “Français” fraîchement naturalisés, de descendants de l’immigration, on observe un effacement, une disparition, totale ou quasiment totale, des droites et même du centre macroniste. Ne reste que les gauches, et particulièrement les plus radicales. La France insoumise qui a choisi dans ces communes de présenter comme chefs de file des candidats racisés l’emporte ainsi face à des maires sortants socialistes à Saint-Denis mais également à Vaulx-en-Velin et à Sarcelles et même face à des maires communistes à Vénissieux, un communiste stalinien de souche, et à La Courneuve. A Saint-Denis une liste plus à gauche encore que la France insoumise et que le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) de Poutou et Besancenot, Révolution permanente, de stricte obédience trotskiste, obtient plus de 7 % des voix et remporte deux sièges au conseil municipal. La droite, quelle que soit sa composante, n’existe plus et n’a même pas été capable de constituer, ne serait-ce qu’une seule liste, à Saint-Denis, à La Courneuve ou à Vaulx-en-Velin, des communes pourtant de plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Les Français de souche s’effacent dans ces villes, probablement pour toujours. L’ampleur de ce phénomène de Grand Remplacement est saisissante et angoissante. En l’espace de quelques décennies seulement, le visage de la France a changé substantiellement. Et si les choses continuent comme elles se déroulent actuellement, d’ici à peine une génération, soit d’ici vingt à trente ans tout au plus, ne nous leurrons pas, la France sera majoritairement afro-maghrébine, comme elle l’est déjà massivement en Seine-Saint-Denis et dans de grandes villes, voire des villes moyennes, de la région parisienne et lyonnaise.
La France insoumise qui appelle ouvertement de ses vœux l’avènement d’une nouvelle France, c’est-à-dire d’un pays majoritairement peuplé d’immigrés extra-européens, ce qu’elle ne disait pas aussi explicitement il y a encore quelques années — lors de sa première candidature présidentielle, en 2012, Jean-Luc Mélenchon souhaitait seulement incarner une gauche populiste —, a logiquement conquis une dizaine de municipalités dans des zones où le Grand Remplacement atteint des proportions inouïes et irréversibles à vue humaine : Saint-Denis, qui, selon le mot cruel de Mélenchon, est « la ville des rois morts et du peuple vivant », La Courneuve, Roubaix, Vaulx-en-Velin, là où les premières émeutes urbaines ont vu le jour en 1990 — si l’on excepte les Minguettes —, Creil, là où a commencé en 1989 la première polémique sur le port du foulard islamique à l’école, mais aussi Vénissieux, Saint-Fons dans le Rhône, Sarcelles dans le Val-d’Oise et Le Tampon à La Réunion.
LES GRANDES MÉTROPOLES restent de gauche. Le cas est particulièrement flagrant à Paris et à Marseille, les deux plus grandes villes de France, que le Parti socialiste réussit à conserver. Qui plus est haut la main. Malgré le maintien dans la capitale d’une liste de la France insoumise menée par Sophia Chikirou qui fut un moment, dit-on, la concubine de Jean-Luc Mélenchon, le socialiste Emmanuel Grégoire, qui a pourtant le charisme d’une huître, l’emporte au second tour avec plus de 50 % des suffrages exprimés et neuf points d’avance sur Rachida Dati qui, avec à peine 41 %, prend une claque monumentale. Malgré des consignes de vote explicites en sa faveur, de Gabriel Attal à Bruno Gollnisch, d’Emmanuel Macron à Eric Zemmour et Sarah Knafo, qui s’était désistée en sa faveur alors qu’elle eût pu maintenir sa liste au second tour, d’Edouard Philippe à Jordan Bardella en passant par Marine Le Pen, Rachida Dati est nettement battue. Cette élection municipale était probablement la dernière occasion pour le centre et pour la droite de reconquérir la capitale qui est à gauche depuis un quart de siècle. C’est fini désormais. D’autant que la gauche sait utiliser en sa faveur le puissant tissu associatif, les subventions, le logement social, le parc immobilier de la mairie de Paris, les agents municipaux et qu’elle est donc quasiment inexpugnable dans les grandes métropoles. Malgré le scandale abominable dans le périscolaire où des agents recrutés par la mairie de Paris ont violé en toute impunité et pendant des années des enfants de trois ans et de cinq ans — une affaire beaucoup moins médiatisée, et pour cause, que Bétharram ! —, le Parti socialiste et ses alliés écologistes et communistes conservent donc la première ville de France pour sept nouvelles années, les prochaines municipales ayant lieu normalement en mars 2033 et non au printemps 2032 à cause de la présidentielle qui devrait en principe se dérouler en avril 2032 si les échéances sont respectées.
Plus que la défaite de Rachida Dati, c’est son ampleur qui est frappante. Il faut dire que, malgré l’avalanche de soutiens qu’elle a reçue, elle n’a jamais connu la moindre dynamique dans cette campagne où elle échoue piteusement, comme déjà en 2020. Au premier tour elle était déjà arrivée treize points derrière Grégoire et au second elle est à nouveau nettement distancée. En fait, contrairement à ce qui se dit ici et là, Dati est une très mauvaise candidate, clivante, autoritaire, hautaine, capricieuse, imbue d’elle-même, antipathique, odieuse avec son entourage — beaucoup de ses conseillers ont démissionné quand elle était ministre tant elle leur rendait la vie impossible — et de surcroît impliquée dans des affaires politico-financières peu ragoutantes. De plus, elle ne travaille pas ses dossiers. C’était frappant lors du débat de second tour organisé par BFMTV où elle s’est montrée incapable de défendre des propositions claires, concrètes et chiffrées, où elle est restée dans le flou le plus artistique et où elle a cruellement manqué de précision, de compétence et de professionnalisme. C’est d’ailleurs le même reproche que l’on peut adresser au candidat centriste Jean-Michel Aulas à Lyon qui perd, certes d’une courte tête, une bataille qu’on disait presque gagnée d’avance face au maire sortant écologiste Grégory Doucet. Alors que l’ancien président de l’Olympique lyonnais bénéficiait d’une forte popularité et d’une grande notoriété dans la capitale des Gaules, que de surcroît la gestion écologiste, et très dogmatique, des grandes villes, était fort critiquée — les Verts perdent d’ailleurs la plupart de leurs municipalités conquises en 2020, de Strasbourg à Besançon, de Bordeaux à Poitiers en passant par Annecy et Bègles, ville que les écologistes détenaient depuis 1989 —, il s’est montré calamiteux dans le débat télévisé d’avant le premier tour, là encore sur BFMTV, et il était souvent vague, imprécis voire grognon dans les interviews radiophoniques et télévisées auxquelles il a consenti. Et pendant la campagne il faisait largement son âge (77 ans), se montrant fatigué, manquant d’entrain, d’allant et d’énergie. Qu’on le veuille ou non, la politique est un métier. Cela ne s’improvise pas, surtout à l’automne de sa vie. Ce n’est pas parce qu’on a été un homme d’affaires qui a eu d’incontestables réussites et qui a fait fortune que l’on est automatiquement un politique habile, efficace et talentueux. Ce ne sont pas les mêmes qualités qui sont requises. On évoque souvent l’avantage que représenteraient dans la vie politique des candidats issus de la société civile mais l’expérience tend à démontrer que bien souvent ils ne sont pas au niveau. C’est désolant pour Lyon car les Verts sont probablement un des partis les plus toxiques qui soient, notamment pour les automobilistes et plus généralement pour les libertés tant ils sont sectaires, wokistes et dogmatiques au point de refuser des sapins de Noël dans leur ville. C’est donc là aussi un véritable gâchis même si la Métropole de Lyon bascule à droite. Et ce dans les grandes largeurs. Ce qui rend la défaite d’Aulas à Lyon encore plus cruelle pour ses soutiens. La vérité oblige toutefois à ajouter que, sans l’alliance au second tour avec la France insoumise, Grégory Doucet aurait certainement été battu. C’est si vrai qu’à la Métropole de Lyon où il n’y a pas eu le même accord avec LFI, la droite LR l’a emporté. Nettement.
A MARSEILLE le maire divers gauche sortant, Benoît Payan, a gagné dans les grandes largeurs face au RN Franck Allisio. L’écart entre les deux hommes est en effet de 14 points le 22 mars au soir alors qu’il était seulement d’un point une semaine plus tôt. La plus forte participation enregistrée au second tour et le ralliement, semble-t-il massif, des électeurs de l’Insoumis Sébastien Delogu, qui s’était retiré de la compétition pour que la cité phocéenne n’élût pas un “fasciste” (sic !) après avoir obtenu près de 12 % au premier tour, ont été manifestement fatals au candidat du Rassemblement national qui plafonne à 40 %. Un score certes très important mais qui ne suffit pas à décrocher la timbale. Preuve que dans les grandes villes, contrairement aux municipalités de petite taille ou d’importance moyenne où le RN a obtenu dimanche plusieurs dizaines de victoires, le parti de Jordan Bardella et de Marine Le Pen pâtit toujours du phénomène dit du plafond de verre. C’est vrai à Marseille mais cela se vérifie aussi à Nîmes et à Toulon, deux villes où il était pourtant idéalement placé pour l’emporter à l’issue du premier tour où il était arrivé largement en tête. Le cas de la préfecture du Var est particulièrement significatif. La candidate du RN, Laure Lavalette, avait en effet dépassé le 15 mars les 42 %. Eh bien malgré ce score tout à fait impressionnant, elle échoue à conquérir la mairie, étant distancée le 22 mars de près de cinq points par l’édile sortant, la divers droite Josée Massi qui avait certes bénéficié du retrait et du désistement en sa faveur du candidat LR dont les électeurs se sont visiblement massivement reportés sur le maire sortant et non pas sur Laure Lavalette, ce qui est là encore un enseignement non dénué d’importance et lourd de conséquences. L’union des droites est loin de se faire dans les urnes.
Cette défaite n’est nullement anecdotique. Elle démontre que, malgré son implantation de plus en plus forte dans la France profonde et particulièrement dans des villes moyennes, les grandes métropoles, c’est-à-dire les villes de plus de cent mille habitants, restent, pour la quasi-totalité d’entre elles, à l’exception de Perpignan et de Nice, inaccessibles à une victoire du Rassemblement national, surtout dans le cadre d’un duel de second tour. Il est d’ailleurs frappant de constater que les victoires du RN dimanche dernier ont quasiment toutes été obtenues dans le cadre de triangulaires ou de quadrangulaires mais quasiment jamais dans le cadre de duels où il faut nécessairement atteindre et dépasser les 50 % des suffrages exprimés. Or, une victoire à la présidentielle nécessite obligatoirement de remporter un duel en finale. Et forcément la question vient immédiatement à l’esprit : comment croire que l’an prochain le candidat du Rassemblement national, qu’il se prénomme Jordan ou Marine, puisse l’emporter au second tour dans la France entière, alors que le mouvement est incapable de décrocher une ville comme Toulon où il a obtenu plus de 42 % au premier tour ou comme Marseille où il a réalisé plus de 35 % le 15 mars au soir ? Comment obtenir plus de 50 % des suffrages exprimés dans tout le pays au second tour de la présidentielle du printemps 2027 si cet objectif n’est pas atteignable dans des villes et des configurations aussi favorables qu’à Toulon, à Nîmes et à Marseille ? Poser la question, n’est-ce pas déjà y répondre ? De plus, comment franchir la barre des 50 % dans la France entière vu l’extrême modestie des résultats du RN dans la quasi-totalité des grandes villes, de Paris à Lyon, de Nantes à Rennes, de Bordeaux à Strasbourg ? Le RN n’aura ainsi aucun conseiller municipal pendant les sept années à venir à Paris, à Lyon, à Toulouse, à Bordeaux, à Strasbourg, à Nantes, à Rennes, à Montpellier, à Grenoble, à Besançon, en Avignon. Ce n’est pas rien. Et, à notre avis, ce phénomène ne peut que s’aggraver au fil des années et des décennies compte tenu de l’évolution sociologique des grandes villes composées d’un très grand nombre d’immigrés naturalisés et de catégories socio-professionnelles privilégiées et volontiers cosmopolites, les uns et les autres massivement rétifs au RN.
EN REVANCHE, le Rassemblement national peut se féliciter de la victoire à Nice de son allié Eric Ciotti qui a battu très largement dimanche soir Christian Estrosi, maire depuis dix-huit ans, comme ce dernier avait étrillé en 2008 l’ancien frontiste Jacques Peyrat, après deux mandats successifs (1995-2008) à la tête de la capitale de la Côte d’Azur. Cette cruelle défaite du septuagénaire Estrosi qui, une fois les résultats connus, a déclaré qu’il se retirait de la vie politique, s’explique par l’usure du maire sortant au bout de trois mandats consécutifs, par son constant recentrage ces dernières années (il avait soutenu Macron dans une ville politiquement et sociologiquement très à droite depuis Jacques Médecin et appelé vainement à l’issue du premier tour à un vaste front républicain incluant toute la gauche face à son adversaire) et par son comportement moralement très contestable (que l’on pense entre autres à l’affaire sordide de la tête de cochon où son entourage est, semble-t-il, directement impliqué). Toutefois, la victoire de Ciotti ne peut pas s’analyser complètement comme un triomphe incontestable du Rassemblement national car le nouveau maire de Nice fut longtemps un très proche d’Estrosi, son assistant parlementaire, son adjoint, son conseiller, membre du même parti (le RPR, puis l’UMP, puis LR), ancien président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, député de la ville et qu’il ne s’est rapproché du RN, pour des raisons purement électoralistes — pour sauver son siège de député menacé à Nice ! — qu’en juin 2024 au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Macron. D’ailleurs sur sa liste on ne compte que huit membres du RN sur 71 candidats et aucun du FN canal historique. On ne saurait donc transposer le cas de Nice à la France entière. D’ailleurs, le FN a déjà eu à Nice un maire assez proche de lui politiquement avec Jacques Peyrat qui fut longtemps membre du Front national et qu’il n’avait quitté fin 1994 que pour gagner quelques mois plus tard la marie de Nice, en juin 1995, l’étiquette FN lui aliénant l’influente communauté juive de la ville.
Toutefois, il est incontestable que le Rassemblement national a fortement progressé dans les municipalités de taille moyenne. Avec ses alliés ciottistes, le RN dispose, à l’issue de ce scrutin, de 62 mairies (24 gagnées ou conservées dès le premier tour, 38 conquises ou maintenues dans son giron au second tour) contre 17 en 2020, soit un gain non négligeable de 45 municipalités. S’il ne gagne pas Toulon, le RN l’emporte dans le Var à la Seyne-sur-Mer, à Six-Fours-les-Plages, à La Valette-du-Var, à Salernes, à Signes et conserve Fréjus (dès le premier tour avec David Rachline). Dans les Alpes-Maritimes, en sus de Nice et de Cagnes-sur-Mer (dès le premier tour), il conquiert Menton et Peymeinade. Dans le Vaucluse, il conserve Le Pontet, Camaret-sur-Aigues et conquiert Carpentras — tout un symbole vu le montage de mai 1990 dans le cimetière israélite de cette ville —, Monteux, Morières-lès-Avignon, Aubignan, Bédarrides et surtout Orange, qu’il reprend à Jacques Bompard qui est battu au second tour, de 358 voix (32,47 % contre 35,76 % au RN), ce qui marque probablement la fin définitive de la dynastie Bompard, son épouse Marie-Claude ayant échoué à redevenir maire de Bollène et leur fils Yann, ex-maire d’Orange, étant inéligible pour cinq ans (2026-2031) — comme naguère son père (2021-2026) ! — pour une semblable affaire politico-financière. Le RN conserve Beaucaire dans le Gard et gagne à Vauvert et à Bagnols-sur-Cèze, la ville natale de notre “patron”, Antoine de Rivarol (1753-1801). Dans les Bouches-du-Rhône, si le RN échoue à Marseille, à Vitrolles et à Marignane, deux communes qu’il détenait naguère, il gagne à Rognac, à Tarascon et à Salernes. Dans l’Hérault le RN l’emporte à Agde, dans les Pyrénées-Orientales à Perpignan, à Rivesaltes et à Canohès, dans le Loiret à Montargis et à Amilly. Il conquiert Castres, la capitale du Tarn, Montauban et Moissac dans le Tarn-et-Garonne, Vierzon dans le Cher, La Flèche dans la Sarthe, Saint-Savin en Gironde, Carcassonne dans l’Aude, Wittelsheim dans le Haut-Rhin, Saint-Avold et Amnéville en Moselle (où il conserve Hayange), Val de Briey en Meurthe-et-Moselle, fait quasiment le carton plein dans le bassin minier du Pas-de-Calais avec des victoires à Hénin-Beaumont et à Bruay-la-Buissière (dès le premier tour, mairies où il était sortant), à Liévin, à Lillers, à Oignies, à Courcelles-lès-Lens, à Houdain, à Grenay, à Loison-sous-Lens, à Marles-les-Mines, à Hames-Boucres, à Billy-Montigny, à Pont-à-Vendin, même s’il échoue (de justesse) à Douai et (nettement) à Lens. Le RN perd en revanche Villers-Cotterêts dans l’Aisne et ne parvient pas à reconquérir dans les Yvelines Mantes-la-Ville perdue en 2020.
Pour le RN les résultats sont donc dans l’ensemble plutôt contrastés : ils sont certes en nette progression dans beaucoup de villes moyennes, dans ses zones de force, mais aussi dans des régions où il est traditionnellement moins bien implanté comme par exemple dans le Loiret ou dans la Sarthe, preuve de sa pénétration grandissante dans la France profonde, mais en revanche on ne saurait parler d’une vague, encore moins d’un raz de marée, du fait de sa stagnation, voire souvent de son recul, dans quasiment toutes les villes de plus de 200 000 habitants et de son échec à conquérir Toulon, Marseille voire Nîmes qui faisaient pourtant partie de ses objectifs clairement affichés. De sorte que, si on ne peut pas dire que la formation de Jordan Bardella sorte affaiblie de ce scrutin où elle a gagné plusieurs dizaines de mairies supplémentaires, fait élire plus de 3000 conseillers municipaux, ce qui devrait lui permettre d’obtenir un contingent non négligeable de sénateurs cet automne, il serait à l’inverse téméraire d’affirmer qu’une autoroute lui est désormais ouverte pour la présidentielle de l’an prochain. Bien au contraire, le mouvement se heurte toujours au fameux plafond de verre dans les grandes villes, même celles du pourtour méditerranéen, à l’exception de Perpignan et de Nice, les deux seules communes de plus de 100 000 habitants que le RN et ses alliés ont dans leur escarcelle (comme d’ailleurs la France insoumise à l’autre extrémité de l’échiquier politique, avec Saint-Denis dans le 9-3 — 150 000 habitants — et Roubaix dans le Nord — 100 000 habitants).
CE SCRUTIN apporte davantage de confusion que de clarification. Les alliances entre le PS (ou les Verts) et LFI ont fait chou blanc à Toulouse, à Limoges, à Brest, à Tulle, fief de François Hollande, à Clermont-Ferrand — qui passe à droite après avoir été à gauche depuis plus d’un siècle sans discontinuité —, à Besançon, à Poitiers, en Avignon mais en revanche elles ont été gagnantes (et même décisives) à Lyon, à Nantes, à Tours, à Grenoble, à Bagnolet. Si bien qu’il est difficile d’en tirer des leçons définitives. D’autant que là où le PS a refusé l’alliance avec LFI, c’est qu’il n’en avait pas besoin pour gagner comme à Rennes, à Montpellier, à Rouen voire à Paris et à Marseille. La gauche risque de se diviser davantage encore après ce scrutin municipal entre les partisans d’un cordon sanitaire avec LFI comme les communautaires Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj — c’est au fond la fameuse opposition entre la gauche sioniste et antisioniste, réactivée depuis le 7 octobre 2023 — et ceux favorables à une union de la gauche sans exclusive. Un rassemblement de la gauche rose-rouge-verte qu’avait réussi à mettre en place en son temps Lionel Jospin (1937-2026) lorsqu’il était à Matignon (1997-2002) puisque, dans son gouvernement, il y avait des socialistes, des écologistes, des communistes, des radicaux de gauche et… Jean-Luc Mélenchon — et dont nous avons appris ce lundi 23 mars la mort à l’âge de 88 ans (nous reviendrons sur cette disparition dans notre prochaine édition).
Il n’est pas que la gauche à être morcelée, atomisée. Le centre et la droite vont également être en proie à des divisions, peut-être fratricides, dans les semaines et les mois qui viennent. Edouard Philippe, en l’emportant nettement sur son adversaire communiste et donc en conservant une nouvelle fois la mairie du Havre, est plus que jamais candidat à la présidentielle et occupe une place prépondérante dans le dispositif du bloc central pour 2027 alors que son mouvement Horizons détient désormais 150 mairies et Renaissance d’Attal environ 200 dont Bordeaux et Annecy mais aussi Nevers, Bayonne, Rodez et Auxerre. Les très ambitieux Gabriel Attal et Gérald Darmanin n’ont évidemment aucune envie de faire la courte échelle à Philippe. En revanche, le président du Modem est probablement mort politiquement, en perdant dimanche la mairie de Pau. Comme Christian Estrosi, le septuagénaire François Bayrou est manifestement victime de l’usure du pouvoir et aussi sans doute, dans le cas du Béarnais, de son court passage peu glorieux à Matignon et des attaques violentes qu’il a subies — pas toujours honnêtes cependant — dans l’affaire Bétharram. C’est là aussi incontestablement une page qui se tourne.
La situation n’est pas plus claire chez les Républicains que dans le bloc central. Le président de LR, Bruno Retailleau, qui s’est félicité le 22 mars au soir de ce que la droite ait bien résisté dans les villes moyennes, contrairement aux grandes métropoles — excepté Toulouse où Jean-Luc Moudenc a été réélu —, et ait même conquis face à la gauche des villes comme Brest, Tulle, Besançon ou Clermont-Ferrand, a confirmé que, quoi qu’il advienne, il était candidat à l’élection reine de la Ve République. Mais son concurrent et rival Laurent Wauquiez ne l’entend pas de cette oreille et a appelé dimanche soir à l’organisation d’une grande primaire de la droite et du centre allant de Gérald Darmanin à Sarah Knafo mais sans le Rassemblement national qu’il estime ne pas être de droite. Le maire de Cannes, David Lisnard, brillamment réélu à plus de 80 % dès le premier tour, et qui ne cache pas ses ambitions présidentielles, campe sur les mêmes positions que le président du groupe LR au Palais-Bourbon. Mais les deux hommes pourront-ils imposer à Bruno Retailleau et à Edouard Philippe de passer par la case “primaires” ? Lesquelles ont pris un sérieux coup dans l’aile depuis le naufrage qui a eu lieu en 2017 à droite avec François Fillon et à gauche avec Benoît Hamon.
IL Y A toutefois un point qui réunit toutes ces personnalités de la droite et du centre, c’est leur refus explicite de toute alliance, de tout désistement, de tout rapprochement avec le Rassemblement national. De fait, lors de ces municipales, aucun accord n’a été conclu entre LR et le RN. Les deux seules exceptions sont Reims où un dissident LR a fait alliance avec le RN, mais ce fut un échec, et Brie-Comte-Robert où, là aussi, l’alliance improvisée LR-RN a échoué et où de plus le candidat LR a été exclu du mouvement du fait de son accord avec le mouvement de Jordan Bardella. On parlait pendant toute la campagne de la mise en place d’un cordon sanitaire autour de LFI. Mais finalement, sur le plan électoral, ce cordon, c’est toujours autour du RN qu’il s’établit. Sur ce point rien n’a vraiment changé. On a ainsi vu qu’à Marseille la candidate LR, Martine Vassal, s’est maintenue au second tour, ce qui sur le plan arithmétique ôtait toute chance au RN Franck Allisio de conquérir la cité phocéenne, même si le score du maire sortant est tellement élevé que le désistement de la candidate LR n’aurait de toute façon pas suffi. Contrairement sans doute à ce qui se serait produit à Nîmes et dans bien d’autres villes en cas d’accord entre LR et le RN.
C’est dire que, malgré sa stratégie de normalisation et ses abandons des fondamentaux de la droite nationale historique, le RN n’est toujours pas pleinement intégré à « l’arc républicain ». Malgré tous ses efforts dans ce sens. Cet isolement rend donc plus qu’improbable sa victoire l’année prochaine. Sauf sans doute s’il se retrouvait au second tour face à Jean-Luc Mélenchon. Mais ce scénario n’est pas en l’état le plus plausible. Tout laisse à penser actuellement que c’est un candidat de centre droit ou du bloc central qui l’emportera l’année prochaine, Edouard Philippe étant actuellement le mieux placé. Mais en un an il peut se passer beaucoup de choses. Si la guerre avec l’Iran continue et s’aggrave, les conséquences sur le plan économique et financier, tant pour les particuliers que pour les entreprises, pourraient être considérables et les cartes pour 2027 être alors rebattues. Mais quel que soit le prétendant à la magistrature suprême qui sera élu dans un an, et qui, de toute façon, par le filtre des cinq cents signatures, sera forcément un politicien issu du Système, ou validé, agréé par lui, que ce soit un représentant de la gauche halal ou de la droite casher, qui peut sérieusement croire qu’il soit à même de redresser si peu que ce soit une situation humainement désespérée dans à peu près tous les domaines ? […]
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Source : Éditorial de Rivarol






























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