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Gentil djihadiste et vilains révisos

Un jeune Vaudois de trente ans, fraîchement converti à l’islam, s’en va rejoindre l’État islamique en Syrie. Trois mois plus tard, l’aventure ne lui ayant probablement pas apporté ce qu’il en attendait, le combattant en herbe rentre au pays, après avoir été emprisonné par ses camarades de l’ÉI pour trahison ­ c’est ce qu’il raconte, mais, compte tenu des méthodes radicales de l’État islamique, on me permettra de douter de cette version des faits.

Quoi qu’il en soit, le pseudo-djihadiste ayant violé l’article 260 du Code pénal suisse, qui réprime la participation à une organisation criminelle, ainsi que le Code pénal militaire, qui interdit le service militaire dans une autre force armée, il a été condamné par ordonnance pénale.

Voilà un jeune homme qui a commis deux fautes graves et qui, avant de se repentir d’un choix impliquant un entraînement au combat probablement trop pénible pour un jeune converti à peine sorti de ses pantoufles, envisageait avec enthousiasme d’aller tuer des inconnus en Syrie pour la plus grande gloire d’Allah ! On aurait pu s’attendre à une sanction sévère, d’autant que ce cas de retour du djihad, qui est le premier à occuper la justice de notre pays, risque de faire jurisprudence.

Eh bien ! pas du tout. L’apprenti djihadiste s’en tire avec six cents heures de travaux d’intérêt général… avec sursis ! On ne le retrouvera donc même pas derrière les fauteuils roulants de vieillards dégoulinants de reconnaissance, extasiés devant ce jeune homme si gentil et si poli, ni occupé à quelque autre tâche gratifiante.

Il n’y a pas loin de l’article 260 à l’article 261 bis du Code pénal. Et pourtant, il y a tout l’espace qui sépare un assassin en puissance de chercheurs qui mettent en doute ou contestent vous-savez-quoi. Ces derniers, qu’ils s’appellent Amaudruz, Berclaz ou Graf, ont droit à des mois de prison ferme, alors qu’ils n’ont jamais touché ni envisagé de toucher à un seul cheveu de qui que ce soit. Mais, évidemment, et contrairement à l’ex-futur combattant de l’ÉI, ils ne collaborent pas avec les autorités et n’affirment pas qu’ils ont coupé tout contact avec leurs amis.

Puisque nous en sommes au chapitre des prisonniers d’opinion, je rappelle qu’il y a en Allemagne et en Autriche des révisionnistes qui croupissent en prison depuis des années: Horst Mahler, Axel Möller, Gerd Ittner ­ qui aurait dû être libéré le 15 octobre, mais que les Allemands gardent au chaud en vue d’un futur procès, sans jugement donc ­ et Wolfgang Fröhlich.

Décidément, notre société est complètement folle.

Mariette Paschoud

(Cet article a été publié dans le périodique vaudois Le Pamphlet (Case postale 998, CH-1001 Lausanne), n° 440 de décembre 2014, page 3.)

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Marie Mansard

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