Il ne faut pas s’y tromper, si l’Iran est attaqué aujourd’hui, ce n’est pas à cause de son « régime des Mollahs ». N’importe quel régime d’une puissance musulmane et / ou arabe serait attaqué de la même façon s’il avait l’ambition d’être fort et affranchi de la tutelle judéo-américaine.
Aujourd’hui, notre classe médiatique se rue contre la République islamique des Ayatollahs et espère de tout cœur favoriser le retour de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi.
Mais en 1979, c’est exactement l’inverse, Christine Ockrent, petite-fille d’Efroïne Moucum Ockrent et compagne de Bernard Kouchner, s’acharne, avec la bénédiction des Mollahs, contre un homme à terre, Amir Abbas Hoveida, l’homme qui aura été le Premier ministre du dernier Shah du 26 janvier 1965 au 7 août 1977 (il est ensuite ministre de la Cour jusqu’au 9 septembre 1978 (Vendredi Noir).
En résumé, Christine Ockrent, qui aujourd’hui, dans son émission Affaires étrangères, appelle au retour du fils du Shah, en 1979, se réjouissait du départ de son père et poursuivait jusque dans sa cellule de condamné à mort, son Premier ministre, Hoveyda, dans une interview entièrement à charge qui avait fait scandale à l’époque.
Interview d’Amir Abbas Hoveyda en prison réalisée le 29 mars, diffusée sur Soir 3 à 19H10, le 5 avril 1979 ; le 7 avril 1979, Hoveyda est exécuté d’une balle dans la nuque.
1 – L’affaire Amir Abbas Hoveyda / Christine Ockrent
Il est l’incarnation du règne du Shah à son apogée, durant une longue période de prospérité qui pourrait se comparer à nos Trente Glorieuses. Persuadé qu’il n’a rien à se reprocher, il ne songe pas à suivre le Shah dans sa fuite, le 14 janvier 1979, ni celle de Shapour Bakhtiar suite à la prise de pouvoir des partisans de Khomeiny, le 11 février. Il est rapidement incarcéré dans la prison de Qasr, dans la banlieue nord de Téhéran.
Là, au fond de sa cellule, le 29 mars 1979, il va tomber dans les griffes d’une jeune et ambitieuse journaliste en mal d’un scoop mondial : Christine Ockrent. Cette dernière travaille alors pour FR3 et pose des questions directes sur la torture et les méthodes de la police politique du Shah, des questions tout à fait dans la ligne d’un des dix-sept chefs d’inculpations : « Participation à terroriser et à effrayer les gens qui cherchent la justice, y compris en leur infliger mort et blessures, et limiter leur liberté en censurant et fermant les journaux et en censurant les livres. »
Le ton est également celui d’un procureur, elle ironise cruellement sur la réponse d’Hoveyda qui prétend, pour sa défense, qu’il existait des domaines réservés auxquels lui, Premier ministre, n’avait pas accès, dont l’activité de la SAVAK – qui était pourtant dénoncée par Amnesty International.
Pour ainsi dire, l’ayatollah Sadeq Khalkhali, le juge qui menait le procès à huis clos, n’avait plus grand-chose à faire, si ce n’est de prononcer la sentence de mort avec effet immédiat : Hoveyda est abattu sur le champ d’une balle dans la nuque, le 7 avril.
2 – Christine Ockrent, « Assistante de Bourreau » ?
L’interview passe très mal dans nombre de rédactions françaises et fait scandale.
Déjà, il existe une sorte de règle déontologique du journalisme selon laquelle on ne saurait interroger un homme privé de liberté, une règle qui serait née suite à des interviews de prisonniers durant la guerre du Vietnam.
Mais c’est surtout la chronologie resserrée de l’épisode qui choque : interview le 29 mars, exécution de l’intéressé le 7 avril.
De là à faire de Christine Ockrent la complice des bourreaux, il n’y a qu’un pas que Max Clos franchit en première page du Figaro, le 7 avril, sous le titre « L’assistante du bourreau » – sans doute un jeu de mots avec la fonction d’assistante de bureau…
L’article du Figaro n’est pas disponible sur le net, probablement parce que le journal avait perdu son procès contre Christine Ockrent, défendue par Maître Georges Kiejman (fils d’Alter Kiejzman, artisan tailleur, et de Brandla Czarnecka, tous deux Juifs venus de Pologne), sur les conseils de Françoise Giroud (qui s’appelle dans l’enfance Léa France Gourdji, est issue d’une famille juive séfarade).
Mais on trouvera un compte rendu de ce procès qui avait lieu le 13 juin 1979 dans un article fort intéressant du Monde du 15 juin de la même année :
Comme la reproduction totale ou partielle d’un article, sans l’autorisation écrite et préalable du Monde, est strictement interdite, nous y renvoyons nos lecteurs.
3 – La Déroutante Mémoire Olfactive de Christine Ockrent
De cette chronologie des événements, même Christine Ockrent en garde un souvenir cuisant.
Dans un entretien très récent de la série des Entretiens patrimoniaux de l’INA (on n’a pas la date exacte, mais la biographie de l’article cite le dernier ouvrage de la journaliste : Le Trump de A à Z (2025), Mathieu Deslandes demande à Christine :
« Vous souvenez-vous de l’odeur de la prison d’Erevan ? », – bien entendu, le journaliste évoque plutôt le parfum de scandale qui avait entouré l’interview à l’époque.
Elle répond qu’elle s’en souvient, mais cette mémoire olfactive ne semble pas très précise dans les détails, elle indique :
« Le régime des mollahs n’est pas encore stabilisé. Il y a un président qui s’appelle Bani Sadr, qui est un laïc, enfin qui est un séculier, et qui tente… D’après ce que l’on comprend, on arrive donc pour faire un reportage sur la révolution en marche. Nous sommes quatre.Je suis avec un autre journaliste qui a de bons contacts dans la… cette bande d’Iraniens qui avaient vécu en France (anti-régime) et qui obtient donc l’accès à Bani Sadr et on demande l’accès à Amir Abbas Hoveida […] Bref, donc nous obtenons, de la part de Bani Sadr, président de la République, l’accès à Hoveida en prison. »
Or, Abolhassan Bani Sadr est président de février 1980 à juin 1981; comment peut-elle demander une autorisation en mars 1979 à un président de 1980 à 1981 ? Aurait-elle honte d’avouer qu’elle a obtenu d’un ayatollah l’autorisation d’interroger un quasi condamné à mort dans sa cellule ?
Elle poursuit : « Et là, donc je vois cet homme amaigri. Et avec de l’espoir dans les yeux, parce que parler en français à une chaîne française, avec tous ses amis tellement influents… »
Ah bon, pourtant, l’iranien Cyrus Kadivar fera de cette rencontre une narration infiniment plus pathétique. Avançant à travers les sombres couloirs de la prison «Al Qasr», Christine Ockrent s’est dirigée vers la cellule d’Amir Abbas Hoveyda.
« L’homme, qui faisait campagne en Iran, une orchidée à la boutonnière, avait perdu de sa superbe. A la vue de la journaliste avançant vers lui, Hoveyda s’est recroquevillé sur lui-même, tapi au fond de sa cellule, en socquette blanche. Dans le film projeté deux semaines plus tard en France, Amir Abbas Hoveyda paraissait effrayé et triste, les larmes aux yeux. »
Mais pour Christine, c’est la course au scoop qui compte :
« Donc je me précipite, je prends l’avion, j’arrive. Il n’y avait pas de téléphone portable. Il y avait des cabines téléphoniques. J’arrive, précipite dans une cabine téléphonique. J’appelle le patron de l’information de la 3 à l’époque. J ‘ai dit : « Voilà, on a un scoop. Il faut passer ça à l’antenne tout de suite. » « Ah bon ? Ah bon ? » Je rentre, je développe le document… Je ne fais pas de montage. Le document, je veux en tout cas le soumettre aux autorités de la chaîne. Et il ne se passe rien. Il ne se passe rien. »
Mathieu Deslandes demande pourquoi et Christine de répondre :
« J’ai toujours pas eu l’explication. Et donc, to make a long story short… enfin, donc il se passe trois semaines entre le moment où cet entretien est tourné et le moment où il est diffusé. Et où il est diffusé sans être monté. Pendant trois semaines, la révolution se précipite, se radicalise. Bani Sadr est dégommé. Les mollahs prennent vraiment le pouvoir. Et le malheureux Hoveida est exécuté. Et là, le reportage est diffusé un vendredi soir. Et donc j’ai droit, moi qui étais franchement, totalement, comment dire, un nom totalement insignifiant dans la galaxie médiatique à la française. Donc j’ai droit à la une du Figaro, à l’accusation. Voilà, c’est à cause d’elle que l’exécution a eu lieu. Une espèce d’amalgame. »
Non, entre l’interview du 29 mars (comme le rappelle l’article du Monde) et l’exécution du 7 avril, il ne peut pas s’être écoulé 3 semaines, un tout petit plus d’une semaine à la rigueur.
Et ce n’est pas tout, comment Bani Sadr peut-il avoir été dégommé en avril 1979 alors qu’il est élu président le 25 janvier 1980 ?
Christine se plaint de la galaxie médiatique à la française, mais elle-même reconnaît avoir eu recours à la galaxie juive française (Françoise Giroud, Georges Kiejman) :
« Et donc, c’est véritablement Françoise Giroud, qui était à l’époque secrétaire d’État à la condition féminine, qui m’a non seulement reçue, mais conseillée. J’ai pu m’exprimer, j’ai pu demander à l’époque à Georges Kiejman et à d’autres de prendre ma défense, de poursuivre en justice pour diffamation, enfin bref, ça a été un maelstrom, et qui reste très douloureux, d’abord parce que j’ai l’image de cet homme gravée, bien évidemment, et parce que c’était, pour moi, le choc culturel par rapport aux mœurs françaises que j’ai découvertes. Donc, cette espèce de mélange de lâcheté, de complicité, de cette façon de se débarrasser d’une culpabilité de groupe, de tous ces gens tellement importants, tellement frères, dans tous les sens du terme, d’Hoveida, et qui, franchement, étaient ravis de recevoir leur kilo de caviar à l’époque, et qui, s’agissant de lui, faisaient certainement de leur mieux pour le sortir de là, mais ça n’avait pas marché. »
Elle prétend donner une leçon de journalisme à l’américaine :
« Le mode d’emploi, on l’acquiert enfin j’veux dire… on l’acquiert mais c’était une leçon de choses. Et puis, l’autre leçon, c’est qu’évidemment, moi, ce que j’avais appris professionnellement, c’est que si on n’a pas les réponses à la question que l’on pose, on repose la question. Bon, j’ai compris qu’ici, ça ne se fait pas. Et surtout à l’époque. Il faut quand même remettre ça dans le contexte. On est… Enfin, il y a longtemps. Il y a longtemps et donc on était quand même dans une tradition où certains grands noms du journalisme de l’époque et surtout à la télévision s’excusaient verbalement d’oser poser la question à laquelle peut-être l’interlocuteur aurait l’amabilité de répondre. Vous essayez de traduire ça en anglais, vous oubliez. Donc oui, ça a été une leçon d’abord humaine, bien évidemment, mais professionnelle et culturelle. Oui, ici et surtout à l’époque, c’était pas du tout poli de reposer la question si on ne vous avait pas répondu. »
Nous renvoyons le lecteur à cette interview du Shah par Mike Wallace en 1976, qui montre de quel ton de componction, même un journaliste américain, fait usage quand il s’adresse au Shah : The Shah of Iran and SAVAK (1976) | 60 Minutes Archive – YouTube (vidéo que nous avions déjà citée).
Et de toute façon, Mike Wallace s’est adressé au Shah au faîte de sa puissance, il ne s’est pas abaissé à s’adresser à un Premier ministre déchu au fond de sa cellule, quelques jours avant sa mort…
Tout ça pour éreinter, près de cinquante plus tard, ce « régime des Mollahs », qui lui avait donné l’autorisation d’interviewer Hoveida sur la police du Shah – dont elle évoque maintenant, comme une lueur d’espoir au bout du tunnel sanglant de la répression, le retour du fils, Reza Pahlavi ; on peut apprécier sa prestation, toujours tout en nuances, dans son émission « Affaires étrangères », sur France Culture, le 17 janvier 2026 : Iran : l’engrenage sanglant | France Culture.
Pas question dans cette émission de faire la différence entre les victimes de la répression et les victimes de l’insurrection, ni de préciser que l’insurrection en question était pilotée, organisée et armée depuis l’extérieur par des puissances étrangères, celles-là mêmes qui font la guerre à l’Iran maintenant – parce que leur insurrection contre un régime soi-disant illégitime et « à bout de souffle », a échoué.
L’avenir dira si ce n’est pas plutôt l’Amérique et Israël qui sont à bout de souffle.
Chère Christine, croyez bien que nous sommes convaincus : Israël se bat pour le bien de l’Iran et des Iraniens !
Sources :
- Christine Ockrent, le passe-droit permanent – En point de mire
- L’épilogue judiciaire d’un entretien télévisé avec l’ancien premier ministre iranien La journaliste et les bourreaux d’Hoveyda
- Interview d’ Amir Abbas Hoveyda en prison | INA
- Christine Ockrent – Transcription | Entretiens patrimoniaux | INA



























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