Mercosur
Le Mercosur est un projet d’accord de libre-échange en négociation depuis l’an 2000. Suite à un accord de principe trouvé le 28 juin 2019, les textes définitifs sont en passe d’être signés et ratifiés pour entrer en vigueur dans l’Union européenne. Le contenu de l’accord contient pêle-mêle :
- une baisse de près de 90 % des droits de douane entre les deux blocs de manière progressive sur 10 ans (15 ans pour l’automobile, l’industrie chimique, le textile, l’industrie pharmaceutique) ;
- des baisses de droits de douane du même ordre concernant les alcools, l’épicerie sucrée, les produits de la pêche ou encore certains fruits et l’huile d’olive ;
- des quotas d’importation sans droits de douane pour les produits laitiers, le sucre, la volaille, la viande de porc, l’éthanol, le riz, le miel ;
- des quotas d’importations à droits de douane réduits sur le bœuf, le fromage, le lait en poudre et le lait pour bébé.
L’accord inclut la reconnaissance par les pays du Mercosur de 357 produits ayant une indication géographique protégée. Il inclut également un chapitre sur l’environnement, le développement durable, la gestion des forêts et les droits des travailleurs. Enfin il inclut l’accès des entreprises des deux blocs aux marchés publics.
La Commission européenne, aiguillonnée par les lobbies des des supermarchés est une fervente partisane de l’adoption la plus rapide d’un accord. EuroCommerce dont la Fédération du commerce et de la distribution française est membre, fait partie des 78 fédérations professionnelles signataires d’un appel à « accélérer la conclusion des négociations de l’accord de libre-échange UE-Mercosur ».
En 2024, le Mouvement des entreprises de France réaffirme être en faveur de l’accord de libre-échange avec le Mercosur. En 2025, le « Front économique » (lobby alliant patronat français et des économistes) préconise dans un rapport une série de mesures chocs pro-entreprises pour relancer la croissance, et d’instaurer une nouvelle union de libre-échange avec le Mercosur. La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) et certains acteurs du secteur laitier soutiennent l’accord.
L’Allemagne (qui fait la pluie et le beau temps dans les institutions de l’UE) est intéressée pour ses exportations commerciales support de son industrie en particulier pour le marché automobile et des machines-outils pour palier en partie l’affaiblissement de ses exportations vers la Chine, son premier client actuellement.
En novembre 2024, l’Assemblée nationale française avait débattu du traité, s’y opposant en l’état, le Mercosur ne garantissant pas des « conditions de concurrence loyales pour nos agriculteurs ». Le Sénat avait adopté la même position.
Mais en novembre 2025, Emmanuel Macron variant de position, se déclare « plutôt positif » sur l’accord. Il provoque alors la colère de la FNSEA et des fédérations agricoles régionales, qui soulignent la distorsion de concurrence que cela implique et en rappelant « les mesures toujours plus strictes » en termes de traçabilité, de bien-être animal, d’interdiction de molécules, de réduction des produits phytosanitaires subies par les agriculteurs européens pendant que les produits du Mercosur, sans respecter ces réglementations, cassent les prix et fragilisent notre souveraineté alimentaire.
En France, les organisations agricoles et les syndicats d’agriculteurs-éleveurs affichent plutôt une position d’opposition aux volumes de quotas libres de droits de douane pour certains produits et dénoncent les conditions d’élevage en Amérique du Sud, l’utilisation de fourrages OGM, l’impact sur la production européenne et française…
Dermatose nodulaire
Dans ce contexte, l’irruption de la dermatose nodulaire bovine dans des élevages français a fait monter en flèche les tensions. Le virus se diffuse dans le sang des animaux et provoque de fortes fièvres et des nodules douloureux pour les animaux mais sa mortalité est faible, de 1 à 5 % environ des animaux infectés. Cependant le problème principal tient à sa contagiosité d’un troupeau à un autre par les insectes piqueurs.
Pour contrôler la propagation de la maladie, les autorités se sont à la fois appuyées sur une politique d’abattage systématique (environ 1 000 bovins), de vaccination (environ 300 000 doses) et de restriction de mouvements de bovins au sein de zones réglementées, en considération de ce que la dermatose nodulaire a peu de conséquences pour les petits élevages, mais qu’elle peut causer des ravages dans les élevages industriels.
Une zone est considérée comme vaccinée, selon la réglementation européenne, lorsque 95 % des élevages représentant 75 % des bêtes de la zone ont été immunisés : un seuil atteint dans les départements de l’Ariège et des Pyrénées-Orientales. Au 3 janvier, dans les dix départements du Sud-Ouest engagés dans la campagne de vaccination, 506 741 bovins, soit 70,2 % du cheptel concerné, ont reçu une injection (bilan du ministère de l’Agriculture).
La DNC survient dans le contexte déjà tendu rappelé ci-dessus et a, en quelque sorte, constitué « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». À noter aussi que les dernières élections syndicales dans le milieu agricole ont été favorables à la Confédération paysanne et à la Coordination rurale et défavorables au syndicat majoritaire, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Or, le protocole sanitaire actuel avait été négocié par le gouvernement avec ce syndicat majoritaire, ce qui a conduit à une alliance inédite entre les deux syndicats minoritaires, situés respectivement à la gauche et à la droite de l’échiquier politique.
Ainsi, opposés aux abattages massifs et systématiques, la colère gronde chez les agriculteurs. Beaucoup d’éleveurs s’insurgent contre cette méthode en considération de la faible mortalité et de l’absence de risques sanitaires pour l’homme. Ils estiment qu’il faut passer à « un abattage sélectif » des animaux déclarant la maladie, une fois les troupeaux immunisés par la vaccination.
Le 10 décembre 2025, des éleveurs dans l’Ariège se sont opposés à l’abattage de 200 bovins touchés par la DNC. Ils ont lancé un mouvement social d’occupation des autoroutes, des voies de chemins de fer, de défilés de tracteurs et autres engins agricoles qui a gagné une large part du sud-ouest de la France. La Coordination rurale et la Confédération paysanne sont en pointe de la contestation, avec un appui local des sections FNSEA et des Jeunes agriculteurs, même si au niveau national, ces deux derniers syndicats appuient la stratégie sanitaire actuelle…
La réponse du pouvoir ne s’est pas fait attendre : CRS et gendarmes mobiles pour déloger les barrages d’agriculteurs et les tracteurs.
Et fin décembre, les auxiliaires du pouvoir pour le maintien de l’ordre ont perdu leurs nerfs et leur sang froid. À Auch, le 25 décembre, les images font froid dans le dos : elle montre plusieurs policiers et CRS en train de pointer leurs armes vers un agriculteur, au volant d’un tracteur !
Selon le préfet du Gers « une action de dégradation de biens a été menée », durant laquelle un tracteur avec une épandeuse a aspergé la façade de La Dépêche du Midi. Une unité de CRS était déployée sur Auch, suite aux dégradations commises la veille devant la préfecture. Les policiers sont donc rapidement intervenus et la situation a violemment dégénéré.
« Les policiers ont demandé au conducteur de cesser son action et d’immobiliser son engin », détaille la préfecture. À partir de là, les versions divergent. Selon le préfet Alain Castanier, « malgré ces injonctions, le conducteur entame une manœuvre et avance vers les forces de l’ordre », et « cette manœuvre dangereuse les oblige à faire de nouvelles sommations avec sortie d’arme ».
Mais Jérome Courrèges, co-président de la Coordination rurale du Gers, soutient : « Le jeune conducteur était en travers, à l’arrêt, il ne fonçait sur personne… Il avait simplement allumé le moteur pour enclencher l’appareil parce qu’il allait déverser. »

Le commissaire de police sort son arme, devant le tracteur. Dans une autre vidéo, on voit au moins un autre CRS mettre en joue le conducteur à son tour. Le jeune conducteur finit donc par éteindre le moteur. Interpellé sur le champ, il est ensuite placé en garde à vue pour « violences en réunion ». Culot !
Pour Lionel Candelon de la Chambre d’agriculture du Gers :
« La pire des choses s’est produite, celle de pointer 3 armes de police sur un agriculteur gersois en train de manifester simplement. On tente de se justifier en disant qu’il aurait tenter d’écraser un policier, ou encore de foncer sur un véhicule de CRS, bref toutes les excuses seront bonnes pour tenter d’expliquer l’inexplicable. Que sera la prochaine action de nos forces de l’ordre ? Mettront-ils un jour une balle en pleine tête d’un agriculteur ? »
Pour Jérôme Courrèges, co-président de la Coordination rurale du Gers :
« Les agriculteurs sont très choqués. On va passer un cap dans la mobilisation, ça va s’intensifier. Honnêtement et je sais que les mots sont forts, je pense qu’on est au bord de la guerre civile. »
De tout le Sud-ouest, en ce début janvier, des convois d’agriculteurs avec leurs tracteurs et engins ont pris la route vers Paris, pour manifester contre la gestion de la dermatose nodulaire et la signature imminente de l’accord sur le Mercosur. Leur arrivée dans la capitale est espérée jeudi 8 janvier. Si les préfets ne leurs barrent pas la route à grands renforts de CRS et gendarmes mobiles, plusieurs départements ayant pris des arrêtés pour interdire la circulation de tracteurs et de poids lourds…
Pas de solution sans la sortie de l’Union Européenne !
La paysannerie française doit se reconstruire sur deux piliers :
Notre indépendance agricole générée par des exploitations à taille humaine produisant des produits de qualité et des protections douanières et tarifaires contre… pic.twitter.com/xr73xpFhgz— YVAN BENEDETTI (@Yvan_Benedetti) January 6, 2026




























Jeune Nation TV









Dire que je viens d’un endroit où on a bcp de respect pour l’autorité. Je n’en ai plus aucun.
Qu’on le veuille ou non mais un jour il faudra bien aller au charbon.