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Nouveauté : L’Epuration ou la fin d’un monde – Pierre Gillieth

Pierre Gillieth, très bon connaisseur de la période, propose une histoire de l’Epuration. Ce que l’on nomme « Epuration » consiste en principe en la sanction des « collaborateurs », des partisans de l’entente avec l’Allemagne lors de l’Occupation de la France, partielle à l’été 1940, et totale de l’automne 1942 à l’été 1944. Le terme, très violent lorsqu’il s’applique à des êtres humains, vient du champ de la physique : on épure un métal de ses impuretés précisément. La fameuse déshumanisation n’a pas été le fait que des « fascistes » manifestement. Cette notion de collaboration a été souvent comprise de manière très extensive, jusqu’à l’absurde parfois. Obéir au gouvernement français du Maréchal Pétain, ce n’était pourtant pas la même chose que de s’engager physiquement ou par la plume dans une forme de construction européenne derrière l’Allemagne hitlérienne. L’époque a été très complexe, chose niée dès l’été 1944 par les épurateurs.

Dans le roman national officiel en France, et sur ce point strictement maintenu et défendu depuis 1944-1945, alors que Clovis et Napoléon, ce qui est quand même énorme, ne figurent plus dans les programmes scolaires, cette Epuration aurait été un grande moment de patriotisme : les Résistants, libérateurs de la France, auraient puni des traîtres, qui auraient mérité leur sort. Or, Pierre Gillieth démontre que tout ceci est faux. Il a construit dans ce but un récit pertinent de 150 pages, vraiment à la portée de tous les lecteurs. L’Epuration a été un drame pour notre pays, et n’a pas été concentrée sur la fin de l’été et l’automne 1944, mais s’est étendue sur plusieurs années, même après la fin de la guerre en mai 1945. Comment comprendre ce tragique phénomène ?

L’EPURATION, UN FAIT HISTORIQUE MAJEUR ET DOULOUREUX DE NOTRE HISTOIRE

Des centaines de milliers de Français ont été victimes de cette Epuration, avec des dizaines de milliers de morts, des centaines de milliers d’emprisonnés, de dégradés « civiquement » -grande gêne dans la vie sociale et commerciale, bien au-delà de la privation du droit de vote-, de ruinés par la confiscation des biens –une punition violemment mérovingienne, curieusement-. Cette Epuration a constitué effectivement la fin d’un monde : elle a été une Révolution, éliminant toutes les élites anciennes, un avatar particulièrement sanglant de la Terreur, certes sans la guillotine, mais avec moult exécutions publiques, des spectacles macabres très semblables, et, procédure d’humiliation nouvelle, le châtiment obscène des femmes dénudées publiquement et tondues.

Les élites françaises de 1944, et c’était bien le but, ont donc été largement décapitées, du moins les élites culturelles et administratives : des hauts fonctionnaires consciencieux, des policiers, des agents administratifs, des écrivains, ont vu leur carrière définitivement brisée, voire ont été assassinés, pour avoir simplement effectué leur travail. Les mêmes préfets ou commissaires avaient obéi à Léon Blum en 1936, mais obéir à Pétain en 1940 et par la suite aurait constitué un crime manifeste contre la Patrie…C’est pour le moins plus que douteux. Des phares des lettres françaises ont été assassinés ou poussés au suicide, avec les deux symboles les plus connus, Brasillach et Drieu la Rochelle, parmi tant d’autres.

QUELLE EPURATION ECONOMIQUE ?

Paradoxalement, en dépit de tous les slogans vengeurs, l’épuration économique a été beaucoup plus modérée, mais de ce fait particulièrement injuste : Louis Renault a constitué un symbole facile, et ce en reposant sur une vision fausse de l’histoire. Les Allemands occupant la France ont fait travailler ses usines à leur profit ; il n’y avait pas moyen de faire autrement. Ainsi Renault n’a fait preuve d’aucun zèle en leur faveur, lorsque l’on étudie le dossier de près ; par exemple, il n’a nullement poussé à la fabrication de chars en France, s’est concentré sur les camions, certes importants, mais moins stratégiques. Il n’a pas fait construire non plus de nouvelles usines. Et il est mort en prison, avec tous ses biens confisqués, devenus un modèle de régie publique de 1944 aux années 1980 –avec une efficacité économique discutable-.

Par contre, les grands entrepreneurs de travaux publics, les constructeurs du Mur de l’Atlantique, qui après tout auraient pu refuser eux les appels d’offre de l’occupant, ont été très peu sanctionnés…Ils étaient trop utiles pour les travaux de reconstruction de France, les villes comme les voies de communication, systématiquement détruites, parfois quelques semaines avant la « libération », avec des pertes civiles françaises très importantes, par les bombardements massifs anglo-américains…Les crimes de guerre des Alliés ont été eux totalement impunis.

Un secteur a été particulièrement visé par cette épuration économique : la presse. Les journaux ont été massivement confisqués, et attribués sous de nouveaux noms à de nouvelles équipes : l’exemple le plus connu est Le Temps devenu Le Monde. Ces équipes, très à gauche, ont contribué à mettre en place une propagande massive et systématique à sens unique, dont on ne sort toujours pas. Le combat culturel est en effet essentiel, et nous devons par exemple lire les rares journaux, revues, sites militants nationalistes (comme Rivarol, Réfléchir et Agir, Jeune Nation).

FAUX-RESISTANTS ET EPURATEURS ZELES

Les Epurateurs zélés ont-ils été au moins des Résistants authentiques, qui auraient risqué au quotidien leur vie en luttant contre l’Occupant durant les mois ou les années précédentes ? Non, ce ne fut pas le cas de la très grande majorité d’entre eux. Les Résistants effectifs du printemps 1944 n’ont été que quelques milliers de personnes. Sans les invasions anglo-américaines de Normandie et de Provence, la Résistance française aurait été absolument hors d’état de « libérer » la France. Ces milliers d’hommes courageux sont brusquement devenus des centaines de milliers de « Résistants » autoproclamés à l’automne 1944. Ils ont déployé d’autant plus de zèle épurateur que leur Résistance effective a été inexistante avant le départ des troupes allemandes.

Bien des résistants authentiques ont déclaré leur écœurement, et devant l’imposture des foules résistantes de l’automne 1944, et les cruautés, barbaries, injustices manifestes de l’Epuration. Le livre de Pierre Gillieth en propose de nombreux et terribles exemples.

MANŒUVRES POLITIQUES COMMUNISTES ET GAULLISTES

La Résistance puis l’Epuration ont été les moments de gloire de deux cultures politiques, celles des communistes et des gaullistes.

Les communistes, acteurs du « défaitisme révolutionnaire », donc eux effectivement traîtres en 1939-1940, sur ordre de Staline, à l’époque du Pacte Germano-Soviétique, localement pionniers d’une forme de collaboration locale de l’été 1940 au printemps 1941, ont réussi à faire oublier complètement ces épisodes problématiques. Leur basculement dans la Résistance à l’été 1941, suite à l’invasion de l’URSS par Hitler, leur a permis de cultiver l’image de très grands patriotes, de bons Français s’opposant de toutes leurs forces aux « Boches » -le pire du vocabulaire antiallemand primaire du XIXème siècle a été massivement réutilisé-, et aux « traîtres », d’où leur zèle épurateur. Les communistes ont visé systématiquement tous leurs ennemis politiques depuis les années 1920, et pas vraiment les collaborateurs effectifs en soi : les nombreux dissidents du PCF, les notables conservateurs, ont été systématiquement visés, et très souvent assassinés, avec ou sans parodies de procès, par les FTP (résistance communiste) puis les milices patriotiques (paramilitaires communistes).

Les gaullistes ont connu le destin d’une secte victorieuse, du fait des hasards de la guerre. Le microcosme londonien réuni autour du colonel –dit général- de Gaulle a Londres a eu la chance d’avoir, contre toute analyse rationnelle à l’été 1940, prophétisé de manière juste la défaite finale de l’Allemagne. Une secte victorieuse se montre impitoyable contre ses anciens adversaires ou simplement sceptiques, collaborateurs engagés effectifs –assez rares-, fonctionnaires de l’Etat français, attentistes qui n’ont pas eu la foi –la grande majorité des Français-. De Gaulle, arrivé au pouvoir dans les fourgons de l’Etranger –comme Louis XVIII en 1814 ou 1815, sans que personne ne le lui reproche-, a délibérément laissé faire les crimes de l’Epuration et l’agitation locale des communistes, qui ont pris le contrôle d’un très grand nombre de municipalités en France, exerçant une vraie Terreur renouvelée de 1793, référence explicitée et revendiquée, avec leurs milices patriotiques.

De Gaulle aurait pu envoyer à l’été 1944 les unités française de l’armée d’Afrique, près de 200 000 hommes, rétablir l’ordre intérieur. Il l’a refusé, trouvant de meilleure politique d’envoyer ces troupes au front, poursuivant les unités allemandes en retraite, afin d’assurer une image internationale d’une France combattante, et d’effacer l’humiliation du printemps 1940. De même, ajouterions-nous, il a probablement laissé faire les communistes jusqu’en novembre 1944 afin de rallier à lui tous les conservateurs effrayés par cette menace de bolchevisation de la France. C’était jouer là un jeu très dangereux, et la France aurait pu connaître une guerre civile sanglante et dévastatrice à la grecque.

DES CONSEQUENCES MAJEURES ENCORE AUJOURD’HUI

Les mythes de la Résistance et de l’Epuration tiennent encore de la parole la plus officielle en France, et difficile ou dangereuse à remettre en question, et beaucoup plus en 2020 que dans les années 1950 étonnamment. Une furieuse complaisance à gauche ou à l’extrême-gauche de l’intelligence française a été imposée à notre pays, pour le pire. Des idées délirantes comme le caractère positif de l’invasion de masse devenue Grand Remplacement dans notre pays sont imposées. Pour les rares dissidents, il faut craindre encore la mort sociale, avec parfois la ruine et la prison, et il faut s’attendre au pire avec la toute fraîche Loi Avia. La logique dangereuse et furieuse de nos ennemis reste celle de l’Epuration.

Connaître l’histoire de France, la vraie, et non tous les mensonges officiels, participe de façon essentielle à la démarche du militant nationaliste. Et le livre de Pierre Gillieth y contribue.

Scipion de SALM

Pierre GILLIETH L’Epuration ou la fin d’un monde, Auda Isarn, 2020, 19€, 150 pages, bibliographie pertinente en fin d’ouvrage

Disponible sur Auda Isarn

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Commentaires (1)

  1. RAY dit :

    Dans le Figaro-Magazine (21 juillet 1984), Audiard témoignait de l’horreur que lui avait suscité l’Epuration :« Vivement qu’on ne se souvienne plus de rien. J’ai la mémoire en horreur. On va quand même faire un petit effort, à cause de l’anniversaire, des présidents sur les plages, de la vente des objets souvenirs qui a si bien marché, de tout ça.Nous autres, enfants du quatorzième arrondissement, on peut dire qu’on a été libéré avant tous les autres de la capitale, cela en raison d’une position géographique privilégiée. On n’a même pas de mérite. Les Ricains sont arrivés par la porte d’Orléans, on est allé au-devant d’eux sur la route de la Croix-de-Berny, à côté de chez nous. On était bien content qu’ils arrivent, oui, oui, mais pas tant, remarquez bien, pour que décanillent les ultimes fridolins, que pour mettre fin à l’enthousiasme des « résistants » qui commençaient à avoir le coup de tondeuse un peu facile, lequel pouvait – à mon avis – préfigurer le coup de flingue. Cette équipe de coiffeurs exaltés me faisait, en vérité, assez peur.La mode avait démarré d’un coup. Plusieurs dames du quartier avaient été tondues le matin même, des personnes plutôt gentilles qu’on connaissait bien, avec qui on bavardait souvent sur le pas de la porte les soirs d’été, et voilà qu’on apprenait – dites-donc – qu’elles avaient couché avec des soldats allemands ! Rien que ça ! On a peine à croire des choses pareilles ! Des mères de famille, des épouses de prisonnier, qui forniquaient avec des boches pour une tablette de chocolat ou un litre de lait. En somme pour de la nourriture, même pas pour le plaisir. Faut vraiment être salopes !Alors comme ça, pour rire, les patriotes leur peinturlurait des croix gammées sur les seins et leurs rasaient les tifs. Si vous n’étiez pas de leur avis vous aviez intérêt à ne pas trop le faire savoir, sous peine de vous retrouver devant un tribunal populaire comme il en siégeait sous les préaux d’école, qui vous envoyait devant un peloton également populaire. C’est alors qu’il présidait un tribunal de ce genre que l’on a arrêté l’illustre docteur Petiot – en uniforme de capitaine – qui avait, comme l’on sait, passé une soixantaine de personnes à la casserole.Entre parenthèses, puisqu’on parle toubib, je ne connais que deux médecins ayant à proprement parler du génie, mais ni l’un ni l’autre dans la pratique de la médecine : Petiot et Céline. Le premier appartient au panthéon de la criminologie, le second trône sur la plus haute marche de la littérature.Mais revenons z’au jour de gloire ! Je conserve un souvenir assez particulier de la libération de mon quartier, souvenir lié à une image enténébrante : celle d’une fillette martyrisée le jour même de l’entrée de l’armée Patton dans Paris.Depuis l’aube les blindés s’engouffraient dans la ville. Terrorisé par ce serpent d’acier lui passant au ras des pattes, le lion de Denfert-Rochereau tremblait sur son socle.Édentée, disloquée, le corps bleu, éclaté par endroits, le regard vitrifié dans une expression de cheval fou, la fillette avait été abandonnée en travers d’un tas de cailloux au carrefour du boulevard Edgard-Quinet et de la rue de la Gaïté, tout près d’où j’habitais alors.Il n’y avait déjà plus personne autour d’elle, comme sur les places de village quand le cirque est parti.Ce n’est qu’un peu plus tard que nous avons appris, par les commerçants du coin, comment s’était passée la fiesta : un escadron de farouches résistants, frais du jour, à la coque, descendus des maquis de Barbès, avaient surpris un feldwebel caché chez la jeune personne. Ils avaient – naturlicht ! – flingué le chleu. Rien à redire. Après quoi ils avaient férocement tatané la gamine avant de la tirer par les cheveux jusqu’à la petite place où ils l’avaient attachée au tronc d’un acacia. C’est là qu’ils l’avaient tuée. Oh ! Pas méchant. Plutôt voyez-vous à la rigolade, comme on dégringole des boîtes de conserve à la foire, à ceci près : au lieu des boules de son, ils balançaient des pavés.Quand ils l’ont détachée, elle était morte depuis longtemps déjà aux dires des gens. Après l’avoir balancée sur le tas de cailloux, ils avaient pissé dessus puis s’en étaient allés par les rues pavoisées, sous les ampoules multicolores festonnant les terrasses où s’agitaient des petits drapeaux et où les accordéons apprivoisaient les airs nouveaux de Glen Miller. C’était le début de la fête. Je l’avais imaginée un peu autrement. Après ça je suis rentré chez moi, pour suivre à la T.S.F la suite du feuilleton. Ainsi, devais-je apprendre, entre autres choses gaies, que les forces françaises de l’intérieur avaient à elles seules mis l’armée allemande en déroute.Le Général De Gaulle devait, par la suite, accréditer ce fait d’armes. On ne l’en remerciera jamais assez. La France venait de passer de la défaite à la victoire, sans passer par la guerre. C’était génial. »

    Jean Rochefort évoque les femmes tondues (video déjà parue dans « Jeune Nation »: https://www.youtube.com/watch?v=TpdsKcMU6p0&feature=emb_logo

    Georges Brassens « La tondue »
    https://www.youtube.com/watch?v=mMh4Wi4VziI&feature=emb_logo

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