Antonio Tejero Molina, né le 30 avril 1932 à Alhaurín el Grande (Málaga), lieutenant-colonel de la Garde civile espagnole qu’il intégra en 1951, est décédé aujourd’hui, 25 février 2026, à l’âge de 93 ans. Il avait déjà reçu l’extrême-onction il y a quelques mois pendant son hospitalisation à Carcaixent (Valence), qui lui avait été administrée par son propre fils, le prêtre Ramón Tejero Díaz, avant de regagner son domicile familial.

Il était ce partisan du général Franco qui planifia le 23 février 1981 une tentative de coup d’État, connue sous le nom de « 23-F », pour rétablir l’ordre traditionnel, dans une Espagne déjà ravagée par le nouveau régime démocratique, en vigueur depuis 1975.
Avec un groupe de Gardes Civils, il donna l’assaut au Congrès des députés, chambre basse des Cortes Generales, filmé par la télévision espagnole. Les gardes civils ouvrirent le feu à l’arme automatique vers les plafonds de la salle des séances. « ¡ Todos al suelo, coño ! » Aussitôt, l’intégralité des députés et ministres se couchèrent dans les travées !
À la suite de ce coup de force, Antonio Tejero fut condamné à 30 ans de prison en 1982 par les nouveaux tenants du Système oligarchique anti-national. Il sera remis en liberté conditionnelle en 1996 et vécu entre Madrid et Malaga, sa province natale.
Le 22 novembre 2012, à quelques jours des élections régionales catalanes, dans le journal Melilla hoy (de l’enclave espagnole de Melilla au Maroc), considérant que l’unité de l’Espagne était en danger, l’ancien militaire en appela à la justice pour mettre fin aux « prétentions sécessionnistes continues et répétées d’une partie importante de l’Espagne qu’est la principauté de Catalogne », alimentées par celui qu’il appelle « Arturo » Mas (selon la coutume franquiste d’espagnoliser les prénoms catalans).
Plus récemment encore, le 24 octobre 2019, il était présent à la porte du cimetière de Mingorrubio (applaudi et acclamé par les manifestants rassemblés là) pour un hommage à la dépouille de Franco exhumée de la Valle de los Caidos par un gouvernement de trahison.

En 2023, dans une entrevue à un journal espagnol, Antonio Tejero explique que selon lui le roi d’alors, Juan Carlos, était non seulement au courant de ce coup de force et, qu’en plus, il comptait bien en profiter…
L’Histoire officielle dit que c’est Juan Carlos qui a appelé une à une toutes les capitaineries générales du pays – les régions militaires – pour leur intimer l’ordre de rester dans leurs casernes. Mais Javier Cercas, écrivain espagnol, dans son livre paru en 2009 « Anatomie d’un instant » défend la thèse que Juan Carlos savait, au minimum, que quelque chose se préparait. Et que s’il a passé tant de temps au téléphone avec les militaires de tout le pays (seul le général Jaime Milan de Bosch, à Valence, a ignoré son appel), c’est autant pour tester leur volonté de s’associer à ce coup d’État que de l’arrêter. Et ce n’est qu’une fois la loyauté des généraux acquise à la Constitution, qu’il s’est présenté à la télévision vers 1h du matin pour proclamer le retour à l’ordre constitutionnel et désavouer l’initiative de Tejero.
En effet, à l’époque, Juan Carlos n’avait succédé à Franco que quelques années auparavant et sa légitimité étant très faible, on l’appelait couramment dans les cercles politiques d’opposition : Juan Carlos « le bref », comme pour signifier qu’il serait temps un jour prochain de se débarrasser de lui et de cette monarchie. Son seul et unique souci était donc se maintenir à tout prix à la tête de l’État, en ayant eut même deux fers au feu…
Quoi qu’il en soit, Antonio Tejero qui a passé 15 ans dans les geôles espagnoles à la suite de cette tentative de coup (désavouée par Juan Carlos et d’autres généraux), ne peut être soupçonné de duplicité. Et son nom reste associé pour les nationalistes espagnols et d’Europe à cette tentative d’une opération salvatrice de Régénération nationale, dans un contexte de décadence économique, morale et spirituelle.
Antonio Tejero Molina ? Presente !
Mémoire éternelle.
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« Le coup d’État du 23 F 1981 était prévisible. Suite à la légalisation du Parti communiste en 1977, un réel malaise s’installe dans l’armée faisant naître des velléités putschistes. Une tentative avait déjà eu lieu en 1978 commanditée par Antonio Tejero qui en avait été pour écoper de sept mois de prison.
Comme dans les pires moments des années trente, les démissions, remaniements du Gouvernement, assassinats auxquels s’ajoute la motion de censure déposée par le PS ne font qu’alimenter les tensions déjà très fortes à cause de la crise économique ; de la mise en œuvre d’une nouvelle organisation territoriale de l’État ; des actions terroristes de l’ETA et de l’armée encore franquiste qui a du mal à accepter la « fameuse » transition démocratique et sa nouvelle Constitution. Juan Carlos en était conscient lorsqu’il convoqua le 4 janvier 1981, le général Alfonso Armada pour lui avouer : « Il faut que vous m’aidiez, car cela m’échappe des mains ».
Lorsqu’il convoqua Adolfo Suarez (PS) pour lui demander sa démission, quatre généraux étaient également présents. Les chefs des régions militaires de Valence, Séville, Valladolid et Saragosse tombèrent d’accord avec le Roi pour confier la prise des Cortes à un officier qui avait de l’expérience dans ce domaine : le lieutenant-colonel Tejero.
C’est ainsi qu’à 18 h 21, le 23 février alors que devait avoir lieu le second vote d’investiture pour le président du Gouvernement, les gardes civils firent irruption dans l’hémicycle interrompant le vote et ordonnant à toutes les personnes de s’allonger à terre. Le lieutenant-colonel comprit qu’il avait été joué lorsque le général Armada lui montra la liste des personnes désignées par le Roi pour constituer le Gouvernement parmi lesquelles le vice-président socialiste Felipe Gonzalez et un député communiste. Précisons que la cerise sur le gâteau fut apportée par Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt qui lui intimèrent l’ordre de tout faire pour stopper le putsch. Giscard alla même jusqu’à lui proposer l’appui des parachutistes français si nécessaires. On se souvient qu’à une heure du matin, Juan Carlos s’exprimait via la télévision pour vilipender « ceux qui prétendent interrompre par la force le processus démocratique ».
Malgré l’abandon de deux généraux qui rallièrent le camp du Roi, le lieutenant-colonel tint la Chambre des députés jusqu’au lendemain midi. Il fut condamné à trente ans de réclusion. Quant au Général Armada, après avoir été trahi par Juan Carlos qui osa déclarer à son sujet : « Voilà vingt ans qu’il me trompe », il eut une peine de six ans de prison. »
Source : Lectures Française n° 307, Novembre 1982 (cité in La lettre des Amitiés franco-hispaniques, n°108, Hiver 2021)
✋Terejo, un homme d’honneur
Reposez en paix mon colonel !Partisan du général Franco, il avait planifié le 23 février 1981 une tentative de coup d’État connue sous le nom de « 23-F », afin de rétablir l’ordre traditionnel, dans une Espagne déjà ravagée par le nouveau régime… pic.twitter.com/tNnGJpl36F
— YVAN BENEDETTI (@Yvan_Benedetti) February 25, 2026



























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