Notre imperfection fait notre humanité, et c’est précisément pour cela qu’une intelligence artificielle ne produira jamais une œuvre artistique, un corpus que l’on aimerait étudier. Elle sait produire vite, proprement, impeccablement, mais elle ne sait pas faire laborieusement, au sens noble du terme. Elle ne connaît ni l’effort, ni l’hésitation, ni le tremblement fécond.
Je préférerai toujours un dessin maladroit d’un humain, même débutant, car qu’il porte en lui une progression possible. Déjà, lorsqu’on termine un dessin, le chemin parcouru pour le réaliser nous pousse à en faire un autre. Parfois même, l’idée du prochain dessin nait des difficultés rencontrées pendant que l’on dessine. Toute l’aventure graphique de nos maîtres a pour socle une suite de tentatives, d’expérimentations, de dépassements de leurs limites. A ce titre, les esquisses et étapes intermédiaires d’une illustration, ce que j’appelle ma « cuisine interne », sont toutes aussi intéressantes que l’œuvre finale. Et si je regarde mes dessins d’il y a dix ans, ils sont évidemment différents dans leur structure que ceux réalisés aujourd’hui. C’est précisément cela qui les rend vivants, inscrits dans un parcours. Ce vécu, la production artisanale dans « le temps long », aucune Intelligence Artificielle n’en fera jamais l’expérience.
Oui, une image générée par I.A peut impressionner par sa rapidité et sa justesse. Mais il lui manquera toujours un supplément d’âme : Ce que seul un geste humain, même imparfait, peut déposer sur une feuille.
Nous sommes peut-être les derniers humains au sens entier du terme. Alors il ne faut pas avoir peur de produire, même avec nos défauts. Nos failles ne sont pas un handicap : elles sont notre richesse. A la fois singularités et promesses d’amélioration, voir d’élévation au sens sacré. C’est en cela qu’une œuvre réalisée par un être humain est « habitée ».

Aussi, au sujet de l’Art incarné, faisons un parallèle avec la musique rock. Si l’on joue du rock trop proprement, la magie disparaît. Chaque main accroche différemment les cordes d’une guitare, suivant la personnalité de chaque musicien. Il y a des aspérités, des accidents, des tensions liés à l’émotion du moment. C’est cela qui enrichit l’œuvre et rend la musique vivante et habitée. Or, l’intelligence artificielle, sans émotion, ne peut jouer que de manière impeccable, propre… et stérile.
Il en va de même pour l’aquarelle. Une coulure, une tache, un accident durant la réalisation : On ne peut pas revenir en arrière ? Qu’importe, l’artiste compose avec, transforme la contrainte en langage signifiant. C’est là que sa personnalité transparaît.
Ainsi, une intelligence artificielle ne peut pas produire de l’Art pour ces raisons simples :
L’artiste nourrit son œuvre de son vécu dans le monde réel, progresse péniblement, se bat contre ses lacunes, mais aussi contre… le Temps.
Or, ce dernier point écrase le débat sur la question. L’I.A étant par définition non-mortelle, elle ne perçoit pas le temps qui passe. Elle n’a pas de passé qui la hante et ne redoute pas l’avenir. Alors que, dans toutes ses actions, même de manière inconsciente, l’homme est porté par le temps qu’il lui reste. Et plus il vieillit, plus c’est prégnant. Quand on est jeune, on se croit immortel. Puis on vieillit, on voit ses enfants grandir, et l’on comprend que notre première richesse n’est ni l’argent, ni la réussite, mais le Temps. Et cette conscience-là, silencieuse mais constante, transparaît dans toute œuvre d’Art véritable. L’I.A est hors-sujet sur ce terrain.






























Jeune Nation TV









Il ne faut même pas utiliser les termes Intelligence Artificielle. Dire plutôt Informatique Appliquée’
L’IA ne conçoit rien. Les programmes transforment les demandes en milliards de bits, mot par mot, signe par signe : c’est la Tokenisation avant le traitement des tokens par les outils statistiques. Le ‘ travail ‘ résultant est également un ensemble innombrable de bits, assemblés enfin en mots, en sons ou en images.
Il n’y a pas eu de raisonnement intellectuel, ni d’intuition. L’IA n’a pas intelligence, ni évidemment d’âme. Kubricks avait expliqué tout cela avec le robot HAL dans 2001 Odysse de l’espace.