La disparition prématurée de Philippe Loubière, le 6 octobre 2025 à 71 ans, nous laisse orphelins de cet observateur engagé et privilégié de notre époque et de certaines l’ayant précédées. Ce brillant intellectuel dissimulait, sous les dehors d’une discrétion de bon aloi, de vastes connaissances bien intégrées dans un univers mental solidement charpenté.
Effectivement, il est loisible de le découvrir, dans ses diverses vidéos, malheureusement souvent occultées par Google.
Il y dépeint avec ampleur et précision les évolutions de notre monde depuis plus de deux siècles. En particulier, il s’est attaché à dévoiler les arcanes sous-tendant les crises déchirant le Proche-Orient, l’Europe orientale ou encore le pluriséculaire affrontement opposant la Russie aux puissances anglo-saxonnes
À un niveau plus profond, ses études et ses recherches le conduisirent à interroger les racines des grands monothéismes, constitutifs d’une part significative de nos civilisations contemporaines. Afin d’y parvenir, il s’attacha à connaître certaines langues anciennes, en particulier l’hébreu et l’arabe. Il en maîtrisait la pratique, à la suite d’une solide formation dont une licence en arabe et de nombreux voyages dans la région, l’y plongeant concrètement. Le fruit de son savoir permit à des éditeurs de rétablir les coquilles de leurs savants auteurs. Plusieurs de ses hypothèses en ces matières ont élargi mes horizons et j’en demeure redevable à son amicale érudition. À cette occasion, il me suffit d’évoquer son explication du glissement depuis le « Jésus » chrétien jusqu’au « ‘Issa » musulman en passant par l’« Ésaü » biblique. La pertinence de ce rapprochement ouvre une avenue à défricher.
Sa vaste culture s’accompagnait d’un comportement courtois, ponctuel et d’un abord accessible. Adepte de Saint Nicolas du Chardonnet, Philippe en observait scrupuleusement les prescriptions (offices, jeûnes, carême, etc.). Accorder sa vie quotidienne à ses convictions lui imposait une rigueur certaine.
En conséquence, Le paradoxe chez ce croyant à la foi bien ancrée résidait dans la cohabitation dans sa personne d’ouvertures aux réalités du moment accompagnant une fidélité à ses valeurs. Ne cherchant pas à les imposer à autrui et soucieux de maintenir l’ordre social, il était parfois amené à des situations absurdes. Conscient de la forfaiture covidienne, mais respectueux des institutions, ainsi traversa-t-il Paris à pied, de l’Etoile à Denfert-Rochereau, afin d’éviter de porter le masque dans le métro, au moment où un relâchement l’y autorisait.
La tolérance grand large de ce Français de souche prenait source dans un tempérament curieux de tout et chez un grand-père maternel d’origine moldave. Ce dernier lui apporta avec sa langue, l’ouverture en direction de l’orthodoxie, incarnée par l’icône bordant son lit. Docteur en langue et civilisation roumaine, il s’illustra dans la traduction de son patrimoine.
Il en vint à élargir son regard à une mise en perspective du destin de l’Est européen. Avec ces atouts, rien de surprenant à l’ampleur de ses horizons. En conclusion, comme le psalmodie l’officiant selon le rite byzantin : « Que son souvenir se perpétue à jamais ! ».
Habib Tawa





























Jeune Nation TV








