« Altaléna » – 22 juin 1948 – Le jour où Tsahal a bombardé puis coulé sur la côte israélienne près de Tel Aviv, un navire de l’Irgoun, chargé de 900 immigrants et d’une énorme cargaison d’armes venant de France…
En cette période de commémorations tous azimuts en Israël, il est un anniversaire qui sera soigneusement passé sous silence : celui du bombardement au canon de l’Altaléna le 22 juin 1948, coulé au large de Tel-Aviv par les forces de Tsahal commandées par le lieutenant-colonel Ytschak Rabin, sur ordre de David Ben Gourion. Petit rappel historique.
Les Israéliens de ‟droite” et les religieux refusent toujours de participer aux commémorations de la mort de Rabin assassiné, rappelons-le, par l’extrémiste juif Yigal Amir, pour avoir initié et signé les accords d’Oslo, créant ainsi l’Autorité palestinienne et cédant pour la première fois un contrôle partiel de certaines zones de la bande de Gaza et de la Cisjordanie aux Palestiniens.
Sous son mandat, Yasser Arafat renoncera officiellement au recours à la violence et reconnaîtra Israël dans une lettre officielle. Yitzhak Rabin reconnaîtra en retour l’OLP le 9 septembre 1993.
Ceci vaudra aux protagonistes le prix Nobel de la paix décerné en 1994 aux dirigeants politiques qui ont permis les accords d’Oslo : Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Yasser Arafat.
Aux États-Unis, la mouvance sioniste chrétienne, très influente au Congrès, s’opposera aussitôt aux accords de paix. Le 24 octobre 1995, le Congrès américain votera une résolution demandant le transfert à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis en Israël, installée à Tel-Aviv comme les ambassades de tous les autres États, afin de saboter le processus de paix.
Lors de l’enquête sur l’assassinat de Rabin, Yigal Amir expliquera avoir pris la décision d’assassiner Yitzhak Rabin, lors des funérailles de Baruch Goldtein, le tueur de la mosquée d’Hébron. Son objectif était de poursuivre la lutte entamée par Goldstein contre le processus de paix, « au nom de Dieu ».
Le processus de paix israélo-palestinien a ainsi été grandement freiné à la suite de l’assassinat de Rabin.
Ce meurtre eut également pour conséquence l’élargissement de la fracture dans la société israélienne entre les religieux et les laïcs. Après son arrivée au pouvoir en 1996, Nétanyahou videra les accords de paix de toute leur substance.
Leah Rabin, la veuve d’Yitschack Rabin, reprochera publiquement à Nétanyahou d’avoir systématiquement entretenu un « climat » de haine.
Rien que des humanistes, comme on le voit, qui font toujours école !
L’histoire que nous relatons se passe peu après la création de Tsahal avec la 4eme ordonnance, datée du 26 mai 1948, prise par le cabinet israélien dirigé alors par David Ben Gourion. Elle décrète officiellement l’unification des différents groupes paramilitaires sionistes sous une bannière unique : l’Armée de défense d’Israël (Tsva Haganah LeIsrael)
On y trouve, plutôt on devrait y trouver, La Haganah, premier groupe armé fondé par les activistes sionistes dès 1920, primitivement sous le contrôle de l’Agence Juive, L’Irgoun primitivement dirigé par Zeev Vladimir Jabotinsky, chef de file des « révisionnistes » (décidés dès l’origine à entrer en lutte contre les Anglais et opposés au partage de la Palestine mandataire) et les rescapés de son avatar dissident extrémiste Le Lehi (plus connu sous le nom de « Groupe Stern », du nom de son chef, le fanatique et sanguinaire Avraham Stern).
[Le groupe Stern rassemblera les éléments les plus extrémistes, hostiles à tout cessez le feu avec les Anglais, alors que l’Irgoum s’y était finalement partiellement résolu en 1940]Malgré certaines réticences initiales de Jabotinsky, l’Irgoum va théoriser dès 1935 « l’action violente » et le concept de « représailles » vis-à-vis des populations arabes.
Il sera responsable, avec le groupe Stern, de dizaines d’attentats et de centaines de morts « arabes », sans compter les tristement célèbres « faits d’armes » que sont l’attentat du King David ou le massacre de Der Yassin, mais aussi de l’assassinat du comte Bernadotte et de divers responsables et militaires britanniques…
(La liquidation de Stern par les Britanniques le 12 février 1942 ne suffira pas à calmer cette folie terroriste…)
L’Irgoun disposait en propre d’un cargo battant pavillon panaméen essentiellement utilisé, sous couvert de « transfert d’immigrés », à acheminer des armes.
Il avait été rebaptisé Altaléna en référence à Jabotinsky dont c’était le nom de plume…
En juin 1948, les combats font encore rage autour de Jérusalem, dans cette zone supposée destinée à être administrée sous mandat international, ce dont les extrémistes sionistes ne veulent à aucun prix.
L’Irgoun est alors dirigé pat Menahem Begin qui a trouvé une oreille complaisante auprès du gouvernement français et singulièrement de Georges Bidault alors ministre des affaires étrangères.
Dans son ouvrage « La France et la création de l’État d’Israël : 18 février 1947-11 mai 1949 » Frédérique Schillo souligne : « La France veut éviter une défaite juive, mais aussi une trop grande victoire juive qui aurait pour effet de réveiller les nationalismes dans le monde arabe ».
Le navire est chargé début mai à Port de Bouc d’une impressionnante cargaison de matériel de guerre français, donné par le gouvernement aux insurgés : 5000 fusils, 4 millions de cartouches, 300 mitrailleuses Bren, 150 Spandau, 5 blindés à chenilles, des milliers de bombes et de pièces aéronautiques diverses.
On y embarquera entre 800 et 900 combattants volontaires sionistes, qualifiés d « immigrants », dont Saül Friedlander, futur historien de renom et Dov Shilansky futur président de la Knesset. …
Le navire n’appareillera que le 11 juin.
C’est par la BBC que le gouvernement de Ben Gourion apprendra l’arrivée du navire de l’Irgoun en vue des côtes d’Israël. Le chef du gouvernement provisoire considérait Begin comme un rebelle cherchant à déstabiliser son pouvoir. Mais ayant besoin d’armes pour Tsahal, Ben Gourion se décide à négocier et les deux hommes finissent par trouver un accord : 20% des armes resteraient aux mains des commandos de l’ex-Irgoum et seraient distribuées aux combattants de Jérusalem en indiquant bien leur provenance…
Ben Gourion vit d’abord là une tentative pour torpiller la création d’une armée unique en Israël.
Le 20 juin, des dizaines de jeunes, anciens de l’Irgoun, désertèrent leurs bases militaires pour aller à Kfar Vitkin, bourg littoral en face duquel l’Altaléna avait fait relâche, afin de participer à « la fête du débarquement ».
Ben Gourion envoya alors un télégramme laconique exigeant le retour des hommes à leurs bases: « Ou ils obéissent, ou on tire ». Les 900 « immigrants » furent aussitôt débarqués…
Le Matin du 21, alors que Begin est monté à bord, des tirs de canons visent l’Altaléna ; Beghin donne alors l’ordre de s’éloigner de la côte et de partir pour Tel Aviv.
En arrivant à Tel Aviv, Begin était sûr que la population, enthousiaste à l’idée de recevoir des armes, viendrait l’accueillir en héros et empêcherait une intervention militaire de Ben Gourion.
En voyant des centaines d’anciens de l’Irgoun s’approcher de la plage, Beghin donna l’ordre de commencer à décharger les munitions.
Mais Tsahal envoya des renforts sur place, dont l’unité « Harel » commandée par Itzhak Rabin.
Vers 16 h, alors que se poursuivait le déchargement des armes, des tirs de canons retentirent : Tsahal bombardait l’Altaléna !
Le capitaine du navire fit lever le drapeau blanc mais cinq autres tirs suivirent.
Le bateau fut gravement touché.
Certains combattants de l’Irgoun ouvrirent alors le feu, mais la plupart se jetèrent à l’eau pour rejoindre la côte à la nage. Begin, qui ne savait pas nager, s’embarqua dans un canot de sauvetage.
Les combats firent 18 morts : 16 membres de l’Irgoun et 2 soldats de Tsahal, plus de nombreux blessés.
Begin ordonna à ses hommes de déposer les armes, leur demandant de reconnaître qu’il n’existait qu’une force armée.
Ceci afin d’éviter une guerre civile, comme ce fut le cas au temps des Macchabées ou de Bar Koshba…
Begin fut persuadé toute sa vie que le but de Ben Gourion, ce jour-là, fut de l’éliminer du devant de la scène politique.
C’est par ces mots grandiloquents qu’il commença son discours – considéré aujourd’hui comme « l’un des plus célèbres de l’histoire d’Israël » – connu sous le nom de « discours des pleurs » – prononcé sur les ondes de « La Voix de Jérusalem combattante » quelques heures après :
« Je viens vous raconter ce soir l’un des épisodes les plus terribles de l’histoire de notre peuple, et peut-être même de l’histoire des autres peuples de par le monde, qui vient de se dérouler ».
Ben Gourion justifiera doctement sa décision ainsi :
« S’il y a plus d’une armée, il n’y aura pas d’État. Aucun pays ne peut supporter que des particuliers, ou une organisation privée, introduisent des armes, même en petite quantité, sans l’autorisation du gouvernement »
Au final, la cargaison fut presque totalement perdue et l’épave de l’Altaléna, remorquée en haute mer, fut coulée…
Les gouvernants israéliens aimeraient bien laisser oublier cette affaire comme le dit le Jewish Journal :
« Cette affaire a façonné et galvanisé l’idéologie de la minorité de droite israélienne. Mais aujourd’hui, elle gangrène et pervertit l’idéologie de la nouvelle majorité de droite. Après 70 ans, il est temps d’oublier. »
Begin devra attendre la mort de Ben Gourion (1973), mettant 30 ans à devenir premier ministre (1977)…
Une borne commémorative fut érigée en souvenir des victimes sur le parapet de la route surplombant la plage…
On a ensuite érigé un nouveau monument, plus conséquent, en 2016…
Mais on continue aujourd’hui! I24NEWS a titré le 25 août 2025 :
« Israël investit un million de shekels pour localiser l’épave de l’Altalena »
« Le ministère israélien du Patrimoine a alloué un budget d’un million de shekels (250 000 euros) pour retrouver les restes du navire historique Altalena, selon des informations révélées lundi par le diffuseur public israélien, Kan.
« Cette initiative fait suite à une discussion gouvernementale de la semaine dernière, où le ministre de la Justice Yariv Levin avait déclaré : « Il faut retrouver ce navire et en faire un symbole de l’héroïsme des révisionnistes. »
« La recherche de cette épave s’inscrit dans une démarche mémorielle visant à préserver les traces de cette période fondatrice, aussi controversée soit-elle, de l’histoire nationale israélienne. »
Comme pour l’attentat du King David la mode est donc aujourd’hui en Israël à assimiler les victimes et les assassins s’ils sont juifs1
L’Irgoun s’illustrera par les attentats spectaculaires et particulièrement meurtriers qu’il commettra, tel celui perpétré contre l’hôtel King David le 22 juillet 1946, qui fit 91 morts (28 Britanniques, 41 Arabes, 17 juifs et 5 qualifiés de « non répertoriés », ce qui est tout de même étrange) et 46 blessés.
L’attaque a été coordonnée par Menahem Begin, alors chef de l’Irgoun, futur Premier ministre d’Israël, qui a envoyé des terroristes déguisés en employés de l’hôtel placer des explosifs cachés dans des bidons de lait.
Ce qui est le plus étonnant, c’est que le gouvernement britannique d’alors n’a pris finalement aucune mesure drastique pour retrouver les auteurs de cette tuerie, les arrêter, les juger et les faire exécuter.
Comble de cynisme, l’État d’Israël a tenu à célébrer l’Irgoun lors du 60e anniversaire de cet attentat !
À cette occasion, une nouvelle plaque a été dévoilée par les autorités : elle mentionne 92 tués car les Israéliens ont tenu à faire mentionner dans le décompte des victimes l’un des terroristes juifs, cause de l’attentat, mort avec sa bombe !
Le texte de la plaque, traduit ci-dessous, est proprement hallucinant :

« L’hôtel abritait les services du gouvernement du Mandat britannique ainsi que l’état-major des armées. Le 22 juillet 1946, les combattants de l’Irgoun, suivant les ordres du Mouvement de résistance juive, ont placé des explosifs dans les fondations. La réception de l’hôtel, le « Palestine Post » et le Consulat de France ont été avertis par téléphone de faire quitter d’urgence les lieux aux occupants.
L’hôtel ne fut pas évacué, et 25 minutes plus tard la bombe explosa.
Toute l’aile ouest a été démolie, et au plus grand regret de l’Irgoun, 92 personnes furent tuées. »
On constatera au passage la volonté assumée d’apologiser l’attentat et d’augmenter les destructions occasionnées : loin de détruire ‟toute l’aile visée‟, l’explosion n’a heureusement détruit que l’angle de celle-ci, comme le démontrent les photos prises alors.
Croire que l’accession d’Israël à l’indépendance a changé les mentalités est un leurre : elle a, au contraire, conduit à encourager et à exalter l’extrémisme à le légitimer, voire même à le légaliser.
L’affaire de l’Altaléna fut annonciatrice de la violence étatique qui allait se mettre en place…
Quatre-vingts ans plus tard, les tueries perpétrées à Gaza et au sud-Liban, visant tout autant les chrétiens historiques que les musulmans, en sont la triste illustration !
Note :
- Le texte qui suit est repris de mon ouvrage de 2018 : « Judéochristianisme – Travestissement historique et contresens idéologique » Ed. Kontre Kulture. p. 282 / 283











































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