1815, un 18 juin : Nathan à Waterloo
On a bien souvent fait allusion au fameux coup de bourse de Waterloo, qui fut à l’origine de l’ascension financière vertigineuse des Rothschild. Il vaut la peine d’être conté.
Ces banquiers juifs, originaires du ghetto de Francfort, avaient déjà singulièrement arrondi la fortune initiale en fournissant, qui des mercenaires au Landgrave de Hesse au cours des guerres de la Révolution, qui des devises et des marchandises à l’Angleterre lors du blocus continental de Napoléon.
Trafiquants de chair humaine, contrebandiers internationaux, les Rothschild entretenaient des agents de renseignements dans les deux camps. Mieux, l’un d’eux se trouvait fréquemment mêlé aux milieux officiels britanniques. C’est ainsi que Nathan Rothschild, de Londres, était auprès de l’état-major anglais pendant cette journée historique du 18 juin 1815.
Nathan, qui ne quittait pas le champ de bataille, se renseignait anxieusement.
Quand l’avant-garde de l’armée de Blücher déboucha des défilés de Saint-Lambert, et que l’issue de la bataille fut certaine, Nathan Rothschild regagna Bruxelles à cheval, puis se jeta dans une chaise de poste qui le déposa à Ostende le lendemain matin 19 juin.
La joie était dans son cœur : « La France était vaincue ».
Bien que la mer fût démontée, Nathan résolut de gagner l’Angleterre, coûte que coûte. Personne ne voulait se charger de lui faire traverser le « channel ». En désespoir de cause, le fils d’Amschel s’approcha d’un pauvre pêcheur occupé à réparer ses filets : « Veux-tu me conduite à Douvres ? ». Le batelier roula des yeux effarés : « Gagner l’Angleterre par un temps pareil ? Vous n’y pensez pas, on n’y parviendrait pas vivant… »
Nathan se fit persuasif : « Écoute, dit-il au pêcheur, il y a 2 000 francs pour toi si tu acceptes de n’emmener.» 2 000 francs ! Somme importante pour l’époque ! Le vieux loup de mer accepte de le prendre à bord de son petit voilier, après que notre Nathan eût versé les 2 000 francs à la femme du marin.
Le soit, après une traversée périlleuse, il débarquait à Douvres. À prix d’or, il réussissait à se faire transporter à Londres et, le lendemain, il apparaissait au « Stock Exchange », le visage pâle et défait. On attribua cette pâleur au désastre financier qui devait le frapper du fait de la victoire française, car adroitement, Rothschild avait fait répandre le bruit d’un victoire française écrasante sur les armées de Wellington. Désormais, pensait-on, Napoléon pouvait attaquer l’Angleterre chez elle.
Ce fut la panique à la Bourse. Les fonds baissaient et Nathan les faisait racheter en sous-main par ses agents.
Le lendemain, la victoire de Wellington était connue à Londres. À la Bourse, les cours marquèrent une hausse soudaine et vertigineuse.
En deux jours, Nathan Rothschild réalisait plus d’un million de livres sterling de bénéfice : la fortune colossale des Rothschild s’était édifiée sur le charnier de Waterloo. La défaite des armées françaises avait enrichi la tribu.
On connaît le poème de Victor Hugo, « Vieillard, Chapeau Bas » (ci-dessous), les gauchistes nous présentent ça comme l’opposition du travailleur et du capitaliste, mais c’est bien Rothschild qui est visé.
1940, un autre 18 juin : Charles à Londres
Drôle de réflexe que celui de « patriotes » français qui en 1939 étaient prêts à aller en découdre avec les Boches pour sauver la Pologne, et l’année suivante pour sauver la République française qui était pourtant déjà bien vermoulue.
Une partie d’entre eux est ensuite allée à Londres rejoindre le général de Gaulle.
C’est le réflexe de la « petite patrie », qui nourrit les querelles et les haines entre Européens et qui nous a fait tant de mal.
Plus de 80 ans après la victoire des alliés de mai 1945, on voit le résultat. [8 mai 1945 : pour nous Français et Européens, rien à célébrer…]
Ceux qui bâtissent leur fortune sur la défaite de nos armes, partent toujours à l’étranger servir leurs maîtres.
Tu casses des cailloux, vieillard, sur le chemin ;
Ton feutre humble et troué s’ouvre à l’air qui le mouille ;
Sous la pluie et le temps ton crâne nu se rouille ;
Le chaud est ton tyran, le froid est ton bourreau ;
Ton vieux corps grelottant tremble sous ton sarrau ;
Ta cahute, au niveau du fossé de la route,
Offre son toit de mousse à la chèvre qui broute ;
Tu gagnes dans ton jour juste assez de pain noir
Pour manger le matin et pour jeûner le soir ;
Et, fantôme suspect devant qui l’on recule,
Regardé de travers quand vient le crépuscule,
Pauvre au point d’alarmer les allants et venants,
Frère sombre et pensif des arbres frissonnants,
Tu laisses choir tes ans ainsi qu’eux leur feuillage ;
Autrefois, homme alors dans la force de l’âge,
Quand tu vis que l’Europe implacable venait,
Et menaçait Paris et notre aube qui naît,
Et, mer d’hommes, roulait vers la France effarée,
Et le Russe et le Hun sur la terre sacrée
Se ruer, et le nord revomir Attila,
Tu te levas, tu pris ta fourche ; en ces temps-là,
Tu fus, devant les rois qui tenaient la campagne,
Un des grands paysans de la grande Champagne.
C’est bien. Mais, vois, là-bas, le long du vert sillon,
Une calèche arrive, et, comme un tourbillon,
Dans la poudre du soir qu’à ton front tu secoues,
Mêle l’éclair du fouet au tonnerre des roues.
Un homme y dort. Vieillard, chapeau bas ! Ce passant
Fit sa fortune à l’heure où tu versais ton sang ;
Il jouait à la baisse, et montait à mesure
Que notre chute était plus profonde et plus sûre ;
Il fallait un vautour à nos morts ; il le fut ;
Il fit, travailleur âpre et toujours à l’affût,
Suer à nos malheurs des châteaux et des rentes ;
Moscou remplit ses prés de meules odorantes ;
Pour lui, Leipsick payait des chiens et des valets,
Et la Bérésina charriait un palais ;
Pour lui, pour que cet homme ait des fleurs, des charmilles,
Des parcs dans Paris même ouvrant leurs larges grilles,
Des jardins où l’on voit le cygne errer sur l’eau,
Un million joyeux sortit de Waterloo ;
Si bien que du désastre il a fait sa victoire,
Et que, pour la manger, et la tordre, et la boire,
Ce Shaylock, avec le sabre de Blucher,
A coupé sur la France une livre de chair.
Or, de vous deux, c’est toi qu’on hait, lui qu’on vénère ;
Vieillard, tu n’es qu’un gueux, et ce millionnaire,
C’est l’honnête homme. Allons, debout, et chapeau bas !
Victor Hugo, Melancholia
Hippolyte TAINE : "Les origines de la France contemporaine" Le régime moderne Volume 5 











































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