Dans le cadre de l’expulsion de 3 millions de personnes de la minorité ethnique allemande de Tchécoslovaquie, décidée par le nouveau gouvernement tchécoslovaque pro-soviétique dirigé par Edvard Beneš et soutenu par Moscou, 50 000 habitants de Brno (Brünn en allemand) sont contraint de rejoindre à pied la frontière autrichienne. 12 000 hommes, femmes et enfants trouvèrent la mort ou furent définitivement portés disparus.
L’Armée rouge s’empare de Brno le 26 avril 1945. Les discours d’Edvard Beneš et de ses partisans pro-soviétiques, véritable incitations à la « liquidation collective de tous les Allemands », ont engendré de nombreuses atrocités et actes de violence odieux contre les Allemands de Tchécoslovaquie dont certains vivaient là depuis des siècles : « Tchèques et Allemands ont vécu côte à côte ici pendant des siècles, et même la barrière de la langue ne les a pas excessivement séparés. La culture urbaine de Brno était bilingue. Dans la plupart des foyers de Brno, on parlait tchèque et allemand. Le « dialecte de Brno » était un merveilleux mélange des deux langues. » (Brněnský Pitaval de Dušan Uhlíř).
Le rôle des Allemands de Brno, dont beaucoup vivaient donc là depuis des générations, dans les persécutions des Tchèques, avait pourtant été minime. Et les souffrances de la population tchèque n’ont jamais atteint le niveau que la propagande d’après-guerre a voulu faire croire. Tous les Tchèques, pour autant qu’ils n’aient pas désobéi aux ordres du Reich, ont vécu pendant les années de guerre, comparé au reste de l’Europe, dans un « havre de paix ». Il n’y avait donc aucune raison objective aux attaques haineuses perpétrées contre des civils, des femmes, des enfants et des personnes âgées sans défense qui se trouvaient encore à Brno à la fin de la guerre.
Pourtant, le 30 mai 1945, le Zemský národní výbor (« Comité national provincial ») siégeant à Brno, prenant la suite de l’administration allemande dissoute de la ville, publia son arrêté n° 78/1945, ordonnant l’expulsion immédiate de « la population allemande inactive ».
Ainsi commence l’expulsion sauvage et brutale de la population germanophone de Brno, deuxième ville tchèque, vers l’Autriche. Ce sont principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées qui sont expulsés de la ville, selon le principe de « la punition collective », tandis que les hommes sont restés en tant que « main-d’œuvre » à Brno.
Les Allemandes, mais également les femmes issues de mariages mixtes, y compris parfois des Tchèques simplement parce qu’ils portaient un nom à consonance allemande, ont tous été envoyés par les autorités en direction de l’Autriche (les rapports de police parlent de 18 072 Allemands déportés de force) sans eau et sans nourriture, marchant pendant des dizaines de kilomètres, pour finalement camper près de la petite ville de Pohořelice, à mi-chemin entre Brno et la frontière autrichienne.
Des milliers de personnes furent détenues dans les camps provisoires de la zone frontalière. Si certains Allemands furent autorisés par la suite à retourner à Brno, des milliers d’autres succombèrent aux maladies, aux viols, à la torture et à la malnutrition dans les semaines qui suivirent. À Pohořelice, où se trouvait un camp mis en place par la Croix rouge, les Allemands expulsés ont été rassemblés et près d’un millier de personnes y sont mortes du typhus, enterrées dans une fosse commune. Trois croix en pierre permettent aujourd’hui de retrouver le lieu.
Les survivants sont expulsées vers l’Autriche, mais là-bas aussi, ils furent mal-accueillies, internées dans des camps de réfugiés et plus tard également en Allemagne. Il a fallu des années avant qu’ils ne puissent s’installent définitivement quelque part, loin de l’ancienne Tchécoslovaquie, dans la Souabe et dans le Land de Bade-Wurtemberg notamment, ou en Bavière.
Cette épisode tchécoslovaque prend place au sein du mouvement plus vaste des grandes déportations et autres transferts de population forcés qui ont concerné entre 13,5 et 16,5 millions de germanophones qui se trouvaient éparpillés en Europe orientale, postérieurement à la Seconde Guerre mondiale, principalement entre 1944 et 1948.
Des faits largement ignorés et quasiment tabous encore aujourd’hui. Peut-être parce qu’en même temps les Alliés faisaient condamner à Nuremberg, le 1er octobre 1946, par un simulacre de tribunal et de procès, les hauts dirigeants et cadres allemands du IIIe Reich, notamment, entre autre, pour des faits identiques de déportation massives et de mauvais traitements infligés à des populations civiles en les qualifiant alors de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes contre la paix…









































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