Suite de la première partie (Essai de prospective (I) : L’Iran dans l’œil du cyclone, vers une montée aux extrêmes) de cet essai de prospective pour une analyse plus globale de cette période de changements où la domination européenne est en train de sombrer et ses conséquences.
Lignes de fond
Mais laissons là le conflit en cours. Il s’inscrit dans une période de changements où la domination européenne, tricentenaire, spirituellement dévoyée, pervertie par le satanisme, est en train de sombrer.
Quel sera l’avenir, notre avenir, celui du monde Blanc européen de tradition gréco-romaine et chrétienne ? Pour tenter de répondre à une telle interrogation, empreinte d’inquiétude, certains répondront, goguenards, qu’il suffit de lire dans le marc de café ! Pourtant, sans évidemment apporter une réponse digne de Madame Irma, il est possible de discerner des lignes de fond qui vont déterminer, sauf événement d’une nature analogue à celle du Cygne noir – la nature de l’imprévisible, exposé par Nassim Nicholas Taleb – les grands mouvements tectoniques sur lesquels toute action politique devra développer ses déterminations, étant donné qu’elles ne dépendent pas de la volonté de tel ou tel groupe de personnes mais du fait que ces derniers ne peuvent inscrire leur action que dans le cadre dessiné par ces lignes de fond.
Disons d’ores et déjà, mais ce n’est pas une surprise, que ces lignes de fond ne sont pas favorables aux peuples issus de la civilisation européenne et chrétienne à l’horizon de deux générations au moins.
Crise spirituelle, déjà explicitée par ailleurs, et par suite crise de l’intelligence, crise démographique récurrente, invasion migratoire subie mais voulue par l’oligarchie mondialiste ennemie de notre civilisation et de nos peuples (qu’elle met en coupe réglée sans grande réaction de leur part !), destruction de la cellule familiale, base de toute société, perte de savoir-faire qui se traduit par des échecs en informatique, en armement, face à la Russie, à la Chine, à l’Inde et même à l’Iran, baisse de l’instruction voire de l’intelligence tout simplement comme tendent à le montrer des études sur ce sujet – lisons le livre pénétrant « L’Intelligence en péril de mort » de Marcel de Corte, autant d’éléments qui laissent mal augurer d’un avenir à moyen terme au moins.
Cela se traduit aussi par une résilience affaiblie – temporairement ? – surtout si on la compare à celle des peuples du Sud global », comme nous pouvons l’observer avec les Israéliens affolés par les effets des missiles iraniens, tandis que nous voyons les Iraniens descendre dans la rue au mépris des bombes et des morts, ses dirigeants payant stoïquement un lourd tribut.
Mais les pays du « Sud global », qui ont le vent en poupe, ne sont pas exempts de faiblesses. Démographique pour la Russie en dépit d’une politique nataliste qui limite le désastre, démographique aussi pour la Chine dont le taux de fécondité tombé à 1,2 enfant par femme n’augure rien de bon pour les décennies à venir, une Chine qui est dans une passe ascendante mais dont l’avenir nous dira si elle parviendra à éviter la malédiction des cycles historiques chinois, à savoir un blocage progressif de la société chinoise après un siècle, un siècle et demi après l’installation d’un nouveau pouvoir impérial.
Dans le même temps, les populations du reste du monde vont continuer de croître, notamment en Afrique sub- saharienne et notre intérêt est de tout faire pour leur donner les moyens de subsister sur place, de ne pas être tentés d’émigrer, tout simplement pour survivre. De ce point de vue, l’approche des BRICS est plus susceptible d’y parvenir que la pratique prédatrice des Occidentaux.
Le monde occidental est un monde malade, meurtri par les saignées abominables de la « Guerre de trente ans » du XXe siècle, mais aussi et d’abord parce que, spirituellement, il est en crise. Il nous sera répondu que le christianisme, sa composante spirituelle, l’a toujours été, notamment, avec les schismes et la crise protestante. Mais jamais, le christianisme et singulièrement le catholicisme n’ont été autant minés par le doute et confrontés à la subversion. Cette composante spirituelle est l’objet d’une indifférence croissante de la population, même si des signes de renouveau se manifestent ici et là parmi les jeunes générations. Pour vivre, les peuples ont besoin d’un cadre métaphysique, cosmique leur donnant une représentation ordonnée du monde, de l’univers dans lequel ils vivent, une représentation rassurante qui leur permet de poser leur existence le plus sereinement possible. Force est d’observer que, de toutes les civilisation du monde, seule la civilisation européenne et chrétienne est l’objet d’un tel doute, voire d’un rejet de ses fondements spirituels qui lui ont pourtant permis de sortir de la stagnation scientifique et économique qui a été celle des autres civilisations. Elle est donc fragilisée dans ses tréfonds. Nous ne pouvons reprendre ici les causes de cette situation ni aborder les remèdes possibles car ils relèvent du débat philosophique, métaphysique, théologique et, disons-le d’un choc salutaire mais terrible qui réveillera les âmes ou du moins les rendra accessibles à ces question premières.
Une structure sociétale déstabilisée en Occident
Or cette crise, destructrice de la vitalité d’un peuple, se traduit factuellement par la déstabilisation de la structure sociétale et précisément de l’armature même de la société, à commencer par la subversion de la famille. Là encore, le monde occidental est le seul de la planète à souffrir à ce degré de défaisance de la cellule familiale et présentement, il est nécessaire d’insister sur cet aspect majeur de la crise que nous vivons.
En effet, la famille n’est pas un simple lieu de reproduction biologique : elle est un lieu de socialisation où l’enfant apprend les relations de pouvoir, les normes d’autorité, les modes de transmission des biens et des statuts, la tradition du peuple dont il est l’hériter et le membre et qui contribuent à former sa personnalité. Chaque type de famille projette un système spécifique de relations, égalitaires, inégalitaires, de puissance que les enfants intériorisent et transmettent de génération en génération.
Pour schématiser, il existe quatre grands types de familles chacune produisant un système politique distinct.
- la famille nucléaire absolue où les enfants héritent également et quittent le foyer parental sans règles fixes de résidence, type qui valorise la liberté : les enfants sont libres de partir et intègrent l’égalité. Cela valorise la liberté et l’égalité simultanément. On trouve ce type en France dans le bassin parisien historique (ce qui n’a pas été sans effet sur la Révolution dite française)
- la famille nucléaire simple où les enfants héritent également mais partent librement sans règle stricte de transmission ; ce type familial valorise la liberté mais ne sacralise pas l’égalité comme précédemment. Il en résulte une société libérale, individualiste mais acceptant les inégalités économiques. On trouve ce modèle dans le monde anglo-saxon et cela a favorisé le capitalisme libéral avec l’individualisme et les inégalités de marché.
- la famille souche où un seul enfant hérite et reste vivre avec les parents, les autres devant partir ; cette structure crée une hiérarchie interne à la famille, un enfant étant de statut supérieur aux autres ; ce système valorise la transmission verticale, la hiérarchie, l’autorité, la discipline, valorise l’ordre. On trouve ce type en Allemagne, en Suisse alémanique, en Autriche, au Japon ; ces pays ont développé des systèmes autoritaires, disciplinés, hiérarchisés (ainsi le Reich wilhelmien et sa suite, le Japon impérial, les régimes démocratiques nourris d’un respect prononcé de l’autorité)
- la famille communautaire où les fils mariés restent vivre avec leurs parents, formant des maisonnées multi générationnelles. Cela valorise l’égalité entre frères mais maintient l’autorité du père. Cela engendre des sociétés qui combinent autoritarisme vertical et égalité horizontale. On trouve ce type en Russie, en Chine, dans le monde arabe, en Inde du nord. Ces caractéristiques expliquent en partie pourquoi ces sociétés ont été attirées par le communisme qui combine autorité politique (du parti unique) et égalité économique.
Ces structures déterminent la capacité des sociétés à mobiliser leurs membres, à accepter les conflits guerriers lorsqu’ils se présentent, à accepter des sacrifices collectifs car la guerre, au-delà d’être un conflit entre Etats, apparaît aussi comme un conflit entre systèmes familiaux, même si cela est vécu inconsciemment. Il est à approfondir, sans le surdimensionner, le rôle des modèles familiaux différents, sinon opposés, entre France et monde germanique dans les guerres de 1870 à 1939. De même la guerre froide, en termes de structure familiale, a opposé le modèle individualiste des Etats-Unis et le modèle collectiviste de l’Union soviétique où l’individu est intégré à des structures égalitaires communautaires.
De même, nous pouvons constater que les modèles démocratiques, tout artificiels qu’ils soient, fonctionnent mieux dans les sociétés de type individualiste que dans les sociétés à structure familiale communautaire, comme dans le monde arabe, par exemple.
Mais arrêtons là ces considérations sociologiques et revenons à cette réalité très concrète : celle de la fragilisation, sinon de la destruction de la structure traditionnelle de la famille père mère enfants qui a été modifiée, remplacée, fragmentée : famille monoparentale, recomposée, union temporaire, célibat prolongé ; cela a des conséquences sur la capacité de mobilisation de tout un peuple.
Car toute structure familiale, quelle que soit sa forme, transmettait toujours deux choses essentielles : un sens de la continuité générationnelle, une capacité de se sacrifier pour le groupe : les parents acceptaient de se sacrifier pour leurs enfants et les enfants acceptaient des obligations envers leurs parents ; cette logique sacrifice intergénérationnelle se transmettait ensuite à la nation. Mais lorsque la famille est atomisée, où les liens intergénérationnels se sont affaiblis, où chacun vit pour soi sans capacité de se projeter hors de soi, la capacité de sacrifice disparait : pourquoi accepter de mourir pour son pays si on n’a pas appris à respect des obligations envers ses parents ? Pourquoi mobiliser son énergie pour des projets collectifs de long terme si l’on a été habitué à ne penser qu’à soi-même et à son épanouissement personnel immédiat ?
Cela modifie la structure mentale et par suite détermine ce que les nations peuvent ou ne peuvent pas faire géopolitiquement ; c’est une modification de structure mentale ; ainsi l’Europe occidentale ne peut plus faire la guerre, non par choix éthique mais par incapacité structurelle ; ces familles ne produisent plus d’enfants capables de mobilisation collective.
La Russie, par contre, conserve des structures familiales plus traditionnelles, surtout dans ses territoires périphériques ; les familles rurales russes, caucasiennes, musulmanes de la Volga maintiennent des logiques de transmission intergénérationnelle, de sacrifice familial, d’obligations collectives. Ces populations fournissent un réservoir considérable pour l’armée russe et lui permettent de tenir un effort de guerre prolongé.
La Chine, en dépit de transformations rapides tels l’enfant unique, l’urbanisation, l’individualisation croissante, conserve encore des éléments de structure communautaire : respect de l’autorité, valorisation de la continuité familiale, l’obligation envers les parents âgés ; cela permet de justifier de sacrifices individuels, de mobiliser la population, imposer des obligations.
Les mondes musulmans sont restés avec les obligations fortes de solidarité familiales ; elles permettent des politiques de mobilisation intenses, engagement idéologique fort, sacrifices collectifs : cela explique la résilience de l’islam politique, sa capacité à mobiliser, à maintenir une cohésion face à des adversaires technologiquement supérieures.
Les guerres du XXIe siècle, militaires, économiques, ne seront pas gagnées par les armées les plus technologiques ni par les économies les plus riches. Elles seront gagnées par les sociétés dont les structures familiales produisent encore des individus capables de mobilisation collective, de sacrifice intergénérationnel, d’engagements qui dépassent les intérêts personnels immédiats et sur ce critère, l’Occident est en position de faiblesse structurelle car les familles ne produisent plus de matériau humain capable de mobilisation à long terme ; les familles, monoparentales, coupées des grands parents, sans frères et sœurs, sans récit familial, n’a aucune raison personnelle de mourir pour la France, surtout que la France n’est plus gouvernée par des élites qui la servent et que son image, entachée de républicanisme, est voilée. Ce n’est pas tant de l’égoïsme que l’interruption de la transmission des schèmes mentaux qui auraient rendu ce sacrifice compréhensible. Le lien transgénérationnel a été rompu.
A court terme, il est impossible de refaire rapidement ce qui a été démoli sur le long terme. Et aucune armée bardée de technologie, à supposer qu’elle existe, qu’elle soit fiable, ne peut remplacer la volonté humaine de se battre.
Ainsi les structures russes, chinoises, africaines conservent les moyens de mobilisation, mais les sociétés atomisées de l’Occident perdront de l’influence car elles ne pourront pas compenser leur effondrement familial par la technologie. Et encore : faudra-t-il disposer d’hommes en bonne santé en nombre significatif : lorsque l’on constate la dégénérescence qualitative des jeunes états-uniens, dont 70 % sont inaptes au service militaire, aux dires mêmes de l’Etat fédéral, nous pouvons considérer que le mal va au-delà de la seule défaisance des structures familiales !
Cela modifie les données géopolitiques ; les peuples du monde carolingien ont pu s’étendre parce qu’ils disposaient d’hommes vigoureux, parce que leurs structures familiales traditionnelles favorisaient l’entrepreneuriat, l’innovation, l’accumulation de capital ; mais ces mêmes structures, dévoyées par un individualisme exacerbé, une déstabilisation spirituelle, produisent maintenant de la faiblesse.
Les nations qui vont dominer dans les décennies à venir seront celles dont les familles produisent un nombre significatif d’individus capables de penser au-delà d’eux-mêmes, d’accepter des sacrifices pour des projets collectifs, de maintenir des solidarités trans-générationnelles. L’Occident décadent, déchristianisé qui méprise les autres civilisations comme les jugeant attardées, primitives, est perdant car, d’essence satanique, il s’est constitué contre les principes de l’ordre universel, de l’ordre voulu par le créateur. L’éducation ruinée détruit l’efficacité, l’intelligence.
Nous allons donc traverser une sorte d’hiver civilisationnel, sociétal. Il faut en prendre la mesure et, cela fait, se donner les moyens de préparer le printemps qui, finira par venir dans la mesure où plus de deux mille ans de civilisation, traversés eux-aussi de périodes fuligineuses, ont toujours réussir à maintenir le même continuum civilisationnel depuis l’époque homérique. Et une première étape consiste à retrouver le sens du sacré identifié déjà par Charles Péguy comme « ce dont nous manquons le plus, ce dont nous avons même perdu le sens », le sacré étant le socle préalable à toute construction d’un ordre sain et porteur de richesse humaine et civilisationnelle.

























Jeune Nation TV












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