Avec les destructions confirmées de quatre radars américains de très longue portée AN/TPY-2 aux Émirats Arabes Unis et en Jordanie, de l’avion radar E-3 Sentry AWACS sur la base saoudienne Prince Sultan, de trois au moins gros porteurs ravitailleurs américains KC-135 Stratotanker en Arabie saoudite encore, les médiats généralistes et grand public en Europe et en France ne peuvent plus éluder l’efficacité de la riposte iranienne contre les forces américaines et israéliennes. De véritables coups d’éclat et une stratégie de neutralisation systémique qui ont un impact douloureux sur les capacités logistiques de la coalition et des conséquences régionales et mondiales.
Même affaiblies considérablement, malgré la disproportion des moyens employés, l’armée iranienne parvient à porter des coups à Israël, aux forces américaines et à leurs alliés dans le Golfe.

Vendredi, un avion de renseignement aérien E3 Sentry Awacs et des avions ravitailleurs KC 135 ont été touchés sur la base Prince Sultan, à une centaine de kilomètres de Riyad en Arabie saoudite. Le premier représente une cible de première importance : l’armée de l’air américaine ne détient que 16 E3, des avions qui permettent une surveillance aérienne cruciale pour mener un raid.

Les ravitailleurs KC-135 sont tout aussi essentiels pour garantir une permanence aérienne. « Cette frappe, c’est la version iranienne des attaques dans la profondeur que l’on voit depuis quatre ans dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine », constate une source militaire (Le Figaro).

Mi-mars, l’Iran est aussi parvenu à toucher un système radar AN/TPY-2 (portée 1 000 à 2 000 km) intégré au système de défense aérienne THAAD, d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars. Débris calcinés, cratères d’impact sur la base aérienne de Muwaffaq al-Salti, en Jordanie, là où se dressait l’un des radars AN/TPY-2 les plus sophistiqués de l’industrie de défense américaine, il ne reste qu’un amas noirci. Même scène aux Émirats Arabes Unis : deux sites — Ruwais et Al Sader — affichent des dégâts sur les bâtiments abritant l’infrastructure des radars THAAD. Trois structures touchées à Ruwais. Quatre à Al Sader.

Ces frappes portent la signature d’une opération coordonnée. L’Iran a frappé les yeux du système. Les missiles balistiques iraniens ont traversé un espace aérien quadrillé par les systèmes de détection américains, parcourant plus de 600 à 800 kilomètres et ont atteint leur cible avec une précision qui défie les analyses des capacités iraniennes. Ce n’est plus de l’artisanat. C’est de la précision chirurgicale.
Cibles et conséquences régionales
Et la destruction du radar THAAD en Jordanie a une conséquence directe sur la sécurité d’Israël. Ce radar était déployé, entre autres missions, pour contribuer à la détection précoce de missiles balistiques en direction de l’Entité sioniste qui occupe illégalement la Palestine. Sa perte réduit la fenêtre d’alerte dont dispose le Dôme de fer et les autres systèmes israéliens pour réagir à une menace entrante.
Les attaques iraniennes ont aussi viser l’équilibre économique des pays du Golfe : production d’énergie, tourisme, université… Le détroit d’Ormuz est bloqué de fait, empêchant le commerce maritime. Les infrastructures à terre sont aussi visées. Samedi, une usine de production d’aluminium a été touchée à Bahreïn, et une autre aux Émirats Arabes Unis, en riposte contre les frappes qui ont touché les usines d’acier en Iran.
Les forces iraniennes entendent aussi s’attaquer à des cibles « duales », à la fois civiles et militaires, comme les data centers de la région. Une trentaine d’usines d’AWS, de Microsoft, d’IBM, de Google, de Nvidia, d’Oracle et de Palantir ont été classées comme cibles légitimes par les Gardiens de la révolution. le but possible : endommager des data centers pour espérer entraver le commandement américain qui s’appuie sur le recueil de données pour mener ses frappes.
Les menaces américaines de représailles, réitérées sur tous les tons, n’empêchent pas Téhéran de décider du tempo du conflit, voire de son escalade. Téhéran mise sur l’épuisement des alliés des États-Unis. Lundi, une usine de dessalement a été touchée au Koweït. Un autre site du même ordre avait été visé le 8 mars à Bahreïn. Au Proche-Orient, où l’accès à l’eau potable est un enjeu stratégique, ces infrastructures sont particulièrement sensibles.
L’Iran a aussi procédé à des tirs à forte dimension symbolique : contre Dimona, le site nucléaire israélien, et contre la base américaine de Diego Garcia dans l’océan Indien à quelque 4 000 kilomètres. « Même si la précision du tir était très relative, la portée est à elle seule un signalement », souligne un expert militaire (Le Figaro).

La carte des frappes dessine un arc de la Jordanie aux Émirats arabes unis, en passant par l’Arabie saoudite. En Jordanie, la batterie THAAD protégeait le territoire jordanien et Israël. Aux EAU, les deux batteries faisaient partie de l’arsenal propre de la fédération. Dans les deux cas, le « bouclier » a été percé avant d’avoir rempli sa mission. Le renseignement iranien a fonctionné. Ses sources — humaines, électroniques, satellitaires — ont fourni des coordonnées précises. C’est une défaillance du renseignement américain tout autant qu’un succès du renseignement iranien.
La question la plus dérangeante que soulève cette affaire est d’une simplicité déconcertante : pourquoi le système de défense antimissile n’a-t-il pas protégé ses propres composantes ? Le THAAD est conçu pour intercepter les missiles balistiques en phase terminale. Les systèmes Patriot complètent le dispositif à plus basse altitude. Les navires Aegis ajoutent une couche maritime. Ensemble, ces systèmes forment ce que le Pentagone appelle fièrement une « défense multicouche » — un parapluie antimissile théoriquement capable de contrer toute menace balistique. Et pourtant, quand les missiles iraniens ont traversé le ciel, ce parapluie s’est replié comme un journal mouillé sous l’orage.
Pour se rassurer, les médiats affirment que l’Iran bénéficie probablement d’une aide extérieure pour procéder à ses tirs. Si géolocaliser des sites stratégiques, même des bases, est accessible grâce à l’imagerie satellite commerciale, la précision des frappes ou la localisation d’appareils militaires nécessiteraient un appui. Les drones responsables de la frappe seraient guidés par GPS ou se servent d’une centrale inertielle pour suivre une trajectoire préprogrammée. La Russie a été désignée comme complice, accusée de fournir du renseignement d’origine satellitaire. Mais la Chine serait aussi en mesure de fournir ces capacités à leur partenaire iranien.
La stratégie de neutralisation systémique des moyens de détection
L’Iran n’a pas cherché à détruire des chars ou des navires. Il a détruit les capteurs. Les yeux du dispositif adverse. Les théoriciens militaires appellent ça la neutralisation systémique : plutôt qu’attaquer la force brute — combat perdu face à la supériorité conventionnelle américaine — on attaque la capacité à voir, à comprendre, à réagir.
Cette doctrine est le produit de décennies d’observation. L’Iran a étudié comment les États-Unis ont démantelé les défenses irakiennes en 1991. Comment Israël a neutralisé le radar syrien en 2007 avant de bombarder Al-Kibar. Et il a appliqué la même logique à l’envers : aveugler les Américains comme les Américains aveuglent leurs adversaires. La symétrie est implacable.
Pour la Jordanie, les EAU, l’Arabie saoudite, les implications sont sismiques. Ces nations ont bâti leur stratégie de défense sur un postulat : la présence américaine garantit leur sécurité. Ce postulat vient d’être pulvérisé. Même si les taux d’interception des missiles et des drones iraniens sont particulièrement élevés, il ne garantit pas une protection hermétique. « Il est impossible, même pour l’armée américaine, de protéger à 100 % un site fixe contre une attaque saturante qui combine plusieurs types d’armes avec des profils de vol différents, comme l’altitude, la vitesse ou la manœuvrabilité », poursuit-on (Le Figaro). Par ailleurs, si les systèmes américains sont très performants contre les missiles balistiques, qui constituent la principale menace, la lutte anti-drone a été moins développée.
Les frappes iraniennes ont provoqué peu de pertes humaines mais elles déstabilisent l’économie des partenaires américains du Golfe. La régularité des tirs, même limités, tout au long de la journée, désorganise aussi l’activité. Après des ripostes massives la première semaine du conflit, le rythme des attaques a certes décru, signe que malgré tout la campagne américano-israélienne de neutralisation des lanceurs porte des fruits, mais l’Iran tire encore plusieurs missiles et plusieurs dizaines de drones par jour…
Au-delà de la dimension militaire, ces frappes envoient un signal stratégique puissant à tous les acteurs de la scène internationale. Si l’Iran peut localiser et détruire les composantes les plus sensibles de la défense américaine, que peuvent faire des puissances dotées de capacités bien supérieures ? La Chine observe. La Russie prend des notes. La Corée du Nord recalibre ses calculs. Ce qui s’est passé en Arabie saoudite, en Jordanie et aux EAU n’est pas un événement régional. C’est un précédent mondial qui redéfinit l’évaluation de la vulnérabilité des systèmes de défense avancés.

























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