13 février 1946, mort de Madeleine Pauliac, l’âme de « l’escadron bleu », dans un accident automobile Sochaczew, (près de Varsovie)
Madeleine Jeanne Marie Pauliac vient d’un milieu provincial intellectuel et bourgeois. C’est la petite fille d’Octave Pauliac, fondateur de l’une des trois principales conserveries de Villeneuve-sur-Lot et de Marie Hautesserre Dizel, qui, sera présidente de l’Union des Femmes de France (UFF/Croix Rouge Française), et à, ce titre organisera et dirigera l’hôpital militaire 106 durant la guerre.
Orpheline de père à 3 ans (lieutenant décédé lors des premiers bombardements de la bataille de Verdun) elle sera élevée avec sa sœur ainée dans la foi catholique et sera poussée dans les études, tant par sa mère que par sa grand-mère paternelle, chose peu courante pour l’éducation des filles en ce temps.
Brillante élève, bachelière avec une année d’avance à la rentrée 1929, Madeleine Pauliac entreprend de faire sa médecine à la Faculté de Paris. Externe en 1932, elle termine son internat auprès du professeur Pierre Nobécourt grand spécialiste de pédiatrie chirurgicale comme médicale

Reçue docteur en médecine en 1939, elle sera l’une trois cent cinquante femmes médecins françaises à la veille de la seconde guerre. Exerçant au pavillon des diphtériques des Enfants Malades, elle participera alors au ravitaillement de maquis de la région parisienne et portera assistance à des parachutistes alliés.
Médecin assistante des hôpitaux, elle contribuera à des études visant à conforter et à développer la politique de vaccination antidiphtérique qui n’est pas encore généralisée.
Proche des milieux résistants, très sollicitée pour ses compétences médico-chirurgicales, elle prendra part à La libération de Pais puis suivra le service de santé de la 2eme DB jusque dans les Vosges où son engagement comme médecin des Forces Françaises de l’Intérieur sera entériné le 30 novembre 1944 .
Elle reçoit alors le grade de lieutenant du SSA (Service de Santé des Armées).
Médecin militaire
Les rapports d’un diplomate, Francis Huré, seront déterminants pour la carrière’ de Madeleine Pauliac .
Né en 1916, après des études de lettres et de droit, il entre dans la diplomatie. Durant la 2e guerre mondiale, il rejoint la France libre et la 2eme DB. En 1943-45 il est nommé à Moscou comme représentant du Comité français de libération nationale (CFLN) puis du gouvernement provisoire de la république française (GPRF).
La question du recensement et du rapatriement des transportés et prisonniers est cruciales. Beaucoup appartiennent au STO. C’est le problème auquel travaille depuis deux ans Francis Huré : il s’agit de ne pas laisser se transformer en otages ces prisonniers et déportés désormais aux mains des Soviétiques. Le Ministère des prisonniers, déportés et réfugiés, le PDR d’Henri Frenay, dont le secrétaire général est François Mitterrand, a des missions à Berlin et Prague et même à Moscou mais la situation sur le front de l’Est en lui-même est différente. Il n’y a pas de service de santé opérationnel sur front de l’est !
Le général de Gaulle, en personne, convoque le médecin militaire Madeleine Pauliac fin 1945 pour lui confier une mission sanitaire dans le cadre du rapatriement des cinq cent mille ressortissants français qui se trouvent dans la zone conquise par l’Armée rouge.
Madeleine Pauliac reçoit son ordre d’affectation le 26 février 1945. Ce sera la Pologne : le front du Danube vit à l‘époque dans un black out total sous la férule des généraux soviétiques Rodion Malinovski et Fiodor Tolboukhine. Une illustration locale de ce que Churchill appellera le « rideau de fer » qui ne disparaîtra qu’avec la dissolution de l’URSS. (Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’effondre ce qui marque la fin de la Guerre froide et du Rideau de fer, frontière idéologique et physique qui aura déchiré pendant plus de 40 ans l’Europe entre l’Ouest et l’Est.)
Le 28 mars 1945, Madeleine Pauliac est envoyée par le général Juin auprès du général Catroux, ambassadeur de France en URSS. Celui-ci l’accueille à Moscou le 2 avril 1945. Le 20 avril, elle se voit confier le poste de médecin-chef d’un hôpital français ouvert en cette occasion à Varsovie, dans un bâtiment désaffecté de la Croix-Rouge polonaise. Ce dispensaire prend la suite d’un service assuré jusqu’alors de façon très précaire, quasiment sans moyens, par un capitaine français sur le départ, Charles Liber.
Promue Médecin chef de la Mission française de rapatriement en 1945, elle participe, huit mois durant dans une Pologne ravagée, au sauvetage des blessés Français retenus sur le territoire envahi par l’armée soviétique lors de l’offensive Vistule-Oder.
Elle sera aussi au cœur de l’assistance portée aux religieuses allemandes et polonaises violées par les hordes staliniennes…
L’âme de l’escadron bleu
L’Escadron bleu est le surnom donné à l’unité mobile n°1 de la Croix-Rouge française.
Il a été créé le 13 avril 1945 par un arrêté du ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés (PDR) pour participer au retour des Français libérés des camps de concentration et camps de prisonniers.
L’escadron était composé de 11 jeunes femmes volontaires, infirmières et ambulancières âgées de 22 à 29 ans, Le surnom « Escadron bleu » a été donné au groupe en raison de la couleur de leurs uniformes offerts par l’armée américaine.
Pour se déplacer l’escadron disposait de cinq ambulances Austin offertes par le roi George VI d’Angleterre.
À bord de chaque ambulance se trouvait un binôme conductrice/infirmière.
Le tout était placé sous la direction du chef d’unité Violette Guillot
- Janine Robert / Simone Saint-Olive,
- Aline Tschupp / Cécile Stiffler,
- Charlotte Pagès / Micheline Reveron,
- Jacqueline Heiniger / Élisabeth Blaise,
- Simone Braye / Françoise Lagrange.
L’unité part le 23 juillet de Constance, en Allemagne, à destination de Varsovie où l’attend Madeleine Pauliac.
L’Escadron bleu va effectuer plus de 200 missions, parcourir plus 38 000 kilomètres sur les routes dévastées de la Pologne, et rapatrier 1540 soldats, prisonniers et Malgré-nous sur le territoire français.
L’Escadron bleu est présent à l’ouverture des portes de Dachau. Depuis sa mise en service, plus de 200 000 prisonniers y ont été internés, en majorité des opposants politiques.
Les ambulances ne peuvent transporter que 4 malades couchés ou 10 assis. Commence alors un ballet incessant d’allers et retours entre Dachau, Varsovie puis la France. La mission d’évacuation va durer plus d’un mois. Puis ce sera le camp de Buchenwald.
Le 11 Novembre 1945, suite à la fermeture des frontières de la zone d’occupation soviétique par l’URSS, ‟l’Escadron bleu” achève sa mission et retourne en France avec Madeleine Paulac
Mais pour elle, le problème le plus douloureux auquel elle a eu à faire face n’est pas résolu : le viol des religieuses allemandes et polonaises par les hordes staliniennes(2) et l’adoption des produits de ces viols…
Les soldats de l’armée rouge ont été vivement encouragés et endoctrinés à ‟punir l’ennemi autant qu’à le vaincre” et très vite à confondre civils et militaires dans la fureur commandée.
Ilya Ehrenbourg(1), idéologue et écrivain soviétique, propagandiste du régime stalinien, écrivit dans « l’Étoile rouge » en 1942 : « Tuons… si tu n’as pas tué un Allemand, ta journée est perdue ». Il recommande aussi de « briser avec violence la fierté raciale des femmes allemandes ».
Un appel au meurtre et un encouragement au viol, parfaitement compris et entendu. Les commissaires politiques précisaient : « Il n’y a pas d’innocents chez les fascistes ». « L’Armée rouge était hors de contrôle », commente l’historien britannique de la Seconde Guerre mondiale Anthony Beevor :
C’est peut-être les chiffres énormes des viols qui frappent le plus : 2 millions de femmes allemandes, dont 10 000 au moins mourront de leurs blessures, sont assassinées ou se suicident. Des prisonniers de guerre britanniques, libérés par les Russes témoignent : des soldats soviétiques « violaient les premières semaines après la conquête, chaque femme, chaque fille de 12 à 60 ans ». C’est le plus grand phénomène de viols de l’Histoire.
Mort de Madeleine Pauliac
Début février 1946, le colonel Georges Sazy, représentant des intérêts commerciaux de la France en Pologne désormais soviétisée, s’est rendu à Varsovie. Madeleine Pauliac en a profité pour l’accompagner et reprendre contact avec les religieuses violées qu’elle avait assistées…
Elle avait déjà commencé à faire adopter en France certains de ces ‟témoins‟ au combien gênants pour la réputation européenne des soviétiques, malgré les efforts titanesques des communistes occidentaux notamment français…
Le 13 février 1946, vers 20 h 00, dans un virage sur la route verglacée qui va de Lowicz à Sochaczew, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Varsovie, le véhicule percute un arbre. Madeleine Pauliac et Georges Sazy sont tués sur le coup, le chauffeur est grièvement blessé.
Trois jours plus tard, leurs cercueils plombés, après une cérémonie très solennelle, sont déposés dans un caveau de la partie civile du cimetière de Powązki où ils resteront jusqu’en juillet 1946.
Les cendres de Madeleine Pauliac seront alors transférées à Villeneuve-sur-Lot, où, le 27 juillet, les compagnes de l’Escadron bleu et un détachement de FFI les conduisent jusqu’à la sépulture familiale au cimetière Saint-Etienne.
Quatre-vingts ans plus tard, en 2017, le neveu de Madeleine Paiuliac, Philippe Maynial va publier une biographie de sa tante : « Madeleine Pauliac l’insoumise » aux ed. XO L’ouvrage raconte l’engagement de Madeleine Paumiac et les missions de l’escadron Bleu…
L’auteur s’interroge sur la nature de cet « accident » et finalement n’exclut pas l’hypothèse d’un assassinat… C’est qu’en plein procès de Nuremberg toutes les exactions soviétiques de Pologne étaient soigneusement cachées et celles qui ne pouvaient être ignorées étaient systématiquement attribuées aux Allemands (L’affaire des massacres de Katyn est emblématique !) Cependant, si le charnier de Katyn est découvert dès 1943, ceux de Kharkov et Kalinine ne seront exhumés dans les années 1990, après l’ouverture des archives soviétiques. A l’époque, cela présentait donc un risque de découverte en plein procès de Nuremberg… L’existence même de Madeleine Pauliac et de ses combats pouvait constituer une menace pour les soviétiques !
Il aura donc fallu attendre quatre-vingts ans pour sortir Madeleine Pauliac de l’oubli !
Médaille d’or de la croix Rouge polonaise Madeleine Pauliac avait été nommée chevalier de la légion d’honneur et était titulaire de la croix de guerre avec palme.
Elle est notée à l’état civil « Morte pour la France »…
On attend toujours que les féministes la consacrent comme « femme remarquable ».
Notes :
(1) Né à Kiev, dès sa jeunesse, Ilya Ehrenbourg cherche à se forger une identité entre ses origines juives, ses racines russes d’Ukraine et son européanisme, cultivé au cours de ses séjours à Paris en 1908-1917 et 1921-1940.
L’étrange vie d’Ilya Ehrenbourg, « l’animal de compagnie juif de Staline »
(2) L’article de wikipedia consacré à Madeleine Pauliac mentionne odieusement un rôle d’allemands dans les viols commis sur des religieuses. Ceci est évidemment totalement inventé : le viol est une pratique soviétique, américaine et hélas française comme le montre les procès et témoignages historiques : les implications de soldats allemands dans les viols sont rarissimes et toujours très violemment réprimés par la hiérarchie. La condamnation à mort et l’exécution n’étaient alors pas exclues ! On a le plus grand tort aujourd’hui d’amalgamer « armée rouge » et armée russe contemporaine…
































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