Donald Trump a gagné les élections en partie sur la promesse de mettre un terme à la guerre en Ukraine, mais aussi plus généralement sur celle de ne plus déclencher et mener de guerre extérieure pour se concentrer sur le « Make America Greet Again ». C’est grandement par cette promesse de s’occuper d’abord et principalement des problèmes intérieurs que rencontre la population des États-Unis que de nombreux américains ont soutenu sa campagne.
Après le kidnapping de Maduro, et maintenant avec le déclenchement d’une agression unilatérale et injustifiée contre la République islamique d’Iran, la déception – voire le dégout – au sein même du camp « MAGA » ne se cache plus comme en témoignent les réactions de nombre de ses partisans, certains même auxquels Donald Trump avait mis le pied à l’étrier en politique et intégré jusqu’au cœur même de son dispositif au Congrès ou à la Maison Blanche… Pour l’illustration, voici les déclarations toutes chaudes de Carrie Prejean Boller (de l’équipe Trump, mais virée de la Maison Blanche il y a quelques jours) et de Marjorie Taylor Green (ancienne trumpiste ayant démissionné du Congrès il n’y pas deux mois) :
Réaction de Marjorie Taylor Green :
« Nous avons crié « Plus de guerres étrangères, plus de changement de régime ! » Nous l’avons répété main dans main, discours après discours. Trump, Vance, et pratiquement toute l’administration, ont fait campagne sur ce thème, promettant de faire passer l’Amérique avant tout et de rendre sa grandeur à l’Amérique. Ma génération a été déçue, maltraitée et exploitée par notre gouvernement tout au long de notre vie adulte, et la génération de nos enfants est littéralement abandonnée. Des milliers et des milliers d’Américains de ma génération ont été tués et blessés dans des guerres étrangères interminables et absurdes, et nous avons dit « ça suffit ». Mais nous libérons le peuple iranien. S’il te plaît. L’Iran compte 93 millions d’habitants ; qu’ils se libèrent. Mais l’Iran est au bord de se doter de l’arme nucléaire. Oui, bien sûr. On nous a rabâché ce discours pendant des décennies, et Trump nous a tous assuré que ses bombardements de l’été dernier avaient tout anéanti. C’est toujours un mensonge et c’est toujours « L’Amérique en dernier ». Mais cette fois, c’est la pire des trahisons, car elle vient de l’homme et de l’administration mêmes que nous pensions différents et qui avaient dit « ça suffit ». Nous pensions que la victoire remportée en 2024 serait enfin le moment de faire passer l’Amérique en premier. Et nous pensions que cela désignait l’Américain moyen, homme et femme, et leurs enfants. Pas les élites. L’Amérique a souffert et ils s’en fichent complètement. Des centaines de milliers de petits entrepreneurs américains ont perdu leurs entreprises durement gagnées lors des confinements draconiens liés à la COVID-19, qui, soit dit en passant, ont débuté sous Trump avec 15 jours pour ralentir la propagation du virus et se sont poursuivis sous Biden et les démocrates. Il n’y a aucune différence entre eux. Blessures liées aux vaccins, décès, retards et pertes dans notre système éducatif financé par les contribuables, taux de suicide record, profits records pour les grandes entreprises pharmaceutiques et AUCUNE responsabilité de la part de quiconque au sein de l’administration MAGA America First alors qu’ils s’enfuient pour déclencher des guerres et instaurer la paix en même temps. Créez la crise et la solution simultanément, puis construisez des immeubles pour faire des profits. MAGA ! Pendant des années, nous avons exigé la publication des dossiers Epstein, réclamant transparence et justice pour des milliers de victimes, femmes et enfants, de la part des hommes les plus riches et les plus puissants du monde. Nous avons dû nous battre contre Trump lui-même pour y parvenir, même après avoir fait campagne sur ce sujet. Et personne n’a été arrêté, et il est probable qu’il n’y en aura jamais. Aucune responsabilité, aucune justice. Au lieu de cela, nous aurons une guerre contre l’Iran menée par Israël, qui aboutira à l’instauration d’un régime en Iran. Une autre guerre étrangère pour un peuple étranger, pour un changement de régime étranger. Pour quoi? Est-ce que cela réduira l’inflation causée par notre gouvernement ? Une inflation provoquée par les Démocrates comme par les Républicains, avec leurs décennies de dépenses publiques corrompues qui nous ont tous asservis sous une dette de près de 40 000 milliards de dollars et ont réduit la valeur de notre dollar à néant. Non, une guerre contre l’Iran ne réduira pas l’inflation et ne rendra pas le coût de la vie abordable. Une guerre contre l’Iran permettrait-elle de réparer notre système de santé et de rendre l’assurance maladie abordable pour les Américains ? Aucune guerre contre l’Iran n’y parviendra, et l’administration MAGA et les Républicains ne travaillent même pas sérieusement sur ce sujet. Une guerre avec l’Iran empêchera-t-elle l’IA de remplacer votre emploi ? Non. Est-ce que la guerre avec l’Iran vous permettra d’acheter une maison plus facilement ? Non, mais vous verrez des vidéos TikTok de magnifiques penthouses une fois Gaza reconstruite.Une guerre contre l’Iran contribue-t-elle à résoudre la crise de santé mentale ou la pandémie de toxicomanie aux États-Unis ? Non. La guerre contre l’Iran contribue-t-elle à ce que les familles américaines restent unies et survivent ? Non, absolument pas. Mais quelques heures après le début de la guerre avec l’Iran, on a appris qu’une quarantaine de jeunes filles innocentes, des écolières, avaient été tuées en Iran par des bombes israéliennes. Et ils s’en moquent, ils ont tué des milliers d’enfants innocents à Gaza, et apparemment notre administration pro-paix s’en moque aussi. Et, puisqu’ils ne résolvent pas les problèmes de l’Amérique, il est clair qu’ils ne se soucient pas non plus de nos enfants. Maintenant, on va gaver l’Amérique de toutes les « nobles » raisons qui ont poussé le président « pacifiste » américain et son administration pro-paix à entrer à nouveau en guerre cette année, après seulement un an au pouvoir. C’est à couper le souffle, mais MAGA. »
Réaction de Carrie Prejean Boller :
« Israël est notre ennemi. Les Américains sont trompés depuis des années, manipulés pour croire que l’État d’Israël est « la nation élue de Dieu » et « le peuple élu de Dieu ». Ainsi, ils peuvent se permettre de tuer qui bon leur semble. Toute critique est interdite, sous peine de chantage moral et d’être traité d’« antisémite ». Israël peut entraîner l’Amérique dans des guerres en son nom à cause de l’ignorance biblique et de la stupidité théologique de nos politiciens. Ils sont corrompus. Trop occupés à vénérer l’argent et le pouvoir, ils ont perdu le désir d’être un peuple saint et moral. Ils ont vendu leur âme pour satisfaire des désirs terrestres. N’oubliez pas : on ne peut servir deux maîtres. Nous voyons maintenant lequel de nos politiciens sert. Le mensonge a été dévoilé, le soutien a quasiment disparu. Ils le savent. C’est pourquoi ils savent que c’est leur dernière chance de combattre pour Israël. Ils veulent envoyer vos fils et vos filles mourir pour l’État génocidaire d’Israël. Les Américains ne sont pas stupides. Nous connaissons tous la vérité. Il nous appartient de nous unir en tant qu’Américains et de chasser du pouvoir tous les traîtres, pour qu’ils ne soient plus jamais élus. Israël est notre ennemi. »
Et selon un premier sondage Reuters-Ipsos (réalisé du 28 février au 1er mars aux États-Unis) 27 % des sondés seulement approuvent l’agression de l’Iran ; et 55 % seulement des électeurs républicains. Sombre perspective pour les « midterms », les élections de la mi-mandat de novembre des deux chambres du Congrès des États-Unis (l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants est renouvelé, ainsi qu’un tiers des 100 sièges du Sénat)…
Mais les Américains auraient-ils la mémoire courte et ne savent-ils pas que « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent » ? D’autant qu’il y a ces précédents célèbres : les prédécesseurs de Donald Trump, Woodrow Wilson avant la Première Guerre mondiale et Franklin Roosevelt avant la Seconde Guerre mondiale, avaient promis de ne pas intervenir…
Voici donc quelques rappels historiques sur les bouches de serpents de la Maison Blanche.
JN
16 juin 1916, Woodrow Wilson : « Il nous a évité la guerre ! »
Le 16 juin 1916, les délégués à la Convention Nationale démocrate de Saint-Louis adoptaient les grandes lignes de leur plate-forme électorale, saluant « les splendides victoires diplomatiques de notre grand président, qui a préservé les intérêts vitaux de notre gouvernement et de ses citoyens, et nous a tenus à l’écart de la guerre». « He kept us out of war » (Il nous a évité la guerre), sera donc le slogan moteur qui va lui permettre de remporter, de justesse, les élections pour son second mandat.
Avant cela, le 23 décembre 1913, au début de son premier mandat, il créait la FED, la banque centrale américaine. Ça n’a l’air de rien, mais depuis, nous avons eu tout le temps de nous rendre compte que c’était l’un des plus redoutables outils de puissance des États-Unis, sans lui, il n’est pas certain que le pays aurait eu l’organisation financière suffisante pour entrer en guerre.
Le 4 août 1914, alors qu’une rafale de déclarations de guerre s’abat sur l’Europe depuis le 3 août, Wilson fait sa célèbre proclamation de neutralité. Réel pacifisme, ou nécessité préalable de préparer le pays à la guerre, la question peut déjà se poser. Quoi qu’il en soit, malgré la guerre sous-marine allemande et le torpillage du Lusitania le 7 mai 1915, l’Amérique maintient sa position de neutralité.
Au début de son deuxième mandat, il milite encore pour une paix sans vainqueur.
Mais ensuite, les choses se précipitent, le 2 avril 1917, le Président prononce devant le Congrès sa déclaration de Guerre « to make the world safe for democracy » (rendre le monde plus sûr pour les démocraties). Ce qui est curieux, c’est que sur la base de cet argument, il pouvait déjà entrer en guerre en 1914, aux côtés de la France et de l’Angleterre, contre l’Allemagne et l’Autriche.
Le 8 janvier 1918, il présente devant le Congrès les « quatorze points » qui doivent, selon lui, guider les négociations de paix après l’armistice. Voilà donc quelqu’un qu’on persiste à nous présenter comme un isolationniste invétéré qui soudainement se sent investi de la responsabilité et de la mission de faire advenir sur Terre la paix mondiale, le règne du droit, de la liberté et de la démocratie. Il se met à créer des pays, à retracer des frontières, à édicter des principes de gouvernance mondiale.
Concrètement, on ne voit pas très bien en quoi l’attribution de l’Alsace à la France répondrait à une aspiration légitime de paix fondée sur le droit, tandis que l’attribution à l’Allemagne relèverait d’une usurpation belliqueuse. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Ah bon, parce qu’il y a eu un référendum sur le sujet quelque part ? Non, il y a eu une guerre gagnée par la France, c’est tout. Le seul principe intéressant de cette liste n’y figure pas : c’est désormais l’Amérique qui commande.
Le camion électoral ci-dessous résume assez bien les axes de campagne de Woodrow Wilson :
Le premier est assez loufoque « qui a renversé le mur de l’argent » : avec la création de la FED, sous statut privé, il n’a pas cassé le pouvoir de l’argent, il l’a institutionalisé – ce qui n’est pas un mal en soi, tout dépend à qui on confie la direction de l’institution, mais ce n’est pas ici le sujet, c’est juste que cela nous invite à lire attentivement la deuxième ligne sur ce camion.
« Who keeps us out of war? » (qui nous épargne la guerre), ce qui, stricto sensus, n’est pas une promesse que ce sera toujours le cas à l’avenir, c’est déjà une nuance sur la rédaction de la Convention qui disait « He kept us out of war », ce qui sonnait davantage comme un fait acquis sur lequel il n’y avait pas à revenir.
Plus bas, on trouve un pin’s avec une rédaction encore un peu différente « He has kept us out of war », ce qui veut aussi dire qu’il nous préserve de la guerre avec la nuance qu’il a déjà commencé à le faire dans le passé.
Peu importe finalement, le sens général de toutes ces formulations, c’est qu’il « nous protégera de la guerre », la preuve, c’est que c’est déjà ce qu’il fait et qu’il a toujours fait.
Pourtant, sur le devant du camion, juste sous la promesse de prospérité (qui suppose la paix) on remarque le terme « Preparedness » (Se tenir prêt), mais se tenir prêt et se préparer à quoi ?
Ci-dessous, d’autres gadgets électoraux, des pins qui incitent quand même bel et bien à croire que Wilson maintiendra l’Amérique en dehors du conflit.
23 octobre 1940, Roosevelt : « Jamais vos fils ne seront envoyés dans une quelconque guerre à l’étranger »
Le 23 octobre, sous la pression de son rival lors de l’élection présidentielle, alors qu’il concoure pour son troisième mandat – une exception assez incompréhensible à la tradition des deux mandats maximum – Roosevelt emploi sa formule qu’on ne manquera pas de lui renvoyer à la figure par la suite : « Your boys are not going to be sent into any foreign wars » (FDR’s Campaign Promise – YouTube – Your boys are not going to be sent into any foreign wars)
Avant cela, le 31 août 1935, peut-être échaudé par l’expérience Wilson, le Congrès adopte une première loi sur la neutralité interdisant l’exportation « d’armes, de munitions et d’équipements de guerre » des États-Unis vers des nations étrangères en guerre et exigeant des fabricants d’armes aux États-Unis qu’ils demandent une licence d’exportation. Le but de la loi étant manifestement de ne pas se laisser entraîner dans une guerre.
Le 5 octobre 1937, Roosevelt, lors de son « quarantine speech » essaie déjà de contourner ce principe de neutralité en évoquant la nécessité d’imposer une mise en quarantaine aux états militaristes : pour Roosevelt, donc, un blocus n’est pas un acte de guerre de nature à violer le principe de neutralité de l’Amérique (principe dont, au demeurant, personne n’a jamais constaté l’application nulle part).
Le 3 septembre 1939, alors que l’invasion de la Pologne par le Reich vient de débuter, Roosevelt tient son « fireside chat » (causerie au coin du feu) dans lequel, tout en réaffirmant la neutralité américaine, il prévient les Américains que l’Amérique ne peut pas rester indifférente aux conflits mondiaux qui la touche nécessairement.
À la limite, ce fireside chat est son message le plus honnête, pour le reste, mais ce serait trop long à raconter ici, il ne dit rien de :
- sa campagne diplomatique avant l’invasion de la Pologne pour précipiter l’Europe dans la guerre : https://jeune-nation.com/kultur/culture/la-campagne-du-president-roosevelt-pour-pousser-a-la-guerre-en-europe-2
- Campagne confirmée par l’affaire Tyler Kent : https://jeune-nation.com/kultur/culture/roosevelt-et-laffaire-tyler-kent-en-mai-1940
- De la collusion des services secrets britanniques et américains pour faire basculer l’opinion publique américaine en faveur de la guerre : https://jeune-nation.com/kultur/histoire/collusion-franklin-roosevelt-is-britannique-la-campagne-clandestine-pour-lentree-en-guerre-des-usa
- Collusion qui trouvera son point d’orgue le 27 octobre 1941 avec son « Navy day speech » (discours pour le jour de la Marine) : https://jeune-nation.com/kultur/histoire/roosevelt-le-discours-de-la-carte-secrete
- On pourra également s’intéresser à l’échange entre Roosevelt et Hitler entre le 14 et le 28 avril 1939 : la guerre entre les deux avait commencé – à fleuret moucheté : https://jeune-nation.com/kultur/histoire/28-avril-1939-hitler-repond-au-message-de-defi-de-roosevelt-2
Conclusion
L’Histoire nous invite à nous méfier de ces présidents américains en campagne qui promettent la paix, peu importe qu’ils soient sincères ou pas, le fait est que ça ne se réalise jamais.
Annexes
Avant qu’on ne nous le reproche, soulignons que la vidéo donnée plus haut du discours de Roosevelt en campagne électorale (de 1940) n’est peut-être pas très honnête en ce sens qu’elle aurait coupé la phrase avant une précision importante : « Your boys are not going to be sent into any foreign wars … » « … except in case of attack ».
On trouvera ci-dessous des citations plus complètes, pour notre part, nous n’avons pas l’impression que la vidéo ait été coupée, de plus, il est clair que le sens du message est que l’Amérique restera militairement à l’écart de la guerre en Europe. November, 1944 – FDR: Day by Day
1. “The Democratic platform adopted in Chicago, in 1940, stated: “We will not participate in foreign wars, and we will not send our army, naval or air forces to fight in foreign lands outside of the Americas, except in case of attack.”
2.”On September 11, 1940, in Washington, D.C., the President said: “I hate war, now more than ever. I have one supreme determination—to do all that I can to keep war away from these shores for all time. I stand, with my party, and outside of my party as President of all the people, on the platform, the wording that was adopted in Chicago less than two months ago. It said: ‘We will not participate in foreign wars, and we will not send our army, naval or air forces to fight in foreign lands outside of the Americas, except in case of attack.’”
3. “On October 23, 1940, in Philadelphia, the President again said: “We are arming ourselves not for any foreign war. We are arming ourselves not for any purpose of conquest or intervention in foreign disputes. I repeat again that I stand on the platform of our party: ‘We will not send our army, naval or air forces to fight in foreign lands outside of the Americas, except in case of attack.’”
4. “On October 30, 1940, in Boston, Mass., the President said: “And while I am talking to you, mothers and fathers, I give you one more assurance. I have said this before, but I shall say it again, and again and again. Your boys are not going to be sent into any foreign wars. They are going into training to form a force so strong that, by its very existence, it will keep the threat of war far away from our shores. The purpose of our defense is defense.”
Toujours la même politique yankee de défense des intérêts de l’entité sioniste avec dans une main la bible, dans l’autre, le dollar et toujours le couteau entre les dents!
Avec ou sans Trump, les yankees restent les yankees ! https://t.co/EWMZhjqsxy— YVAN BENEDETTI (@Yvan_Benedetti) February 28, 2026






























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