LA GUERRE en Ukraine, après tant de morts et de destructions depuis le 24 février 2022, ne marque aucun signe de baisse de son intensité. Elle est devenue largement statique depuis l’automne 2022, avec des variations très faibles du front. La guerre, toujours un enfer par définition, a vu prospérer, à une échelle inconnue, une nouvelle menace, celle des drones — petits avions sans pilotes, télécommandés —, qui seraient à l’origine de 80 à 90 % des pertes sur la période la plus récente, pour les deux camps. Où en est-elle en cette fin de printemps 2026 ?
L’UKRAINE CHERCHE-T-ELLE A ENTRAÎNER LES PAYS BALTES DANS LA GUERRE ?
On peut poser, après de multiples incidents semblables au fil des semaines, la question suivante : l’Ukraine cherche-t-elle à étendre la guerre aux Pays Baltes ? Leurs gouvernements ont en effet dénoncé ces dernières semaines les chutes régulières de drones ukrainiens armés, chargés d’explosifs, sur leurs territoires. Kiev prétend qu’ils seraient russes ou “piratés” par la Russie, ce qui n’a pas convaincu, et pas même des antirusses hystériques. Ils se plaignent aussi de plans de vols, depuis l’Ukraine, survolant leurs territoires, afin de frapper le territoire russe, notamment les raffineries de la région de Saint-Pétersbourg ; ce trajet permet de contourner le gros des défenses antiaériennes russes, très concentrées dans les régions voisines de l’Ukraine, comme celle de Koursk, ou devant Moscou. Il y a tout lieu de supposer un trajet via la Pologne, probablement complice passive consciente. Cette très probable, sinon certaine, manœuvre ukrainienne, aurait donc pour but de forcer l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, à entrer en guerre contre la Russie. Ces incidents répétés ont fait tomber le gouvernement letton de Madame Evika Silina, démissionnaire le 14 mai. Il y a eu donc au moins une conséquence significative, pas forcément souhaitée par Kiev.

Néanmoins, ces provocations ukrainiennes ont provoqué beaucoup de réactions prudentes et embarrassées pour l’essentiel, qui n’ont rien à voir, en intensité, avec une erreur russe, comme le missile hors de contrôle tombé sur la ville frontalière roumaine de Galati, le 30 mai.
Toute diversion est certainement bonne à prendre pour l’Ukraine, devant diviser l’effort militaire russe, ou détourner l’attention nationale et internationale d’un énième scandale de corruption de mai 2026 frappant des proches de Zelensky — qui serait, officiellement, lui, comme toujours, totalement innocent (qui peut encore y croire ?) — , mais, au-delà des Pays Baltes, la vraie participation directe souhaitée par Kiev à cette guerre est celle de l’OTAN. Seraient espérés un engrenage, des attaques russes contre ces Pays Baltes, même pensées comme des ripostes proportionnées, et qui amèneraient au déclenchement du fameux « article 5 », l’entrée en guerre de tous les pays de l’OTAN, de la Roumanie aux Etats-Unis, par solidarité collective, contre la Russie. Cela concernerait hélas la France, toujours membre de l’OTAN, alors qu’il n’y a plus aucune justification depuis l’effondrement du Bloc de l’Est en 1989-1991. Si l’OTAN entrait frontalement en guerre, la Russie serait en difficulté, mais elle pourrait à son tour être alors franchement soutenue par la Chine ; il faut décidément se méfier des engrenages.
Ces tristes querelles est-européennes, déplorables certainement, et dont aucun acteur n’est totalement innocent, ne concernent en rien la France. Il faut tenir compte en outre des leçons de l’Histoire évidentes — oserait-on dire du « devoir de mémoire » ? — de deux catastrophiques guerres mondiales engagées en solidarité avec la Serbie et la Pologne, estimables nations certainement, mais fort loin des intérêts vitaux français. Il est probable, heureusement, que cette manoeuvre de l’Ukraine échouera.
UNE RUSSIE EN DIFFICULTÉ OU PRÉPARANT UNE NOUVELLE OFFENSIVE IMPORTANTE ?
Pendant ce temps, en Ukraine, le front reste pour l’essentiel, à l’échelle d’un pays de taille comparable à la France, figé, chaque camp se vantant d’avances de quelques kilomètres dans un sens ou dans l’autre, dans les régions disputées du Donbass, de Kharkov, de Zaporijjia. L’armée ukrainienne, moins nombreuse, compenserait cette faiblesse relative en déplaçant avec une efficacité particulière ses formations le long des lignes intérieures, avec des contre-attaques locales réussies, à l’automne à Koupiansk — toujours disputée — et au printemps à Zaporijjia. Ces trajets sont beaucoup plus courts, donc rapidement exécutés, que ceux des forces russes, qui doivent effectuer de longs détours, en contournant toute la zone des combats, ce qui est donc beaucoup plus long pour acheminer des renforts d’un secteur menacé à un autre. Ainsi, l’armée ukrainienne a réussi à obtenir, localement, plusieurs situations de supériorités nettes, en hommes et en matériels. Aussi, en ce printemps 2026, à Zaporijia, l’armée russe a été repoussée de 20 kilomètres. Cela constitue un record, depuis l’automne 2022, pour cette guerre fort statique, rappelant beaucoup l’immobilisme des tranchées de la Première Guerre mondiale qui, elle aussi, a duré plus de quatre ans. Mais il ne faut pas tirer de conclusions majeures sur la marche générale du conflit de ces succès tactiques ukrainiens récents. Il n’y a eu aucune percée en profondeur du dispositif défensif russe pour autant, et aucune reprise de ville significative.
Cette stagnation, sur plusieurs mois, de l’armée russe, pose toutefois question : la Russie serait-elle militairement — après 200 000 morts (hypothèse moyenne) et 4400 chars détruits (chiffre à peu près certain), économiquement — la croissance annoncée pour 2026 est faible ou nulle, suivant les données officielles —, épuisée ?
C’est une hypothèse soutenable après plus de quatre ans de guerre. Néanmoins, il n’est pas certain que l’Ukraine, en dépit des bonnes performances récentes de son armée, ne s’épuise pas davantage, et plus vite, militairement — plus de 1300 chars détruits, 200 000 morts, avec de gros problèmes d’effectifs, impossible à renouveler, et des désertions importantes — et économiquement — hors de l’armement, tout s’effondre par pans entiers —. Une autre hypothèse, point de vue optimiste pour la Russie, serait de considérer la constitution d’un corps d’armée de réserve, nombreux, bien équipé, entraîné, loin du front, dans l’immensité russe, pour réaliser dans quelques semaines ou dans quelques mois une tentative de percée importante.
On ne suivra pas Zelensky lorsqu’il annonce, pour la énième fois, une invasion terrestre russe imminente des Pays Baltes, ce qui fait partie de sa manœuvre politique évoquée précédemment, ou même une nouvelle offensive en direction de Kiev via la Biélorussie, sur le modèle de celle qui avait échoué en février-mars 2022 ; mais, précisément, du fait de cet échec, il semble peu probable que l’état-major russe cherche, sans supériorité écrasante — ce qui n’est pas le cas —, à renouveler la manœuvre. En revanche, on peut envisager, dans ce scénario, des tentatives de percée du front ukrainien dans ses secteurs les plus faibles, relativement, soit la frontière ukrainienne du Nord- Est, au Nord-Ouest du secteur très défendu de Kharkiv (Kharkov), capitale économique de l’Ukraine et principale ville de l’Est du pays, et revendiquée largement en Russie, puisque peuplée d’Ukrainiens très russifiés linguistiquement et culturellement — ce qui ne veut pas dire qu’ils ne se considèrent pas, pour la plupart, comme Ukrainiens —.
Quoi qu’il en soit, en prenant en compte l’agacement réciproque des opinions publiques du fait des bombardements persistants d’un camp contre l’autre, à coup de drones et de missiles, tuant beaucoup de civils et faisant moult dégâts matériels, la perspective d’un cessez-le-feu paraît toujours aussi lointaine.
S. de S.
Source : Rivarol, n°3711 du 3 juin 2026












































JN TV





Merci pour votre analyse
Ajoutons que l’attaque de la Russie via les Pays Baltes est décidée par L’OTAN donc les Usa avec l’appui de leurs moyens de renseignements et de leurs satellites GSM et starlink.