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L’origine et le développement du judaïsme politique avant la déclaration Balfour (1ere partie)

En analysant l’islam politique, dans ses origines, ses fondements, son organisation, son développement et ses branches, nous constatons sa similitude avec le judaïsme politique. Ces deux courants, théoriquement et officiellement opposés, sont pourtant liés dans la mesure où ils réalisent les mêmes objectifs politiques : la dislocation des systèmes nationaux et l’établissement de nouveaux modèles politiques et institutionnels dont les pourtours ne sont pas encore bien définis.

L’évolution de la situation mondiale au cours des dernières décennies avec la montée des fondamentalismes et l’instrumentalisation des facteurs religieux et communautaires à des fins politiques par le recours notamment à de forces paramilitaires, stipendiées par les services secrets le démontrent. Ces deux courants (1) se soutiennent mutuellement et comportent, dans leurs organisations respectives et parmi leurs soutiens, des adeptes qui n’appartiennent pas à la religion dont ils prétendent défendre les intérêts (2).

Pour illustrer les liens entre le judaïsme et l’islam politiques, l’on se tiendra à un phénomène évident : l’absence d’hostilité entre eux et l’existence de gestes exprimés réciproquement entre eux pour éviter les conflits.

Ainsi, L’adjoint d’Abou Bakr Al Baghdadi, le Calife auto-proclamé de Daech, Abu Muslim Al Turkmani, posta un message twitter sur le compte officiel de son organisation, dans lequel il indique que « Dans le saint Coran, Allah ne nous a pas ordonné de combattre Israël ou les juifs qu’après avoir combattu les renégats et les hypocrites ».

Parallèlement, dans une déclaration lors d’une conférence tenue à Tel Aviv en janvier 2016, le ministre israélien de la Défence, Moshé Yaalon, n’a pas hésité à affirmer « si je devais choisir entre l’Iran et Daech, je choisirai Daech ». Ce même officiel israélien avait insinué, en avril 2017, des liens entre son gouvernement et Daech, mettant dans l’embarras les milieux politiques de son pays. Il avait indiqué qu’Israël avait reçu « des excuses officielles de Daech pour avoir tiré par erreur quelques roquettes contre Israël ».

Par ailleurs, en 2016, le journal américain, Wall Street Journal, révéla une aide militaire israélienne au groupe paramilitaire de Daech, allant jusqu’à la formation d’une unité militaire spéciale chargée d’assister cette organisation en lui fournissant « armes et munitions », « soldes pour ses membres » dans un objectif de « bon voisinage », selon la formule utilisée par le journaliste Ehud Yaari. Dans ce même journal, le porte parole du groupe armé baptisé « les Combattants du Golan » a rendu un « vibrant hommage » à Israël pour « s’être bravement tenu à nos côtés: si ce n’était pas l’aide d’Israël, on n’aurait jamais pu tenir tête à l’armée syrienne », avait déclaré Moatassem Al Gholani tandis que son compagnon de combat, Abou Sahil dévoilait le montant versé par Israël à titre de solde :

« À titre de commandant, je perçois un salaire annuel de 5.000 dollars versé par Israël. Et mon groupe travaille avec Tel-Aviv depuis 2013, soit depuis une première offensive d’envergure de l’armée syrienne contre nos positions. Nous avons demandé aux Israéliens de nous venir en aide, d’accueillir nos blessés dans leurs hôpitaux. (…). Tel-Aviv nous a envoyé argent et munitions non pas seulement à notre groupe mais aussi aux autres groupes qui se battaient à nos côtés au Golan ».

Enfin, il n’est pas inintéressant de rappeler les liens entretenus entre Israël et le Front Al Nosra (3) dénoncés par les Nations-Unies. Ainsi, en décembre 2014, dans son rapport trimestriel au Conseil de Sécurité, l’ancien Secrétaire Général de l’Organisation mondiale avait révélé ces rapports « depuis plus de 18 mois, facilitant le traitement médical des combattants blessés » (4).

Par ailleurs, en mai 2017, un autre rapport des Nations-Unies a fait état d’une série de rencontres (16 rencontres) entre des représentants militaires israéliens et des dirigeants de Daech près de la frontière syrienne, notamment dans la région de Quneitra et dans les hauteurs centrales du Golan, entre le 18 novembre 2016 et le 1er mars 2017.

Nous nous limiterons, dans cette étude à une courte analyse du judaïsme politique en rappelant ses origines et son développement, avant la Déclaration du Lord Balfour.

I – LES ORIGINES DU JUDAÏSME POLITIQUE

À l’instar de l’islam politique, le judaïsme politique a cherché un fondement religieux et communautaire à sa théorie. Il a instrumentalisé ces facteurs (5) à des fins politiques, en alimentant les dissensions entre les membres des communautés religieuses juives qu’il prétendait défendre et les autres populations où ces communautés se trouvent, en exploitant les faits divers à cette fin et en provoquant des événements spectaculaires afin de modeler l’opinion publique pour arriver à ses objectifs de dislocation des corps sociaux.

Or, ce n’est qu’en examinant la complexité du judaïsme qui est divisé en plusieurs branches, rites, courants philosophiques et théologiques ainsi que l’origine ethnique des fidèles juifs (6), à l’instar des autres grandes religions monothéistes ont des origines ethniques et sociales diverses, qu’on se rend compte de cette réalité.

Dans un premier temps, il convient de rappeler brièvement les grands courants du judaïsme, depuis la destruction du second Temple (7) qui a permis au judaïsme rabbinique de se développer à partir du IIe siècle de l’ère chrétienne.

Ensuite et dans un deuxième temps, il sera examiné la genèse d’un courant politique qui a cherché à uniformiser les communautés juives dans le monde, en se fondant sur certains dogmes et pratiques du judaïsme, en particulier sur le messianisme et le kabbalisme (8), les instrumentalisant à des fins purement politiques. C’est ce qui a donné naissance, plus tard, au sionisme.

A – La diversité théologique et ethnique des communautés juives

Contrairement aux idées reçues, propagées notamment par les courants anti-judaïques (dits « antisémites ») au XIXe et XXe siècle ou par les théoriciens du judaïsme politique, le judaïsme présente une pléthore de courants théologiques. Par ailleurs, les communautés juives ont des origines ethniques diverses en raison notamment des conversions massives de populations, au cours de l’histoire, mais aussi aux mariages mixtes, aux viols, etc…

Comme l’a souligné l’historien israélien, Shlomo Sand, dans son ouvrage, « Comment le peuple juif fut inventé », bien que le judaïsme ait pris naissance en terre sémite, l’origine ethnique des fidèles juifs n’est pas totalement sémite en raison des mouvements de conversion dont celui de populations en Europe de l’Est (9). Ces derniers sont d’origine caucasienne comme l’a indiqué le chercheur hongrois Arthur Koestler, dans son livre «La treizième tribu ». Ces communautés juives (dites ashkénazes) sont les descendants des Khazars, un royaume converti massivement au judaïsme au VIIIe siècle avant d’émigrer vers d’autres pays de l’Europe de l’Est en raison des vicissitudes de l’histoire. Koestler se réfère notamment à Ernest Renan qui écrivit, en 1883, dans son livre « Le Judaïsme comme race et religion » :

« Les conversions massives à l’époque grecque et romaine enlevèrent au judaïsme toute signification ethnologique, et coupèrent tout lien physique (mais non spirituel) avec la Palestine (…). La plupart des Juifs de Gaulle ou d’Italie, sont le produit de ces conversions. Quant aux juifs du bassin du Danube ou du sud de la Russie, ils descendent sans doute des Khazars. Ces régions contiennent de nombreuses populations juives qui probablement n’ont rien à voir, du point de vue ethnologique, avec les Juifs d’origine. »

Ceux qui ont critiqué ces auteurs n’ont pourtant pas hésité à confirmer les mouvements de conversion au judaïsme, durant l’histoire, à l’instar du Professeur Israel Bartal qui, dans un article paru dans l’encyclopédie Mikhal, souligne :

« (La question de savoir si) la conversion au judaïsme a affecté une grande partie de la nation Khazar n’est pas pertinente ; ce qui est important, c’est (le fait) que cet événement ait été considéré comme un phénomène hautement significatif dans l’histoire juive, un phénomène qui a, depuis, totalement disparu : le judaïsme comme religion missionnaire… La question de l’impact à long terme de ce chapitre de l’histoire juive sur les communautés juives de l’Europe de l’Est -que ce soit le développement de leur caractère ethnique, ou d’une autre manière- est un sujet qui nécessite de plus amples recherches. Néanmoins, bien que nous ne connaissions pas l’étendue de cette influence, ce qui est clair pour nous aujourd’hui, c’est que cette conversion a eu un impact. »

Enfin, il n’est pas inintéressant de terminer ce rappel relatif aux origines ethniques et culturelles juives, en évoquant l’origine arabe d’un grand nombre de fidèles juifs (10), (cette origine est différente de celle des Séfarades (11) qui ont incontestablement une origine sémique, contrairement aux Ashkénazes, fondateurs et promoteurs du judaïsme politique, mais qui diffèrent des Arabes de culte juif par leurs coutumes et leurs cultures diversifiées).

En effet, la présence des communautés juives dans la Péninsule arabique date du IVe siècle avant notre ère. L’Arabie heureuse a connu des royaumes arabes gouvernés par des monarques de confession juive, à l’instar de Himyar qui devint un véritable empire, contrôlant une grande partie de l’Arabie méridionale et dont le monarque, Abikaib Assaad, s’était converti au judaïsme. Il obligea ensuite ses sujets à le suivre dans cette démarche d’une manière collective (12). Par ailleurs, il est incontestable que Médine (Yathrib) était une cité à majorité juive. Cette ville abrita d’ailleurs le Prophète des musulmans, Mohamed, après son exil de la Mecque.

À cette complexité ethnique s’ajoute une diversité de courants théologiques et religieux juifs.

En effet, dans l’Antiquité le judaïsme a connu trois grands centres : la Judée, Babylone et Alexandrie. Il s’est ensuite répandu au delà de ces endroits, dans des colonies implantées dans différentes régions de l’empire romain, y compris à Rome, en propageant la foi juive : celle du message monothéiste aux Hommes. En adoptant le judaïsme, les convertis adhéraient au « peuple élu de Dieu », ce Dieu qu s’est révélé, dans son unicité, à Abraham et à Moïse.

Toutefois, cette origine du judaïsme relatée dans les livres sacrés juifs, chrétiens et musulmans a été mise en cause par deux chercheurs hébraïsants français, Messod et Roger Sabbah, qui ont publié un ouvrage intitulé « Les secrets de l’Exode : l’origine égyptienne des Hébreux » aux éditions Jean-Cyrille Godefroy, démontrant l’origine égyptienne des Hébreux. Ces deux fils de rabbin évoque ce que Jean-François Champollion avait pressenti et ce que Sigmund Freud avait soupçonné dans ses écrits : l’hypothèse d’une transmission par Moïse l’Egyptien de sa propre religion, celle du Dieu Aton ; Abraham n’étant qu’Akhenaton, le Pharaon qui a introduit le monothéisme dans l’Egypte antique, en instituant le culte unique à Aton, le disque solaire, bouleversant le polythéisme traditionnel.

Selon ces recherches fondées sur la Bible araméenne commentée par un rabbin du XIe siècle, ainsi que sur les textes des pyramides et des temples traduits notamment par Champollion et Christian Jacques, et des éléments troublant trouvés lors de la découverte du tombeau de Toutankhämon, mais aussi grâce à la découverte des tablettes de Tall El Amara (des documents administratifs renseignant sur la politique extérieure et intérieure de l’Egypte au temps d’Akhenaton), Akhenaton rompit avec la religion de son père, Aménophis III, celle d’Amon dont le temple principal se trouvait à Thèbes. Il changea d’ailleurs son nom d’Aménophis IV en « Ankh Aton » et construisit une nouvelle capitale dédiée au culte du Dieu unique, Aton, portant son nouveau nom « Akhe-na-ton ». Il réunit dans cette ville des prêtres, des artistes, des artisans et leur donna des femmes qu’il fit venir de tout le Moyen – Orient. Mais cette « révolution religieuse » ne survécut pas à sa mort. En effet, Akhénaton suscita, de son vivant, le mécontentement des prêtres et des fidèles de la religion de ses ancêtres. À sa mort, Semenkharé lui succéda pendant un an avant le règne de Toutankhâmon, fils d’Akhenaton. À la mort de ce dernier, son Grand Vizir lui succéda, le Pharaon Aï, suivi de Horemheb (Général de Toutânkhamon) et de Ramsès Ier. Ces deux derniers seraient les fils d’Aï. Ils auraient assassiné Akhenaton, appelé par la suite Abraham, restaurateur du culte d’Amon.

Selon les frères Sabbah, Ramsès (issu de Ra) serait Moïse et Horemheb serait Aaron. Ils auraient eu pour mission de déporter la population monothéiste d’Akhenaton, composée de Yahouds (prêtres) et des Apirous (tourbe nombreuse) en terre de Canaan pour « extirper l’hérésie » et assurer une zone tampon entre l’Egypte et les civilisations du Moyen – Orient. Le divin père Aï, nommé Aton – Aï (Adonaï) aurait été adoré en tant qu’incarnation d’Aton et de successeur d’Akhenaton. Le souvenir de la ville d’Akhenaton où se trouvait le jardin du roi, avec l’arbre interdit dont les fruits étaient réservés, les mythes cosmogoniques et les rites, avant d’être réécrits lors de l’Exil à Babylone viendraient de l’Egypte. « Moïse et Aaron furent réunis à leur peuple au – delà du fleuve en Egypte, et rejoignirent leurs pères, les Pharaons, dans la vallée des rois » (13). Les Hébreux (ceux qui ont traversé) auraient voulu revenir en Egypte mais cela leur fut interdit par l’autorité. Le veau d’Or indique qu’Aaron aurait rétabli l’ancien culte à la déesse Athor (vache sacrée) et ce, pendant que Moïse (Ramsès) assistait à l’enterrement d’Aï. Les Hebreux n’auraient pu s’installer en Palestine, pendant quarante ans. Ils seraient restés vers Moab. Selon les Sabbah, Josuée ne serait autre que Sethi Ier qui avait conquis toutes les villes de Palestine.

Les travaux des frères Sabbah s’appuient sur un constat qu’il n’y a aucune preuve archéologique de l’existence des Hébreux tels qu’il sont décrits dans la Bible. Ils seraient vaguement assimilés aux « Apiroux » (peuple semi nomade aux portours flous). Ces deux chercheurs s’interrogent sur le fait qu’une population ayant vécu près d’un demi – millénaire en Egypte, forte de près de deux millions de personnes ne pouvaient pas fuir ce pays sans qu’aucune trace ne subsiste ni de leur long séjour, ni de leur exode. Par ailleurs, les Sabbah indiquent que les scientifiques n’ont trouvé aucune trace d’Abraham dans l’histoire : aucune inscription, de récits, etc… Ils rappellent que la circoncision, pratiquée en Egypte, fut abolie par Akhénaton. Mais, quand ce dernier fut banni au pays de Canaan par Aï, en raison de la « révolution hérétique » qu’il réalisa, ce dernier lui imposa la circoncision qu’il pratiqua tardivement sur lui – même et sur ses fils (il ne céda néanmoins par sur l’excision des filles).

Le judaïsme originel, authentique, serait né en réaction aussi à la circoncision (mutilation sexuelle), une réaction qui a duré jusqu’à la mort de Moïse. Ce dernier avait, en effet, échappé à cette pratique et n’a pas voulu affliger ce geste à son fils, bien que Aï (Adonaï) l’obligea à le faire, en le menaçant de mort. L’épouse de Moïse, Séphora, saisit alors un caillou et effectua cet acte sur son fils, Guershom, en jetant son prépuce aux pieds d’Aï qui tenait Moïse enchaîné. Elle s’excusa aussitôt de son mari. Ce geste fit d’elle une héoïne chez les juifs. Guershem (Sethy Ier) réinstaura la circoncision quand il devint Pharaon.

Les frères Sabbah apportent également un élément important relatif aux juifs africains. Ces derniers seraient les descendants de la police pharaonique composée de Nubiens qui avaient fui vers le sud. C’est la raison pour laquelle, au Kenya, les Masaï se réclament, de nos jours, d’un Dieu unique, évoquant leur âge d’or, au nord et portent des ornements qui rappellent les symboles de l’Egypte ancienne.

Enfin, bien des siècles après cette épopée, lors de l’exil des scribes à Babylone, pays polythéiste, ennemi de l’Egypte, ils ont rédigé un texte (la Bible) maintes fois remanié, où ne figure plus cette lointaine et gênante origine égyptienne, où les noms sont masqués. Cette hypothèse évoquée par les frères Sabbah est intéressante dans la mesure où l’origine et l’histoire du judaïsme provient essentiellement de la Bible qui n’est pas un document scientifique.

Néanmoins, les sources scientifiques nous apprennent que le judaïsme n’a connu une apogée que sous les Hasmonéens qui avaient agrandi leur royaume, en procédant notamment à la conversion de l’Idumée (14), une région limitrophe de la Judée, étendue du sud des monts de Judée jusqu’au nord du Néguev. Au cours de cette période, on assista à la création de deux grands courants opposés (15) : celui des Sadducéens qui rejetaient l’interprétation de la Torah et celui des Pharisiens qui se fondaient sur les règles orales et encouragèrent l’interprétation de la Torah, ce qui a permis le développement du Talmud (16). Les Sadducéens régnèrent sur le Temple en de véritables aristocrates. Ils formèrent le clergé juif tandis que les Pharisiens étaient considérés comme « un parti politico-religieux » avant de devenir un mouvement d’esprit : « celui des disciples des sages et/ou des « rabbis » d’affinité pharisienne » (17).

Après la destruction du Temple et donc la disparition des Sadducéens, les Pharisiens s’emparèrent du judaïsme en mettant en avant le Talmud (18). Le « judaïsme rabbinique » se développa alors : les rabbins prirent pour tâche l’interprétation de la Torah, ce qui était rejeté par les Sadducéens (les prêtres) qui considéraient ces interprétations comme un ensemble de traditions populaires sans valeur religieuse.

Ce n’est que plus tard, au VIIIe siècle, qu’on assista à l’émergence d’un courant qui a renoué avec la spiritualité et les principes des Sadducéens, en s’opposant au judaïsme rabbinique. Il s’agit du « karaïsme », un mouvement fondé en Babylonie par Anan Ben David, au VIIIe siècle, qui s’est développé au cours du IXe siècle de notre ère. Le karaïsme renoua, en quelque sorte, avec la tradition sadducéenne basée sur l’observation de la loi religieuse écrite (la Torah) et non à la tradition orale héritée de père en fils. Au Xe siècle, les Karaïtes constituèrent près de 40 % des fidèles juifs dans le monde avant de décliner progressivement. Ils subsistent néanmoins encore de nos jours en Turquie, en Israël, en Russie, en Lithuanie et en Crimée où il obtinrent un statut particulier au XIXe siècle, sous le Tsars. Les Karaïtes se sont opposés au sionisme et au judaïsme politique dans toutes ses formes, comme ils étaient également opposés au courant talmudique.

Ce courant avait développé une littérature rabbinique (19) constituée de commentaires, d’exégèses et d’interprétations qui ont servi de base, en partie, aux promoteurs du judaïsme politique (20). Mais ces derniers passèrent outre le messianisme proprement dit dont il convient de rappeler l’origine et le développement pour comprendre l’opposition des religieux juifs au sionisme, et plus généralement encore, au judaïsme politique qui constitue pour eux une dérive religieuse et spirituelle du judaïsme.

En effet, selon les croyances religieuses, le royaume d’Israël aurait été instauré au Xe siècle av. J.-C par Saül, David et Salomon. Intronisé roi à la mort de Saül (21), David (22) fut proclamé « messie » (23). Il agrandit son royaume (24) qui s’étendit alors de l’Egypte à l’Euphrate. À sa mort, son fils Salomon lui succéda. Celui – ci eût 700 épouses et sa succession devint difficile. Après sa mort, le royaume fut de nouveau divisé et la dynastie davidique éteinte. Depuis, aucun roi juif n’a reçu l’oint (Mashia’h). Les croyants juifs attendent un successeur, authentique, descendant du roi David, capable de recevoir l’onction : le « Messie ».

Dans ce contexte, un fidèle juif (Jésus de Nazareth), se proclama « Messie » (25) en donnant une valeur spirituelle et non dynastique au messianisme (26). Il fut alors rejeté par les théologiens et le clergé juif puisqu’à cette époque, le messianisme juif consistait à attendre la venue du « Messie », descendant de David, capable de libérer le royaume d’Israël de l’occupation romaine.

Dans cet état d’esprit, un militaire juif tenta de se proclamer le « Messie ». Il s’agit de Bar Kokhba (27) qui surgit au cours du Ier siècle de notre ère, instaurant un Etat juif indépendant en Judée, en s’attaquant aux Romains. Cela fit de lui, aux yeux de certains religieux, notamment Rabbi Akiva, le vrai « Messie ». Cependant, cette aventure a conduit à la défaite totale des Juifs qui se sont vus interdire l’entrée même de Jérusalem.

À l’instar de Ben Kokhba, plusieurs juifs se proclamèrent « Messie » dans l’histoire comme Theudas, Menahem Ben Juda, Moïse de Crète, Ishak Ben Yaacoub, David Alroy, Abraham Aboulafia, Nissim Ben Abraham, Asher Kay, David Reubeni, Salomon Molkho, etc… Mais les plus importants messies proclamés dans l’histoire du messianisme juif demeurent Shlomo Molkho (28) et Sabbataï Tzevi.

Ce dernier instaura un véritable courant qui bouleversa, par la suite, la théologie juive. Il s’agit du sabbataïsme (29) qui engendra, par réaction, le hassidisme (30) et les Mitnagdims (31) mais aussi un courant identique qui a vu le jour en Pologne au XVIIIe siècle, à la fois kabaliste et messianique, fondé par Jacob Franck (ou Franck Lejbowicz), un sabbatéen pratiquant le rite juif dissimulé lors de son séjour à Izmir puis à Tessalonique. Dans les réunions secrètes sabbatéennes qu’il dirigeait, des rites sexuels furent pratiqués. Il fut alors éloigné d’Izmir pour réapparaître de nouveau, en se présentant comme le successeur direct de Sabbatai Tzevi et de Osman Baba. Il affirma qu’il a reçu une révélation divine lui demandant ainsi qu’à ses disciples, appelés Frankistes, de se convertir au christianisme (32). Toutefois, il continuait à se faire passer pour un musulman en Turquie et pour un chrétien en Pologne, ce qui dérangea les autorités ecclésiastiques de ce pays qui l’emprisonnèrent avant que les Russes ne le relâchent, à l’issue de leur invasion et occupation de la Pologne. Les Frankistes jouèrent un rôle au sein du christianisme, à l’instar des Sabbatéens dans l’islam.

L’ensemble de ces courants sabbataïques, frankistes, hassidiques, mitnagdims (etc….) s’opposèrent au judaïsme politique ainsi qu’au sionisme, plus tard.

Parallèlement au messianisme, il convient de souligner l’émergence progressive du kabbalisme qui est un enseignement fondé sur l’exégèse de la Torah (33).

La Kabbale est un courant mystique et ésotérique dont l’origine remonte à celles du judaïsme (34). Elle enseigne les prophéties messianiques incrustées dans les traditions ésotériques de cette religion. Bien qu’elle ait été longtemps combattue par les Talmudistes, elle a fini par regagner non seulement l’ensemble des courants du judaïsme mais également à s’infiltrer dans d’autres religions proches du judaïsme : le christianisme et l’islam. Elle exerça, en particulier, une influence sur les mouvements réformateurs chrétiens, essentiellement les calvinistes protestants.

Par ailleurs, nous assistions, à la veille du XVIIIe siècle connu sous le nom du « siècle des Lumières », à l’apparition d’une Kabbale dite celle « de la Renaissance » (35) appelée aussi « kabbale philosophique ». Elle émergea notamment en Angleterre, aux XVIe et XVIIe siècles, en pleine guerre entre catholiques et protestants (36) au moment où se développa aussi la kabbale lourianique du nom de son fondateur Isaac Louria qui fonda l’école kabbalistique de Safed. De père ashkénaze d’Europe centrale et de mère sépharade qui l’avait élevé seule à la mort de son père, Isaac Louria était particulièrement touché par le sort des communautés juives d’Espagne et par l’Inquisition. Il consacra une partie de ses idées au sort des fidèles juifs en liant celui des sépharades à celui des ashkénazes (37).

La kabbale joua aussi un rôle très important au sein de la franc- maçonnerie (38) et exerça une influence sur le rituel (39) des sociétés secrètes qui se développèrent particulièrement au cours du « siècle des Lumières ».

C’est dans ce contexte que le judaïsme politique émergea progressivement, à la fin du XVIIIe siècle pour arriver à son apogée au XIXe, donnant naissance au sionisme.

B – La tentative d’unification des communautés juives

C’est essentiellement grâce à la franc-maçonnerie, à la fois à ses liens avec les rites kabbalistes, à sa structure hiérarchisée pyramidale, ses cercles de réflexions et ses implantations diverses, que le judaïsme politique s’est développé à partir du XVIIIe siècle.

En effet, le « siècle des Lumières » a vu se multiplier les sociétés secrètes, dont la franc-maçonnerie qui faisait la promotion du nationalisme. Ces groupements étaient à la fois des cercles de débats et de réflexions philosophiques et politiques, caractérisés par leurs rites initiatiques et par le secret tenu relativement à l’identité de leurs membres et de leurs réunions qui se tenaient loin du regard des pouvoirs publics afin de ne pas se voir interdits ou persécutés (40). Ainsi donc, la plupart de ces organisations étaient (et le sont toujours, de nous jours) initiatiques, fondées sur un mystère intérieur, central et profond, transmis aux initiés selon des rites propres à chaque confrérie. Certains, en raison de leur ésotérisme poussé, leur secret absolu mais surtout de leur absorption de la totale personnalité de leurs adeptes, apparaissaient comme de véritables sectes. C’est la raison pour laquelle ces groupements ont été pourchassés par les gouvernements (41). Ils survivaient dans la clandestinité et renforçaient leur cohésion interne grâce à une entraide absolue : une fraternité et un dévouement sans limites. À la fois structurés et hiérarchisés avec une forte solidarité entre leurs membres (Frères), ces organisations entrèrent en lutte avec les institutions politiques. Elles constituèrent ainsi un contre – pouvoir. Par ailleurs, ces groupements permettaient la promotion des idées et des travaux de leurs membres, notamment des philosophes, des penseurs, des écrivains et des théoriciens (42). Ils assuraient la mise en place de stratégies de propagande auprès des populations afin de s’approprier l’assentiment de l’opinion publique. Ils infiltraient les sphères du pouvoir en allant jusqu’aux monarques (43).

Au cours du XVIIIe et XIXe siècles, ces sociétés secrètes œuvraient surtout, en matière politique, en vue de renverser les empires, en faisant la promotion de la démocratie pour affaiblir puis diluer le pouvoir politique et du nationalisme, en favorisant la création des Etats – nations.

Il faut rappeler qu’au cours de ces deux siècles, les sociétés européennes ont connu un bouleversement sociologique avec l’émergence de la bourgeoisie, le développement de l’industrie et du monde de la finance. Comme le soulignait Charles Maurras (44), l’aristocratie du sang fut alors remplacée par une « aristocratie de l’argent » qui devint le moteur d’un nouveau pouvoir : celui des médias qui se sont substitués au pouvoir politique traditionnel, grâce à l’émergence de la démocratie calquée sur le modèle anglais (45). L’Angleterre joua un rôle dans la déstabilisation des structures étatiques des empires catholique, orthodoxe et musulman (46) en vue de les faire disparaître.

En effet, la plupart des sociétés secrètes ont émergé dans les pays où les communautés protestantes étaient importantes. Ainsi, la franc-maçonnerie moderne est née en Angleterre au XVIe siècle (avec la « maçonnerie opérative ») avant d’émerger avec les « maçons acceptés » au XVIIe ensuite avec les loges spéculatives, dans toute l’Europe (47). En lien avec les mouvements kabbalistes, les franc-maçons jouèrent un rôle dans la chute des empires et des royaumes européens (48), en particulier de la monarchie française lors de la révolution de 1789 (49).

C’est la franc-maçonnerie, appuyée sur le pouvoir de l’argent qui constitua le socle du judaïsme politique qui émergea au XVIIIe siècle avant de se développer et de donner naissance au sionisme, au XIXe siècle.

En effet, au cours du XVIIIe siècle, les communautés juives ont assisté, en Europe, à un courant inspiré des idées développées au cours de ce siècle « des Lumières ». Il s’agit de la Haskala. Ce mouvement d’idées né en Allemagne visait surtout les Haredim (50) qui se distinguaient des populations locales. Il prônait leur intégration dans les pays où ils se trouvaient, en abandonnant leurs particularismes vestimentaires, linguistiques, etc… Ce mouvement s’est propagé également en Europe de l’Est et orientale dans les communautés ashkénazes au cours du XIXe siècle. Ce courant exprimait-il une volonté réelle d’intégration affirmée par les théoriciens de la Haskala ou s’agissait-il d’une dissimulation à l’instar des Marranes, des Frankistes et des Sabbatéens ? Les chercheurs restent incertains à ce sujet.

Il faut reconnaître à ce mouvement le mérite de constituer l’ébauche d’une réflexion suivie d’un effort d’uniformiser les fidèles juifs, en réaction à ce qui était ressenti comme risque de dilution des communautés juives dans les sociétés occidentales. Ce phénomène a été accentué par les luttes inter-communautaires juives. Les intrigues internes conduisaient certaines communautés, y compris des rabbins, à dénoncer leurs adversaires et coreligionnaires auprès des autorités locales afin de sévir contre eux, à l’instar des successeurs de Gaon de Vilna, le chef des Midnagdims, qui firent appel aux autorités des pays où ils se trouvaient afin de pourchasser les premiers Hassidims.

Malgré la diversité des communautés juives d’un point de vue ethnique, rituel, théologique voire religieux, au point que les Karaïtes qui, pourtant et à une période de l’histoire, constituaient 40 % des fidèles juifs dans le monde, n’étaient plus considérés par leurs coreligionnaires comme étant juifs, une réflexion a été entamée, depuis le XVIIIe siècle en vue d’unifier les fidèles juifs de la planète et faire d’eux « un peuple » homogène malgré leur hétérogénéité naturelle et historique. Ces réflexions s’inspiraient du contexte dominant où émergeait le nationalisme (51) qui contribua à la dislocation des Etats monarchiques et des empires, par des révolutions, des guerres et les aspirations des entités fédérées par des facteurs communs (52) à s’ériger en Etats-nations.

Le principe du nationalisme désignait l’aspiration à l’unité et à l’indépendance des « peuples » sans Etat. Par conséquent, la création d’un Etat attribué à une « communauté nationale » devenait l’aboutissement du combat nationaliste. Ainsi, la conception de l’Etat-nation poussait chaque groupe national aspirant à l’autonomie et à la création d’un Etat à s’établir sur un territoire dont il s’approprie, en ayant conscience de lui appartenir.

Ces éléments constituèrent le ciment des réflexions en vue de la création d’une « nation juive ».

Pour y parvenir, il convenait alors de gommer la diversité des communautés juives, en faisant d’elles un seul peuple, « le peuple juif », en les dotant d’un sentiment de cohésion et d’appartenance à une seule entité affrontant un destin commun. Le judaïsme, quelque soit sa forme, devait constituer à la fois une identité et une religion. Penseurs, écrivains, philosophes et homes d’influence, appartenant la plupart à des groupes de réflexion secrets (53), notamment la Franc-maçonnerie ou ayant un rapport privilégié avec elle, propageaient leurs idées, réflexions et démonstrations relativement à ce sujet (54).

C’est ainsi que germa le judaïsme politique avant de se développer progressivement, en donnant notamment naissance au sionisme.

Elie Hatem

 

Notes :

1 Judaïsme et islam politiques.

2 Le sionisme est de plus en plus soutenu par de non-juifs alors qu’il est dénoncé par plusieurs courants et des savants religieux juifs. De même, les Frères Musulmans comportent des membres non-musulmans et sont soutenus par des non-musulmans.

3 Branche d’Al Qaïda en Syrie.

4 1000 combattants de cette organisation, selon ce rapport.

5 Le judaïsme et le communautarisme juif, surtout dans les pays de l’est de l’Europe.

6 Il convient à ce propos d’examiner le phénomène de conversions massives de populations, notamment européennes.

7 En l’an 70 de l’ère chrétienne par les troupes romaines de Titus.

8 Voir infra.

9 Ashkénazes.

10 Il convient de distinguer les juifs sépharades des juifs arabes qui ont des origines ethniques et des rites distincts. Ainsi, le rite des communautés juives yéménites est totalement différent des juifs sépharades d’Afrique du nord ou des juifs arabes d’Irak, de Palestine ou de Syrie…

11 Dans une tentative de simplification, certains auteurs et chercheurs considèrent à tort les fidèles juifs non-Ashkénazes comme étant tous Sépharades (ou Séfarades). Le « sépharadisme » est devenu, en réalité, une référence rituelle (celle des juifs d’Espagne et du Portugal ainsi que de ceux de l’empire ottoman). Mais l’origine des Sépharades remonte en réalité à l’empire romain. A cette époque, on assista à un phénomène de conversion de populations au judaïsme, notamment en Afrique du nord, donnant naissance à ces communautés qui ont prospéré surtout lors de l’invasion de cette région par les Arabes. Enfin, il faut rappeler qu’il existe des communautés juives d’origines ethniques qui ne peuvent être perçues ni sémites ni d’origine des pays de l’est, à l’instar des Chinois de religion juive ou des Africains (sub-sahariens).

12 Voir à ce sujet « Himyar et Israël », Ch.-J. ROBIN in « Comptes rendus des séances de l’Académie des Incriptions et Belles Lettres », 2004.

13 « Les Secrets de l’Exode : l’origine égyptienne des Hébreux », Messod et Roger Sabbah, éd. Jean- Cyrille Godefroy, p. 482.

14 Voir à ce sujet un article de Hyrcanus John dans le Jewish encyclopedia. Le roi Hérode était le fils d’un Iduméen, Antipater, converti au judaïsme.

15 Il existait, bien entendu, d’autres courants : les Esséniens et les Zélotes. Les premiers étaient plutôt un groupe d’ascètes tandis que les seconds constituaient un mouvement politico-religieux qui incitait le peuple de la province de Judée à se rebeller contre les Romains.

16 Voir infra.

17 Voir à ce sujet « Le Judaïsme ancien du VIème sicle avant notre ère au IIIème siècle de notre ère : des prêtres au rabbins », PUF, coll. « Nouvelle Clio », Paris, 2012.

18 Le Talmud est une compilation de discussions théologiques de rabbins mettant en place un code de conduite religieux et social juif (coutumes et traditions auxquels les fidèles juifs doivent se conformer). Il existe deux versions du Talmud : le Talmud de Jérusalem (une première compilation de textes rassemblés entre le IIème et le Vème siècles) et le Talmud de Babylone (rédigé vers le VIème siècle à Babylone).

19 Voir à ce sujet « Le Talmud et la littérature rabbinique », Christian YOHANAN LAMBERT, Paris, 1997.

20 Par analogie, on peut comparer cette initiative à celle des promoteurs de l’islam politique qui se sont fondés sur des interprétations du Coran et des Hadiths mais aussi sur des exégèses et des doctrines inspirées de ces interprétations (Ibn Taymiyya, Jamal Eddine Al Afghani, etc..).

21 Saül est considéré, selon le Premier Livre de Samuel, comme étant le premier roi des Hébreux. Il aurait reçu de Dieu des signes lui confirmant la volonté divine de devenir le roi des Hébreux.

22 David était le gendre du roi Saül (il avait épousé sa fille Mikhal). La légende raconte qu’il était aussi l’amant de Jonathan, fils du roi Saül. Voir à ce sujet « L’homosexualité dans le Proche – Orient ancien et la Bible », Thomas RÖMER et Loyse BONJOUR, Labor et Fides, 2005.

23 Mashia’h (de l’hébreu) : celui qui est consacré par le rite de l’onction (l’oint).

24 David fût intronisé roi de Juda puis d’Israël.

25 Le Messie, fils de Dieu, délivrant le « peuple élu de Dieu » de ses péchés et rétablissant le royaume du Dieu unique, par opposition aux Dieux romains.

26 Avant lui, un révolutionnaire juif connu sous le nom de « Judas le Galiléen » ou « Judas le Gaulanite » ou encore « Judas ben Hizkiya », mena une révolte en Galilée au moment de la succession du roi Hérodote le Grand. Cette révolte était également effectuée contre les Romains au moment où ces derniers firent de la Judée une province romaine, en l’an 6 ap. J.-C. Il prétendit, de ce fait, vouloir dépêcher le cours de l’histoire et permettre l’arrivée du Messie du Terre. On lui attribua la paternité du mouvement des Zélotes.

27 Aussi connu sous le nom de Shimon Bar Kosiba.

28 Shlomo Molkho (né Diogo Pires en 1500) était un Portugais converti au judaïsme. Devenu « marrane » (juif converti en apparence au christianisme et dissimulant sa vraie foi juive), il se proclama « Messie » et tenta d’influencer le Pape, Clément VII, ensuite Charles Quint afin de créer une armée de juifs « marranes » et de chrétiens afin de reconquérir la Terre sainte, dans l’objectif de recréer le royaume d’Israël. Il périt brûlé par le feu pour apostasie, en 1532.

29 Il s’agit d’un courant messianique développé au XVIIème siècle autour de Sabbataï Tzevi, un kabbaliste considéré par ses paires comme un Hakham (un sage). Il s’était auto-proclamé le messie avant de se convertir à l’islam, à l’issue de sa persécution par ses coreligionnaires.

30 Il s’agit d’un mouvement religieux juif fondé en Europe de l’est au XVIIIème siècle, en réaction et en opposition au messianisme sabbataïque. Il caractérisa le judaïsme en Europe de l’est et centrale et fit des fidèles juifs pratiquant une « communauté » distincte par ses traditions, sa tenue vestimentaire, sa langue (le yiddish : une langue mélange entre l’Allemand et l’Hébreux). Le Hassidime s’est vite propagé en Russie, en Ukraine et en Biélorussie avant de subir l’hostilité d’autres groupes juifs, tels que les Mitnagdim (juifs orthodoxes), implantés surtout en Lituanie. Au XVIIIème siècle, deux cherem (excommunications) ont été lancés contre les Hassidims par Gaon de Vilna qui est allé jusqu’à dénoncer les Hassidims aux autorités étatiques afin de les mâter. Les Hassidims ont donné naissance aux Loubavitch (Habad – Loubavitch). L’ensemble de ces courants et leurs adeptes sont connus par les « Haredim » (« ceux qui craignent Dieu », appelés aussi les ultra-orthodoxes). Ainsi donc il existe des Haredims hassidiques, des Mitnagdims, des Sefardis, des Mizrahims (ceux qui viennent de l’est), etc.

31 Voir à ce sujet « Judaïsme orthodoxe », Frédéric P. MILLER, Agnès F. VANDOME, John Mc BREWSTER, Iphascript publishing, 2010.

32 Catholicisme et protestantisme.

33 L’oeuvre maîtresse de la kabbale est le Sepher ha-Zohar, rédigé en araméen et dont la paternité est attribuée à Rabbi Shimon Bar Yohaï (IIème siècle) ou à Moïse de Leon au XIIIème siècle avec d’autres auteurs réunis en « cercles kabbalistiques ».

34 Voir supra, notamment l’ouvrage de Messod et Roger Sabbah : « Les secrets de l’Exode : l’origine égyptienne des Hébreux ».

35 Au XVème siècle, un théologien catholique, Jean Pic de la Mirandole, humaniste chrétien, fonda la Kabbale chrétienne, après son initiation à la Kabbale juive.

36 Les kabbalistes juifs exercèrent une influence sur les réformateurs calvinistes, de même qu’il le firent auprès des restaurationistes chrétiens (des mouvements protestants qui prétendent restaurer le christianisme originel, en raison d’une apostasie générale qui aurait touché le christianisme. Parmi ces mouvements, on peut citer le Millénarisme, une doctrine soutenant l’idée d’un règne terrestre du Messie, après que celui – ci aurait chassé l’Antéchrist préalablement au Jugement dernier. Ce courant donna notamment naissance aux Mormonts qui ont un lobby très influent aux Etats-Unis, ou encore aux Témoins de Jéhova).

37 Voir à ce sujet « Occident et Islam : sources et genèse messianiques du sionisme ; de l’Europe médiévale au choc des civilisations », Youssef HINDI, éd. Sigest.

38 Dans son ouvrage « Moral and Dogma », l’un des plus célèbres franc – maçons américain, Albert PIKE, indiqua que la franc-maçonnerie est un pur produit de la Kabbale.

39 En effet, depuis l’Antiquité, toute œuvre nécessitant de garder le secret (architecture, grandes constructions) était protégée par un processus initiatique, donnant naissance progressivement à des groupes qui concurrencèrent le pouvoir politique. Ce dernier se méfiait alors d’eux, dans la mesure où ces groupes adoptaient des rites similaires à ceux qui sacralisaient le « pouvoir » qui était longtemps confondus avec le sacré afin d’inspirer crainte et respect aux gouvernés mais aussi d’obtenir une légitimité. C’est la raison pour laquelle les gouvernants se détachaient du profane et se rapprochaient de la divinité. Platon considérait, à ce sujet, que les peuples ne seraient heureux que quand leurs chefs seraient philosophes, ou quand les philosophes seraient leurs chefs ; les philosophes étant les intimes de la « sagesse » qui est confondue avec Dieu (sofia). Entouré de mystères, le divin ne pouvait se révéler qu’aux initiés qui accèdent progressivement aux secrets par le biais de rites initiatiques qui leur conférent ce privilège et fait d’eux une élite éclairée.

40 Afin de préserver la discrétion relativement à l’identité de leurs membres mais aussi leurs idées et projets, des rites initiatiques caractérisaient les modalités d’adhésion à ces groupements. Ces rites, inspirés de la kabbale juive, étaient fondés sur des symboliques ésotériques.

41 Leur appellation « sociétés secrètes » prête, par ailleurs, à confusion. Certains groupes, non entourés de mystère et dépourvues de rites initiatiques, sont considérés juridiquement comme étant « secrets » en raison de leur interdiction par les pouvoirs publics. Tandis que les groupes « de mystère » ne sont pas nécessairement interdits par le pouvoir. Néanmoins, les membres de ces organisations mystérieuses gardent une partie de leurs activités et de leurs motivations loin des regards des personnes qui leur sont étrangères, des médias et des pouvoirs publics. Cette confusion vient également du fait que les sociétés de mystère ont fait l’objet de suspicions de la part des pouvoirs politiques. Plusieurs d’entre elles ont été déclarées illégales. L’Eglise catholique a condamné aussi, dans divers encycliques et documents magistériels les sociétés secrètes. Certains pays, à l’instar de la Pologne, les ont également interdites en inscrivant cette interdiction dans leur Constitution.

42 La plupart des grands penseurs et savants du « siècle des Lumières » appartenait à ces organisations qui propagèrent leurs idées dans les sociétés européennes.

43 Tel que Frédéric II de Prusse voire même Catherine II de Russie, à titre d’exemple.

44 In « L’avenir de l’Intelligence ».

45 L’opinion publique fut alors dirigée par les médias (la presse) qui étaient tributaires du monde de la finance, ce qui est toujours le cas, de nos jours.

46 L’Empire Austro-hongrois, la Prusse, la France, la Russie et l’Empire ottoman.

47 La « maçonnerie opérative » était constituée de maçons. Les loges étaient adossées aux chantiers, où les ouvriers se réunissaient pour discuter. Par la suite, au XVIIème siècle, ces loges acceptaient des personnes étrangères ou extérieures aux maçons : des notables, pasteurs, intellectuels, des savants, etc. C’est la raison pour laquelle on appela cette nouvelle forme de la franc-maçonnerie « maçonnerie acceptée », avant la naissance, au XVIIIème siècle des loges « spéculatives », à l’initiative d’Isaac Newton. La maçonnerie adopta une structure horizontale autour de la Royal Society puis regagna d’autres pays européens, y compris la France.

48 Voir supra.

49 A titre d’illustration nous citerons le frankiste (voir supra) Moïse Dobruchka, qui devint Jacobin sous le nom de Junius Frey et œuvra en vue du renversement de la monarchie française.

50 Voir supra, les développements précédents. Ces groupes (Hassidim, Loubavitch, Mitnagdim) vivaient en ghettos avec des conditions sociales très modestes. La Haskala prônait l’amélioration de leur situation économique en les initiant au mode de vie productif, fondé sur l’apprentissage professionnel.

51 Une idée à la fois philosophique et politique voire romantique et même mystique qui fit émerger le « sentiment national » qui se transforma progressivement en « conscience nationale ».

52 Langue, histoire, destin commun, manière de vivre, religion, confession, etc… La cumulation de ces facteurs n’était pas nécessaires pour la création des nouvelles entités étatiques.

53 L’équivalent des « Think tanks » de nos jours.

54 Pour n’en citer qu’un exemple, nous enverrons le lecteur à Ernest RENAN qui, à sa mort, donna son nom à une loge maçonnique en France. Deux conférences de RENAN sont illustratives à ce sujet : « Qu’est ce qu’une nation » et « le judaïsme comme race ou comme religion », conférences données à Paris en 1883.

 
 
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Redaction

Commentaires (1)

  1. Lacuson dit :

    Chez les Juifs*, « la vérité est subjective et doit servir les intérêts d’Israël » (père Henryk Zielinski) :

    http://www.medias-presse.info/chez-les-juifs-la-verite-est-subjective-et-doit-servir-les-interets-disrael-pere-henryk-zielinski/88134/

    Il nous faut arrêter de perdre notre temps avec leurs embrouilles et les laisser une bonne fois pour toutes airer seuls en leur royaume : celui du mensonge.

    *J’y rajouterais : « et autres sémites ».

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