Commençons par citer le début de l’ouvrage de David Irving, Hitler’s War :
« C’est tard dans la soirée du 3 septembre 1939 qu’Hitler troquait les salons aux marbres élégants de la chancellerie pour Amerika, le train spécial qui l’attendait dans une gare poussiéreuse de Poméranie, au milieu de pins odorants et de baraques de bois cuites par le soleil d’Europe centrale.
Le centre névralgique du train, c’était le «wagon de commandement», immédiatement attelé à la voiture personnelle d’Hitler. […] Hitler y arrivait le matin à 9 heures pour entendre le rapport quotidien de Jodl et pour jeter un œil sur les cartes qu’on lui avait fait parvenir par avion de Berlin. Sa première question au colonel von Vormann était invariablement pour s’inquiéter de la situation précaire sur le front de l’Ouest: c’est que de la petite trentaine de divisions qu’on y avait laissées pour couvrir une ligne s’étirant sur cinq cents kilomètres, seules une douzaine tenaient à peu près la route, et en face, la France pouvait à tout moment lâcher ses 110 divisions. Mais contrairement à toutes les craintes et pronostiques qui avaient pu se faire entendre dans l’entourage même d’Hitler, le front occidental restait étonnamment calme.
À la date du 4 septembre, c’est un von Vormann des plus perplexes qui écrivait dans son journal: «Pendant ce temps-là, c’est une guerre de propagande qui avait éclaté à l’Ouest. Se pourrait-il, après tout, que le Führer ait vu juste? On dit que les Français ont dressé une banderole à Sarrebruck disant: «Nous ne tirerons pas le premier coup de feu». Comme de notre côté nous avons strictement défendu à nos troupes d’ouvrir les hostilités, je me demande bien ce qui va pouvoir se passer maintenant ».
C’était en effet un mystère. Alors que la Pologne sombrait dans la défaite, ses alliés, malgré leurs grognements menaçants, restaient parfaitement passifs, laissant chaque jour un peu plus filer l’occasion qui leur était offerte. »

Ce qui a pu donner confiance à Hitler, c’est que si la France et l’Angleterre avaient bien signé, d’ailleurs séparément, des accords de défense avec la Pologne qui prévoyaient en effet une entrée en guerre aux côtés de la Pologne en cas d’agression allemande, ces accords ne s’étaient concrétisés par rien de tangible: pas un seul conseiller militaire français ou anglais, pas la moindre fourniture d’armes, les avions alignés étaient tous de fabrication polonaise, les chars récents aussi même si la Pologne disposait en outre d’une centaine de Renaut FT17 datant de la bataille de Varsovie … en 1920.

Pour bien comprendre à quel point le soutien à la Pologne en 1939 était purement verbal, purement de façade, il vaut la peine de comparer la situation de 1939 avec celle qui prévalait en 1920, justement, devant Varsovie.
De quoi s’agissait-il, la bataille de Varsovie est complètement oubliée de nos jours, volontairement oubliée d’ailleurs, alors que c’est un épisode capital de l’histoire qui permet d’expliquer Barbarossa 20 ans plus tard.
Citons Wikipédia :
La bataille de Varsovie (août 1920), aussi connue sous le nom du «Miracle de la Vistule» (Cud nad Wisłą) fut la bataille décisive de la guerre russo-polonaise (1919-1920), qui débuta après la fin de la Première Guerre mondiale. Elle fut remportée par les troupes polonaises de Józef Pilsudski sur l’armée bolchevique commandée par Mikhaïl Toukhatchevski.
Selon Lénine, la Pologne était un pont pour porter à l’ouest de l’Europe la révolution prolétarienne que l’on croyait déjà voir triompher à Berlin avec le mouvement spartakiste. La guerre avec la Pologne n’était donc pour lui que le prélude à une invasion de l’Europe de l’Ouest par l’Armée rouge.
Passons sur le début de l’offensive rouge d’abord victorieuse, voici le plus important, le soutien français et anglais :
Le commandement polonais est conseillé par 400 officiers de la Mission militaire française conduite par Paul Prosper Henrys, dont le futur général de Gaulle qui n’y resta que 6 jours, et également par une Mission britannique de moindre importance. Ces officiers, répartis dans les instances du commandement polonais ont joué un rôle important dans la formation des cadres polonais, l’amélioration de l’organisation et de la logistique. De plus, dès le début de l’avance soviétique, Pilsudski a réclamé des renforts en matériel de guerre qui ont été acheminés d’urgence. Les formations en retraite sont complétées et rééquipées.
Comment Hitler aurait-il pu ne pas remarquer la différence entre la situation de 1920 et celle de 1939? À la limite, on serait presque en droit de se demander ce dont il a été réellement question à Munich avec Daladier et Chamberlain un an plus tôt, le 29 septembre 1938.
Pour la bonne bouche, pour les amateurs, nous donnons ci-dessous les passages de Victor Suvorov dans son livre, Le Brise Glace, des passages qui permettent de faire le lien entre Varsovie en 1920 et Barbarossa en 1941.
[…] La paix de Brest-Litovsk n’était pas seulement dirigée contre les intérêts nationaux de la Russie, elle visait aussi l’Allemagne. En un certain sens, elle préfigurait le pacte germano-soviétique. Le calcul de Lénine en 1918 était le même que celui de Staline en 1939: laisser l’Allemagne faire la guerre à l’ouest afin que les pays occidentaux s’épuisent mutuellement, et tirer les marrons du feu.Alors qu’à Brest, la fin des hostilités était signée avec l’Allemagne, à Petrograd on préparait dans le même temps le renversement du gouvernement de Berlin. C’est le moment où l’on imprimait à cinq cent mille exemplaires en Russie soviétique le journal communiste allemand, Die Fackel. Avant même la signature de la paix, en janvier 1918, le groupe communiste allemand «Spartakus» fut créé, toujours à Petrograd. Sur ordre de Lénine, les journaux Die Weltrevolution et Die Rote Fahne naquirent également en Russie communiste (et non en Allemagne).
Le calcul de Lénine se révéla juste: l’Empire germanique ne put supporter le choc de cette guerre d’épuisement à l’ouest. Elle s’acheva par la chute des Hohenzollern et une révolution. Immédiatement, Lénine annula le traité de Brest-Litovsk. Dans l’Europe épuisée, sur les ruines des empires, surgirent des États communistes sur le modèle de celui des Bolcheviks. Il pouvait se réjouir: « Nous sommes à la veille de la révolution mondiale ! ». À ce moment-là, il rejeta son programme minimum et n’évoqua plus la nécessité d’une seconde guerre mondiale. En revanche, il créa le Komintern qui se définissait lui-même comme un parti communiste universel dont l’objectif était la création d’une République socialiste soviétique mondiale.
Pourtant, la révolution mondiale n’eut pas lieu. Les régimes communistes de Bavière, de Brême, de Slovaquie et de Hongrie furent incapables de se maintenir. Les partis révolutionnaires occidentaux firent preuve de faiblesse et d’indécision pour conquérir le pouvoir. Lénine ne pouvait les soutenir autrement que moralement: toutes les forces bolchéviques étaient mobilisées sur les fronts intérieurs dans la lutte contre les peuples de Russie qui refusaient le communisme.
Ce ne fut qu’en 1920 que Lénine sentit sa position assez ferme à l’intérieur du pays pour lancer d’importantes offensives contre l’Europe dans le but d’attiser la flamme révolutionnaire.
En Allemagne, le moment le plus favorable était déjà passé mais le pays représentait encore un bon champ de bataille pour la lutte des classes. Désarmé et humilié, le pays souffrait d’une très grave crise économique et fut secoué en mars 1920, par une grève générale. C’était un baril de poudre qui n’attendait qu’une étincelle … Dans la marche militaire officielle de l’Armée rouge (la «marche de Boudienny») un couplet disait: «À nous Varsovie, À nous Berlin!». N.I. Boukharine, théoricien du parti bolchevique, n’hésitait pas à signer un slogan encore plus résolu dans la Pravda : «Sus aux murs de Paris et de Londres!».
Sur le chemin des légions rouges se dressait la Pologne libre et indépendante. La Russie soviétique n’avait pas de frontière commune avec l’Allemagne. Pour apporter l’étincelle qui devait faire éclater le baril de la révolution, il fallait d’abord abattre cet État-tampon qui les séparait. L’entreprise échoua: les troupes soviétiques, dirigées par M.N. Toukhatchevski, furent défaites devant Varsovie. Au moment critique de la bataille, celui-ci, particulièrement incompétent, ne disposait pas des réserves stratégiques nécessaires. Cela décida de l’issue du combat. Six mois avant le début de cette «campagne de libération» soviétique sur Varsovie, Toukhatchevski avait justement «théorisé» sur l’inutilité des réserves stratégiques dans la guerre.
La stratégie est régie par des lois simples, mais immuables. L’une d’entre elles est la concentration. Il s’agit de constituer une force écrasante contre le point faible de l’ennemi, au moment et au lieu décisifs. Pour concentrer des forces, il faut les avoir en réserve. Toukhatchevski ne l’avait pas compris et le paya par la défaite. Quant à la révolution allemande, il fallut la différer à 1923 …
La déroute des troupes de Toukhatchevski eut des conséquences très lourdes pour les Bolcheviks. La Russie, qu’ils semblaient avoir entièrement noyée dans le sang et soumise à leur contrôle, se redressa soudain dans une tentative désespérée pour se débarrasser de la dictature communiste. Petrograd, berceau de la révolution, se mit en grève. Les ouvriers réclamaient du pain et la liberté promise. Les Bolcheviks entreprirent d’écraser les révoltes lorsque l’escadre de la Baltique prit le parti des ouvriers. Les marins de Cronstadt, qui, trois ans plus auparavant, avaient fait cadeau du pouvoir à Lénine et Trotski, exigeaient à présent que les communistes fussent exclus des soviets. Le pays fut gagné par une vague de révoltes paysannes. Dans les forêts de Tambov, les paysans créèrent une puissante force anticommuniste, bien organisée, mais mal armée.
Toukhatchevski reçut l’ordre de redresser la situation. Il lava ainsi dans le sang russe sa faillite stratégique en Pologne. Sa férocité lors de la répression de Cronstadt devint légendaire. Quant à l’extermination des paysans dans la région de Tambov, ce fut l’une des pages les plus atroces de l’histoire humaine.
[FG: Suvorov poursuit avec un chapitre sur le rôle de Staline dans l’agitation révolutionnaire de l’Allemagne en 1923, le raisonnement de Suvorov est très clair:
1 – En 1939, Staline n’avait toujours pas changé d’idée, la révolution mondiale passait par Berlin
2 – il fallait donc se débarrasser de la Pologne
3 – d’où le pacte Ribbentrop – Molotov le 23 août 1939 et le partage de la Pologne en septembre: enfin les deux armées sont en contact, ou comment, paradoxalement, la guerre germano-soviétique a démarré le jour du pacte de non-agression.
Le chapitre porte en incipit une citation de Staline du 3 juillet 1924 (séance de la commission du Komintern sur la Pologne, 3 juillet 1924, œuvre t.6 p.267): «Si un ébranlement révolutionnaire de l’Europe commence quelque part, ce sera en Allemagne […] et une victoire de la révolution en Allemagne garantirait la victoire de la révolution internationale».
Rendons la parole à Suvorov]
En 1923, l’Allemagne se retrouvait à nouveau au bord de la révolution. Lénine, affaibli par la maladie, ne prenait plus part à la direction du parti et du Komintern. Staline s’était presque totalement emparé des rênes du pouvoir même si personne parmi ses rivaux ou les observateurs étrangers ne s’en était encore avisé.
Voici comment Staline décrivait son propre rôle dans la préparation de la révolution allemande de 1923: «La commission allemande du Komintern, composée de Zinoviev, Boukharine, Staline, Trotski, Radek et d’un certain nombre de camarades allemands a pris une série de décisions concrètes pour aider directement les camarades allemands dans leur entreprise de prise du pouvoir».
Boris Bajanov, le secrétaire particulier de Staline, a expliqué en détail cette préparation. Selon lui, les crédits alloués à l’entreprise furent énormes: le Politburo avait décidé de ne pas en limiter les moyens.

En URSS, on mobilisa les communistes d’origine allemande et de tous ceux qui maîtrisaient la langue de Goethe pour les envoyer faire du travail clandestin en Allemagne. Sur place, ils étaient dirigés par des responsables soviétiques de haut rang, comme le commissaire du peuple V.V. Schmidt, le vice-président de la Guépéou J. Unschlicht (futur chef de l’espionnage militaire) et les membres du Comité central Radeck et Piatakov. N.N. Krestinski, ambassadeur soviétique à Berlin, déploya une activité débordante. Son ambassade devint le centre organisé de la révolution. Par elle transitaient les ordres de Moscou et des flots de devises immédiatement transformés en montagne de propagande, d’armes et de munitions.
Unschlicht fut chargé de recruter des détachements pour l’insurrection armée, de les former et de leur fournir des armes. Sa tâche consistait aussi à organiser la Tcheka allemande «en vue de l’anéantissement de la bourgeoisie et des adversaires de la révolution après le coup d’État (B. Bajanov, Bajanov révèle Staline, Gallimard, Paris, 1979 p.64)».
Le Politburo mit au point un plan détaillé de prise du pouvoir dont la date fut fixée au 9 novembre 1923 [FG : du 8 au 9 novembre, c’est aussi la date du putsch de la Brasserie de Munich d’Hitler !]. Mais la révolution attendue n’eut pas lieu pour plusieurs raisons [FG : dont Hitler ?]
D’abord, le parti communiste ne jouissait pas d’un appui suffisant parmi les masses allemandes dont une importante partie penchait vers la social-démocratie. De plus, le parti était scindé en deux fractions dont les leaders (à la différence de Lénine et de Trotski en 1917) n’étaient pas assez déterminés.
La deuxième raison tenait, comme en 1920, à l’absence de frontière commune entre l’Allemagne et l’URSS. L’Armée rouge ne pouvait pas voler au secours du parti communiste allemand et de ses chefs indécis.
La troisième raison est sans doute la plus importante: Lénine, mourant, ne dirigeait plus depuis longtemps l’Union soviétique et la révolution mondiale. Ses héritiers potentiels étaient nombreux: Trotski, Zinoviev, Kamenev, Rykov, Boukharine. À côté de tous ces rivaux, Staline semblait travailler modestement dans l’ombre mais, bien que personne ne le considérât comme un prétendant, il avait déjà aux dires de Lénine, «concentré entre ses mains un pouvoir sans limites».
Source : David Irving, Hitler’s War | Victor Suvorov, Le Brise Glace.
En photo, ce sont les migrants qui font sauter une barrière à la frontière avec la Biélorussie?
Bonjour la rédaction.
Serait-il possible de diffuser sur le canal, le rapport Leuchter ?
Bien cordialement